Publié le 2024-11-21 14:35:00. Une nouvelle étude révèle comment les substances psychédéliques modifient l’activité cérébrale, expliquant ainsi les hallucinations qu’elles provoquent et ouvrant des perspectives pour de nouvelles thérapies contre la dépression et l’anxiété.
- Les psychédéliques agissent en réduisant l’activité des zones du cerveau traitant les informations visuelles, ce qui amène le cerveau à puiser dans les souvenirs pour combler le manque de stimuli externes.
- Cette modification de la perception est liée à une augmentation des ondes cérébrales lentes et à une activation du cortex rétrosplénial, une zone clé pour l’accès à la mémoire.
- Les chercheurs ont utilisé une technique d’imagerie cérébrale avancée pour observer ces changements en temps réel chez des souris génétiquement modifiées.
Les substances psychédéliques, comme le LSD ou la psilocybine, exercent leur influence en se fixant sur les récepteurs de la sérotonine dans le cerveau. Les scientifiques connaissent déjà l’existence d’au moins 14 récepteurs différents sensibles à ce neurotransmetteur, mais c’est le récepteur 2A qui semble particulièrement important dans les effets des psychédéliques. Ce récepteur joue un rôle dans l’apprentissage, mais il a également la capacité de diminuer l’activité des régions cérébrales responsables du traitement des informations visuelles.
« Nous avions déjà observé dans des études précédentes que les processus visuels dans le cerveau étaient inhibés par ce récepteur », explique Callum White, auteur principal de l’étude. « Cela signifie que les informations visuelles provenant du monde extérieur deviennent moins accessibles à notre conscience. Pour compenser, le cerveau insère alors des fragments de souvenirs – c’est ainsi que se produisent les hallucinations. »
En d’autres termes, lorsque le cerveau reçoit moins de signaux visuels, il puise dans ses propres archives pour compléter la perception. Ces images et expériences mémorisées peuvent se superposer à la réalité, créant ainsi des hallucinations.
L’équipe de recherche a également identifié le mécanisme précis qui sous-tend ce phénomène. Les psychédéliques augmentent les oscillations cérébrales, des schémas rythmiques d’activité neuronale qui permettent aux différentes parties du cerveau de communiquer entre elles. Plus précisément, ils stimulent les ondes de basse fréquence (5 Hz) dans les zones visuelles, activant ainsi le cortex rétrosplénial, une région cruciale pour la récupération des souvenirs.
À mesure que cette communication s’intensifie, le cerveau bascule dans un mode de fonctionnement différent. La conscience de l’environnement extérieur s’estompe, tandis que la perception se fonde davantage sur les informations stockées en mémoire. Le professeur Dirk Jancke, qui a dirigé l’étude, décrit cette expérience comme « un peu comme un rêve éveillé ».
Pour observer ces changements en temps réel, les scientifiques ont utilisé une technique d’imagerie optique de pointe, capable de suivre l’activité neuronale sur l’ensemble du cerveau. Les expériences ont été menées sur des souris spécialement conçues par le professeur Thomas Knöpfel de l’Université baptiste de Hong Kong. Ces animaux ont été génétiquement modifiés pour produire des protéines fluorescentes dans certains types de cellules cérébrales.
Cette approche a permis aux chercheurs d’identifier précisément la source des signaux enregistrés. « Nous savons donc, grâce à nos expériences, que les signaux fluorescents mesurés proviennent des cellules pyramidales des couches corticales 2/3 et 5, qui assurent la communication au sein du cerveau et entre ses différentes régions », précise Jancke. Ces cellules jouent un rôle essentiel dans la transmission de l’information à travers le cortex.
Ces découvertes pourraient avoir des implications importantes pour le développement de nouvelles thérapies, notamment dans le traitement de la dépression et de l’anxiété. Les chercheurs pensent que, sous surveillance médicale, les psychédéliques pourraient temporairement modifier l’activité cérébrale de manière à favoriser le rappel de souvenirs positifs et à affaiblir les schémas de pensée négatifs.
« Utilisées dans un cadre médical encadré, ces substances peuvent modifier temporairement l’état du cerveau pour rappeler de manière sélective des souvenirs positifs et restructurer des schémas de pensée appris et excessivement négatifs, permettant ainsi de se défaire de conditionnements négatifs », explique Jancke. « Il sera passionnant de voir comment ces thérapies pourront être davantage personnalisées à l’avenir. »
En éclaircissant les mécanismes par lesquels les psychédéliques redirigent la perception du monde extérieur vers les réseaux de mémoire interne, cette étude apporte une explication biologique plus précise à la fois des hallucinations et du potentiel thérapeutique croissant de ces composés.