Le microbiote intestinal, pilier méconnu de la santé des Argentins
Buenos Aires – Loin d’être une simple affaire de digestion, le microbiote intestinal s’impose désormais comme un sujet central dans la quête de bien-être des Argentins. Une étude récente révèle qu’une large majorité de la population est consciente de son existence et prend des mesures pour le choyer, principalement via l’alimentation et le mode de vie.
Selon une enquête menée par l’IFOP (Institut français de l’opinion publique) pour Danone, 85 % des Argentins de plus de 18 ans interrogés connaissent le terme « microbiote intestinal ». Plus encore, deux personnes sur trois déclarent prendre des mesures régulières pour en prendre soin. Ce n’est pas un hasard, car cette communauté de milliards de micro-organismes joue un rôle fondamental, allant bien au-delà de la seule digestion. Il est intimement lié à notre système immunitaire, métabolique et même nerveux.
« Dites-moi comment va votre intestin, et je vous dirai à quel point vous êtes en bonne santé », clamait Hippocrate. Une citation qui prend tout son sens à la lumière des découvertes actuelles.
### Un allié interne aux multiples fonctions
Le microbiote intestinal peut être imaginé comme une véritable armée de milliards de micro-organismes qui interagissent constamment. Quand cet écosystème est en équilibre, on parle de symbiose ; lorsqu’il est déséquilibré, c’est la dysbiose qui s’installe. Le Dr María Ana Puiggari, médecin généraliste et spécialiste du microbiote, le décrit avec une métaphore parlante : « J’aime l’appeler le premier cerveau, car c’est comme s’il nous commandait, c’est notre base de contrôle. »
Cette « base de contrôle » aurait une influence capitale sur notre santé globale. « Tout ce qui vient de l’extérieur, les agents nocifs, vont dépendre de ce que vous avez dans votre microbiote », explique le Dr Puiggari. Elle souligne que tout notre corps est colonisé : peau, voies nasales, bouche, yeux, système reproducteur… La dysbiose, cet déséquilibre, serait alors une porte ouverte aux maladies, des plus anodines comme un rhume aux affections dégénératives, auto-immunes, métaboliques, en passant par le cancer ou l’obésité.
Mais l’influence du microbiote ne s’arrêterait pas là. Notre humeur, notre tempérament et même les décisions que nous prenons seraient également liées à son état. « Quand le microbiote est en équilibre, on prend de meilleures décisions, on est plus calme, moins irritable. Je le constate chaque jour avec mes patients », affirme le Dr Puiggari. Cette « armée de travailleurs » interne, loin d’être passive, nettoie, détoxifie, défend, régénère nos cellules et assure la digestion.
### Un héritage évolutif et des agressions modernes
Notre microbiote n’est pas une copie conforme pour tous. Il s’hérite de nos parents, se façonne dès l’accouchement par voie basse et l’allaitement. Cependant, au fil du temps, le stress et une alimentation déséquilibrée peuvent le dégrader.
Parmi ses principaux ennemis, l’étude pointe du doigt les produits agrochimiques, les aliments ultra-transformés et, de manière significative, les antibiotiques. Ces derniers, bien qu’indispensables dans certains cas, détruisent indiscriminément les bactéries, qu’elles soient nocives ou bénéfiques pour notre microbiote. « Parfois, il faut jusqu’à quatre mois pour régénérer ce microbiote », précise le Dr Puiggari, qui conseille de toujours envisager des probiotiques avant ou après un traitement antibiotique. Elle observe qu’une personne soumise à des antibiotiques fréquents, surtout en milieu urbain, risque un microbiote fortement déséquilibré.
### Vers un rééquilibrage : habitudes et aliments clés
Face à ces constats, de plus en plus d’Argentins cherchent des solutions pour choyer leur flore intestinale. L’étude révèle ainsi que 66 % adaptent leur alimentation ou leurs habitudes pour la protéger. La consommation de yaourt, par exemple, est jugée positive par 75 % des sondés.
Au-delà des yaourts, d’autres pistes émergent :
* Le « Grounding » : Cette pratique, qui consiste à marcher pieds nus sur la terre, permettrait de rééquilibrer la charge électrique de notre corps, impactée par notre environnement technologique. Le Dr Puiggari y voit également des effets anti-inflammatoires notables.
* Probiotiques naturels : Les aliments fermentés comme le kéfir, le kombucha ou la choucroute sont riches en probiotiques. Le choix de la choucroute peut être préférable pour ceux qui surveillent leur consommation de sucre. Pour les yaourts, privilégier le lait bio de vaches nourries à l’herbe est recommandé, tout comme pour les œufs de « poules heureuses ». Le bouillon d’os, riche en acide butyle, est aussi cité pour ses vertus de « scellement » intestinal.
* Hygiène de vie et cohérence : Un rythme de vie régulier, avec des horaires de sommeil et de lever constants (un écart maximal d’une heure entre semaine et week-end est suggéré), favorise la symbiose avec les micro-organismes. La cohérence dans l’alimentation, en limitant les écarts ponctuels plutôt que les habitudes malsaines quotidiennes, est également cruciale.
* L’eau : Bien s’hydrater est fondamental pour l’élimination des toxines et le bon fonctionnement intestinal. Attention toutefois à la qualité de l’eau : le chlore et le fluorure peuvent nuire au microbiote. L’utilisation d’un filtre est alors conseillée.
* L’exercice physique : Une pratique modérée stimule la diversité et l’abondance des bactéries bénéfiques. Elle améliore la perméabilité intestinale, souvent mise à mal par le stress ou une alimentation inappropriée, et aide à réduire l’inflammation. Les endorphines libérées par l’exercice contribuent également à un meilleur équilibre mental, favorisant indirectement le microbiote.
Face à cette prise de conscience croissante, Juan Garibaldi, PDG de Danone Cono Sur, rappelle que « le bien-être commence de l’intérieur ». L’entreprise cherche ainsi à proposer des aliments qui soutiennent cet équilibre, promouvant une relation plus consciente avec notre alimentation et notre corps.
Il est à noter que 93 % des Argentins interrogés ont déjà souffert d’inconforts digestifs, bien que seulement 28 % en souffrent fréquemment. Pour 85 % d’entre eux, les fibres sont essentielles, suivies par les probiotiques (58 %) et les aliments fermentés (56 %). Concernant les produits laitiers, 75 % reconnaissent les bienfaits des yaourts et laits fermentés pour le microbiote.
Enfin, en matière d’information, 67 % des personnes consultent des professionnels de santé, 45 % se tournent vers leur famille ou leurs amis, et 41 % utilisent les réseaux sociaux pour s’informer sur la santé digestive.