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Les restrictions de l’UE sur les engrais russes menacent de faire grimper les prix mondiaux de l’huile alimentaire

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Publié le 20 février 2026 à 07h04. L’Union européenne durcit les conditions d’importation d’engrais russes, une politique qui inquiète le secteur agricole face au risque d’une nouvelle flambée des prix alimentaires, notamment pour des produits comme l’huile de palme.

  • Les importations d’engrais se sont effondrées de plus de 80 % en raison de nouvelles taxes carbone, de droits de douane accrus et de sanctions.
  • Le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) et l’augmentation des tarifs douaniers sur les engrais russes et biélorusses sont entrés en vigueur.
  • L’Indonésie, premier producteur mondial d’huile de palme, pourrait être affectée par la hausse des prix des engrais potassiques, ce qui pourrait entraîner une augmentation des prix de l’huile comestible.

Bruxelles resserre l’étau sur les engrais en provenance de Russie, une décision qui suscite des inquiétudes croissantes au sein du secteur agricole européen. Une combinaison de nouvelles taxes carbone, d’une augmentation des droits de douane et de sanctions supplémentaires rend l’importation de ces intrants agricoles beaucoup plus coûteuse et difficile. Selon le Copa et la Cogeca, le principal lobby agricole et coopératif d’Europe, les importations d’engrais ont déjà chuté de plus de 80 %, ravivant les craintes d’une répétition du choc des prix de 2022, lorsque les coûts des engrais avaient grimpé en flèche à l’échelle mondiale, entraînant une hausse des prix des denrées alimentaires.

Depuis le 1er janvier, le Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM) – une taxe carbone sur les importations de produits à fortes émissions – s’applique aux engrais entrant dans l’Union européenne. Parallèlement, les droits de douane sur les engrais russes et biélorusses, qui sont entrés en vigueur en juillet 2025, devraient augmenter considérablement. Actuellement fixés entre 40 et 45 € (42 à 47 $ US) par tonne selon la catégorie de produit, ces droits atteindront entre 315 et 430 € (331 à 452 $ US) par tonne d’ici mi-2028, selon le règlement voté par le Parlement européen en mai 2025 et formellement adopté par le Conseil en juin 2025.

La Commission européenne a également proposé, le 6 février 2026, dans le cadre de son 20e paquet de sanctions annoncé par la présidente Ursula von der Leyen, un nouveau plafond sur les importations d’ammoniac en provenance de Russie. La Finlande et la Suède ont même plaidé pour une interdiction pure et simple de tous les engrais russes. Dans une lettre adressée à Kaja Kallas, chef de la politique étrangère de l’UE, en janvier, les ministres suédoise et finlandaise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard et Elina Valtonen, ont estimé qu’une interdiction totale pourrait priver la Russie d’environ 1,4 milliard d’euros (1,47 milliard de dollars) de revenus.

L’UE reste toutefois fortement dépendante des engrais russes, qui représentent environ un quart des importations du bloc, selon le Conseil de l’UE. Cette dépendance a freiné les ardeurs de Bruxelles. L’effet combiné du CBAM et de l’augmentation des tarifs est déjà visible : les importations d’engrais azotés sont tombées à seulement 179 877 tonnes en janvier 2026, contre 1,18 million de tonnes un an plus tôt, selon les données de la Commission européenne citées par le Copa et la Cogeca. Le groupe décrit cette situation comme « une dure réalité qui frappe désormais à la porte de l’UE ».

Les engrais azotés représentent environ 46 % de l’utilisation totale d’engrais dans l’UE, dont plus de 30 % sont traditionnellement importés. Les stocks actuels ne couvrent que 45 à 50 % des besoins des agriculteurs pour la récolte 2026, avec des niveaux particulièrement bas en Italie et en Irlande. Le Copa et la Cogeca demandent la suspension immédiate du CBAM sur les engrais.

L’impact de ces restrictions pourrait se faire sentir sur des marchés en aval, notamment celui de l’huile de palme. L’Indonésie, premier producteur mondial d’huile de palme, importe des millions de tonnes de chlorure de potassium chaque année, la Russie et la Biélorussie étant parmi ses principaux fournisseurs. Si les prix mondiaux de la potasse augmentent, les taux d’application d’engrais pourraient diminuer, en particulier parmi les petits exploitants. Une baisse de la production indonésienne de palmiers à huile pourrait entraîner une réduction de l’offre mondiale d’huile comestible et une pression accrue sur les huiles de soja et de colza.

Jakarta semble anticiper ces difficultés. En septembre 2025, l’UE et l’Indonésie ont finalisé un accord commercial global. Trois mois plus tard, le 21 décembre, l’Indonésie a signé un accord de libre-échange avec l’Union économique eurasienne dirigée par la Russie, en présence de Vladimir Poutine. Cet accord prévoit notamment des droits de douane nuls sur une large gamme d’engrais.

Certains acteurs du secteur des ingrédients alimentaires se préparent déjà à ces évolutions. L’entreprise néerlandaise NoPalm Ingredients a conclu un partenariat avec la coopérative laitière belge Milcobel pour augmenter la production de substituts d’huile de palme basés sur la fermentation. Palsgaard, spécialiste danois des émulsifiants, développe des systèmes émulsifiants sans palme, tandis que Checkerspot, une entreprise américaine de biotechnologie, a mis au point une alternative à l’huile de palme à haute teneur en acide oléique issue de la fermentation de microalgues.

Selon une enquête menée par Innova Market Insights en 2025, 48 % des consommateurs dans le monde recherchent des informations sur la qualité des aliments avant de les acheter. Si les prix de l’huile de palme augmentent à nouveau, la pression pour une reformulation des produits pourrait s’intensifier. Les allégations relatives aux produits « sans huile de palme » avaient déjà connu un taux de croissance annuel composé de 73 % entre 2015 et 2017.

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