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les plaidoiries passionnées des avocats de Cédric Jubillar

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Cédric Jubillar : le doute sème la discorde à la fin des plaidoiries

Les avocats de Cédric Jubillar ont conclu leur défense jeudi, non sans émotion, tentant de semer le doute dans l’esprit des jurés après une semaine de plaidoiries percutantes de la partie civile et du parquet. Tandis que la partie adverse a dressé un portrait accablant de l’accusé, la défense a mis en lumière des zones d’ombre et des incohérences procédurales, espérant ainsi infirmer la certitude qui pèse sur leur client.

Après une semaine éprouvante où « les parties civiles et les deux procureurs ont habillé Cédric Jubillar pour trente hivers », qualifiant la situation de « véritable chasse à courre », les avocats de la défense, Me Emmanuelle Franck et Me Alexandre Martin, ont plaidé pendant sept heures. Leurs arguments, bien que peu remarqués par le public initialement dédaigneux, semblent avoir trouvé un écho : des félicitations ont ponctué leur intervention, signe qu’ils auraient, à tout le moins, réussi à installer le doute.

Me Emmanuelle Franck, visiblement épuisée après quatre ans et demi de bataille judiciaire, a conclu sa plaidoirie les larmes aux yeux. « Je me serais battue à chaque instant. Je l’ai défendu devant la Chambre d’Accusation, devant des journalistes, devant ma fille, mon conjoint, devant des inconnus. Tant que je parle je le défends encore et maintenant je vais me taire, car ce n’est que dans le silence et le recueillement que vous pourrez mettre un terme à ce cauchemar », a-t-elle déclaré, appelant les jurés à une extrême prudence avant de se prononcer sur la culpabilité de Cédric Jubillar dans le meurtre de sa femme.

Critique acerbe de l’instruction et des procédures

La défense a vigoureusement critiqué la manière dont l’instruction a été menée, pointant du doigt des « faux éléments » utilisés par le parquet, comme l’affirmation que Cédric Jubillar aurait nettoyé une couette à l’arrivée des gendarmes. Me Franck s’est insurgée contre la « proximité malsaine » de certains gendarmes avec des témoins et contre l’affirmation en « gros et en gras » dans l’ordonnance de mise en accusation : « À l’issue des investigations, il est établi que Cédric Jubillar est l’auteur du meurtre de sa femme ». Elle a dénoncé une instruction digne de « la justice de l’Ancien Régime », où « quatre ouï-dire constituaient une preuve ».

L’avocate a également déploré que pendant les six premiers mois de l’enquête, 400 témoins aient été interrogés uniquement sur la personnalité et la supposée violence de Cédric Jubillar, qualifiant cela d' »abject ». Le comble, selon elle, fut le procès-verbal pour « comportement inadapté » suite à l’accueil des gendarmes en pyjama Panda, transformant un détail anodin en suspicion : « Quand on n’a pas de preuve, on fait en sorte que l’accusé ressemble au crime sur quoi on enquête ». La défense a insisté sur la gravité de la décision qui sera prise, demandant aux jurés : « Il faudra être sûr et certain de vous avant de dire à Louis (l’enfant du couple) que c’est papa qui a tué maman ».

Les témoignages et les éléments matériels remis en question

Le témoignage du jeune Louis, dont la parole avait été jugée peu fiable par un avocat général, a été au cœur des débats. Me Franck a critiqué l’utilisation par la partie adverse d’une lettre accusatrice et de conversations privées de l’enfant, rappelant que l’avocat général avait promis de ne pas se servir de la parole d’un enfant de six ans. Elle a souligné les contradictions dans les déclarations de Louis concernant une dispute parentale, ainsi que l’impossibilité de distinguer le salon depuis sa chambre lors de la reconstitution.

La position de la voiture de Delphine Jubillar le jour de sa disparition a également été contestée. Deux témoins seulement auraient vu le véhicule garé dans le sens de la montée le 15 décembre, alors que les gendarmes l’ont constaté dans celui de la descente le lendemain. Me Franck a rappelé que Delphine garait souvent sa voiture dans le sens de la descente, et que son téléphone n’aurait pas capté le même relais si elle avait emprunté un autre chemin.

