Publié le 8 février 2024 14:31:00. Une nouvelle étude internationale suggère que notre génétique pourrait jouer un rôle bien plus important que prévu dans la durée de vie, mais les experts soulignent que les habitudes de vie restent cruciales pour une existence longue et en bonne santé.
- La génétique pourrait déterminer jusqu’à 55 % de notre longévité, selon une étude récente.
- Les facteurs liés au mode de vie, tels que l’alimentation et l’exercice, représentent l’autre moitié de l’équation.
- Les chercheurs insistent sur l’importance de ne pas négliger les bonnes habitudes, même face à une prédisposition génétique.
Des scientifiques ont mis en évidence un lien significatif entre notre patrimoine génétique et la durée de notre vie. L’étude, publiée dans la revue Science, a analysé les données de milliers de jumeaux identiques et fraternels issus de registres danois, suédois et américains. En comparant les similitudes et les différences entre ces paires de jumeaux, les chercheurs ont cherché à déterminer l’influence relative de la génétique et de l’environnement sur la longévité.
L’une des difficultés de cette recherche résidait dans la nécessité de distinguer les décès dus à des causes naturelles (liées au vieillissement ou à des prédispositions génétiques) de ceux résultant de facteurs externes (accidents, maladies infectieuses, etc.). Les chercheurs ont estimé l’impact de ces différents facteurs pour affiner leur analyse. Ils ont observé que le taux de mortalité reste relativement stable entre 20 et 40 ans, avant de connaître une augmentation notable avec l’âge. De plus, si les décès liés à des causes externes augmentent également avec l’âge, cette progression est moins rapide que celle des décès dus à des facteurs internes.
Les résultats de l’étude indiquent que les gènes pourraient être responsables d’environ 55 % de la variation de la durée de vie, une proportion plus élevée que les estimations précédentes. Le reste serait influencé par des facteurs environnementaux, tels que le mode de vie et l’accès aux soins de santé, ainsi que par des mutations génétiques aléatoires.
« Il s’agit en grande partie d’un risque de maladie. Nous incluons une analyse de l’héritabilité de mourir d’un cancer, d’une maladie cardiovasculaire ou d’une démence. La mort par démence est la plus héréditaire, puis cardiovasculaire et enfin par cancer. »
Ben Shenhar, chercheur sur la physique du vieillissement à l’Institut des sciences Weizmann
Ben Shenhar, l’auteur principal de l’étude, explique avoir découvert ce résultat de manière inattendue, en manipulant un modèle mathématique. Ben Shenhar souligne que la longévité est influencée par des centaines, voire des milliers de gènes, et non par quelques-uns seulement.
Cependant, les gènes ne sont pas le seul facteur en jeu. Leigh Frame, Ph.D., directrice du Bureau de médecine intégrative et de santé de l’Université George Washington, rappelle que les gènes ne déterminent pas un résultat fixe, mais plutôt une gamme de possibilités.
« Les gènes n’agissent pas de manière isolée. Ils définissent une gamme de possibilités plutôt qu’un résultat fixe, influençant la façon dont les individus réagissent aux expositions environnementales, aux comportements liés au mode de vie et au vieillissement lui-même. »
Leigh Frame, Ph.D., directrice du Bureau de médecine intégrative et de santé de l’Université George Washington
L’étude présente certaines limites, notamment le fait qu’elle s’appuie sur des registres de jumeaux scandinaves, ce qui pourrait limiter la généralisation des résultats à d’autres populations, selon Leonard E. Eginard, MD, directeur du département de médecine de l’Université de Buffalo.
Malgré ces résultats, les experts insistent sur l’importance de maintenir un mode de vie sain.
« La longévité est une combinaison de gènes, de modes de vie et de facteurs environnementaux. »
Leonard E. Eginard, MD, directeur du département de médecine de l’Université de Buffalo
Même si la génétique représente environ 50 % de la durée de vie, l’autre moitié est influencée par des facteurs modifiables tels que l’exercice physique, l’alimentation, les relations sociales et l’environnement. Janet O’Mahony, MD, interniste au Mercy Medical Center de Baltimore, souligne l’importance d’un suivi médical régulier pour détecter et traiter les problèmes de santé potentiels.
« L’accès à des soins primaires de qualité [peut] diagnostiquer et traiter l’hypertension artérielle, le diabète, l’obésité et l’hypercholestérolémie. L’accès aux tests de dépistage du cancer comme les mammographies et les coloscopies semble également sauver des vies. »
Janet O’Mahony, MD, interniste au Mercy Medical Center de Baltimore
En conclusion, Ben Shenhar insiste sur le fait qu’il ne faut pas renoncer à adopter un mode de vie sain sur la base de ces résultats.
« Le message ne devrait pas être à 100% celui du déterminisme génétique. Je ne pense pas qu’il y ait d’implications immédiates sur le plan personnel et décisionnel sur la façon de vivre sa vie. »
Ben Shenhar, chercheur sur la physique du vieillissement à l’Institut des sciences Weizmann
Cependant, cette étude ouvre de nouvelles perspectives sur la génétique du vieillissement et pourrait permettre de développer des interventions médicales visant à prolonger la longévité et à améliorer la qualité de vie.