Publié le 2026-02-12 01:57:00. Des anomalies climatiques majeures se préparent dans le Pacifique, annonçant un phénomène El Niño particulièrement puissant qui pourrait propulser les températures mondiales vers des niveaux records dès 2027. Les scientifiques s’inquiètent d’une accélération du réchauffement climatique, avec des conséquences potentiellement graves pour de nombreuses régions du monde.
- Des vents tropicaux exceptionnels inversent les courants dans le Pacifique, préparant le terrain pour un El Niño.
- Les modèles climatiques prévoient un développement d’El Niño entre mai et août 2026, avec un pic attendu en hiver 2026-2027.
- L’année 2027 pourrait battre tous les records de chaleur, en raison de l’effet combiné d’El Niño et du réchauffement climatique.
Des épisodes rares de « westerly wind bursts » (rafales de vent d’ouest), des vents tropicaux qui soufflent habituellement en sens inverse, ont été observés en décembre 2025 et janvier 2026 dans le Pacifique occidental, près de la Nouvelle-Calédonie et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Ces vents anormaux repoussent les eaux chaudes vers l’est, en direction de l’Amérique du Sud, et déclenchent la formation d’ondes de Kelvin, de gigantesques vagues océaniques lentes qui transportent la chaleur sous la surface du Pacifique.
Ce phénomène marque la fin de l’épisode La Niña actuel, qui s’affaiblit rapidement et devrait disparaître avant mars 2026, et le début d’un nouveau cycle El Niño. Le Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT) confirme cette tendance, avec une probabilité supérieure à 60 % que les conditions El Niño soient établies à l’automne 2026.
La rapidité de cette transition inquiète les climatologues. La phase La Niña, pourtant bien installée depuis novembre 2025, montre déjà des signes de faiblesse. Selon Kevin Trenberth, chercheur au National Center of Atmospheric Research, les températures mondiales atteignent généralement leur maximum environ trois mois après le pic d’El Niño. Ainsi, un El Niño culminant en hiver 2026-2027 se traduirait par une chaleur extrême au printemps et surtout durant l’été 2027.
Le climatologue Zeke Hausfather anticipe que 2027 sera « considérablement plus chaude » que 2026, avec un potentiel pour dépasser le record absolu de chaleur établi en 2024. Eric Webb, météorologue du Département de la Défense américain, compare le changement climatique à un escalier ascendant : l’accumulation continue des gaz à effet de serre empêche le système climatique d’évacuer la chaleur avant que le cycle El Niño suivant ne vienne aggraver la situation, poussant ainsi la température de base toujours plus haut.
Ce mécanisme explique pourquoi chaque nouveau cycle El Niño bat systématiquement les records du précédent. Le contexte actuel est d’autant plus alarmant que 2025 a été la neuvième année consécutive à enregistrer des records de contenu thermique océanique mondial. Le Western Pacific Warm Pool, zone du Pacifique abritant les eaux les plus chaudes de la planète, a également atteint des températures record en 2025. Cette accumulation de chaleur dans les océans agit comme une bombe à retardement, libérant son énergie dans l’atmosphère lors d’El Niño et provoquant une hausse brutale des températures.
Les conséquences de ce basculement climatique se feront sentir dès 2026. El Niño devrait influencer la saison des ouragans, en tendant à réduire l’activité dans l’Atlantique en augmentant le cisaillement du vent, bien que des températures océaniques exceptionnellement élevées pourraient contrebalancer cet effet. L’Australie et l’Indonésie risquent de connaître des sécheresses prolongées et une chaleur extrême, tandis que certaines régions du Pacifique oriental verront leurs précipitations augmenter. En Europe, les hivers marqués par El Niño sont généralement plus perturbés, humides et tempétueux en France, avec un début d’hiver doux et humide suivi d’une fin plus froide et sèche.
Les étés 2026, 2027 et 2028 s’annoncent particulièrement chauds, et pourraient marquer le franchissement du seuil de 1,5 °C de réchauffement mondial par rapport à l’ère préindustrielle sur une moyenne de trois ans. Ce seuil, fixé par l’Accord de Paris, semblait encore lointain il y a quelques années, mais pourrait être atteint dès la fin de cette décennie.
Les prévisions sont formelles : la machine climatique est en marche et rien ne peut plus l’arrêter à court terme. Cependant, l’ampleur des records futurs dépend encore des actions menées aujourd’hui. Chaque dixième de degré compte, et la différence entre un monde à +2 °C et un monde à +3 °C se mesure en vies humaines et en écosystèmes préservés.
Les années 2026 à 2028 ne seront pas seulement les plus chaudes de l’histoire, elles seront aussi un test grandeur nature de notre capacité collective à faire face à un climat qui bascule définitivement dans une nouvelle ère.
« Si 2026 s’annonce déjà très chaude avec environ 1,4 °C au-dessus des niveaux préindustriels, c’est surtout 2027 qui fait trembler les scientifiques. »
Kevin Trenberth, chercheur au National Center of Atmospheric Research