Quant au témoignage d’une amie de Delphine, Anne, les avocats de la défense ont relevé les variations de ses déclarations, notamment sur le lieu où elle aurait quitté son amie le jour de sa disparition. Le témoignage d’un voisin concernant sa camionnette garée près de la voiture de Delphine a été ironiquement qualifié de « camionnette magique », soulignant que les gendarmes n’auraient pas vu un tel obstacle lors de leur inspection. L’absence de traces de boue sur les pneus de la voiture malgré la pluie cette nuit-là a également été soulevée.

Concernant les cris entendus par deux voisines, la défense a souligné que leur durée (cinq à dix minutes) était jugée compatible avec un étranglement par l’accusation, tout en affirmant que « on ne crie pas, quand on se fait étrangler ». Les avocats ont aussi mis en doute la chronologie établie, arguant que l’heure des cris ne correspondait pas à celle du dernier SMS envoyé par Delphine à son amant, et critiquant le fait que des tests acoustiques aient été réalisés hors procédure.

Les lunettes de Delphine, retrouvées sur le canapé, ont été présentées comme une preuve d’une bagarre par l’accusation. Cependant, Me Franck a argué qu’un coup de sang laisse des traces qui sont nettoyées, et que le dossier ne mentionne aucun nettoyage. La trajectoire de la branche des lunettes a également été questionnée. Concernant le téléphone, les experts auraient demandé deux mois supplémentaires pour l’analyser, une demande refusée en raison de la proximité de l’arrestation de Cédric Jubillar, suggérant une instruction « programmée ». Le fait que le chien des gendarmes n’ait pas « marqué » a été interprété différemment par les deux procureurs, semant une nouvelle fois le doute sur la localisation du corps.

Le mystère de l’identité du coupable

La défense a également rappelé le cas d’un gendarme écarté de l’enquête en 2021, qui aurait confié à Anne que ses collègues n’avaient « rien sur Cédric Jubillar, que des grains de sable pour faire un château ».

Face à ces éléments, Me Franck a interpellé les jurés : « Comme beaucoup de gens, vous vous demandez : Alors qui ? ». Elle a cité le cas d’Anthony, un ambulancier qui aurait avoué le meurtre à une amie, et d’un chauffeur de taxi ayant aperçu un homme courir vers un bois. La défense a pointé du doigt le manque d’intérêt des enquêteurs pour ces témoignages, se concentrant uniquement sur Cédric Jubillar. Elle a également mentionné les 288 individus inscrits au fichier des délinquants sexuels, dont seulement 65 ont été interrogés, ainsi que l’amant et son épouse, dont les véhicules n’auraient pas été inspectés. « Ils ont fait rentrer des ronds dans des carrés », a résumé Me Franck.

« Un cimetière des certitudes »

Me Alexandre Martin a qualifié le procès de « cimetière des certitudes », estimant que la justice demandait aux jurés d’être ses complices. Il a rappelé l’enfance difficile de Cédric Jubillar, « trimballé comme un paquet », et sa personnalité « souriante et conciliante », niant toute violence physique dans son passé. Concernant le couple, il a souligné que Delphine hésitait entre son mari et son amant, mais qu’elle était heureuse en juillet suite à la signature d’un CDI par Cédric. Il a également expliqué les déclarations déplacées de son client par le harcèlement qu’il subissait, affirmant que Cédric était « chiant », mais qu’il « gueule pour exister ».

Me Martin a attribué la « désincarnation » de son client à quatre ans et demi d’isolement, l’homme étant « dans sa cage, il est un autre lui-même ». Il a martelé que l’on ne condamne pas les « mauvaises manières », mais les coupables, et a conclu son plaidoyer dans un vibrant appel : « Votre décision sera historique, elle dira votre conception de la Justice, le visage que vous voudrez lui donner : vous ne pouvez pas condamner Cédric Jubillar, votre devoir vous dicte de l’acquitter ».

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