Publié le 19 octobre 2025 11:41:00. Les États-Unis imposent des mesures de pression économique et diplomatique d’une ampleur inédite contre le Brésil, menaçant directement sa souveraineté et suscitant un éveil anti-impérialiste dans le pays.
- Des tarifs douaniers drastiques, touchant plus de la moitié des exportations brésiliennes, ont été initialement annoncés par Donald Trump.
- Ces actions sont interprétées comme une tentative d’ingérence politique visant à affaiblir le gouvernement brésilien et à le sortir de la sphère d’influence chinoise.
- L’administration américaine utilise également des menaces de sanctions, des révocations de visas et d’autres formes de chantage pour contraindre le Brésil à des concessions.
Le Brésil, plus vaste nation d’Amérique du Sud, se retrouve au cœur d’une stratégie américaine visant à exercer un contrôle direct sur les régimes politiques des pays du Sud. Initialement, en juillet, Donald Trump avait décrété des droits de douane de 50 % sur l’ensemble des produits brésiliens, une mesure parmi les plus élevées au monde. Bien qu’environ 700 produits aient été retirés de cette liste un mois plus tard, plus de la moitié des exportations du pays demeurent soumises à ces tarifs punitifs.
Ces actions, qualifiées d' »ignobles », s’inscrivent dans un contexte de soutien à l’ancien président d’extrême droite Jair Bolsonaro, actuellement sous le coup d’une enquête judiciaire pour tentative de coup d’État et officiellement condamné par la justice. L’objectif principal des États-Unis demeure la Chine, mais les alliés traditionnels tels que l’Europe, le Japon et la Corée du Sud ne sont pas épargnés par ces pressions et ce chantage visant à obtenir des concessions. Pour les nations du Sud, Donald Trump teste des approches plus radicales, cherchant à contrôler directement les structures politiques pour en tirer des avantages économiques et géopolitiques.
Lorsque des obstacles politiques se présentent, l’administration américaine n’hésite pas à affaiblir les économies nationales, à générer de l’instabilité politique, à menacer la souveraineté et à encourager des changements de régime. En filigrane, il s’agit également d’éloigner ces pays de la sphère d’influence de la Chine et de l’alliance des BRICS, réaffirmant ainsi par l’intimidation les « arrière-cours » considérées comme américaines.
Peu après l’annonce de ces mesures, d’autres motivations plus concrètes sont apparues. Depuis plusieurs mois, les États-Unis enquêtent sur « Pix », un système de paiement en ligne développé par la Banque centrale du Brésil. Ce dispositif a entraîné une chute significative de l’utilisation des cartes de crédit et débit américaines, telles que Visa et Mastercard. L’impérialisme américain s’intéresse également aux minéraux de terres rares et aux autres ressources naturelles du Brésil, tout en s’opposant aux efforts locaux de régulation des géants technologiques.
Parallèlement, le gouvernement américain refuse d’ouvrir des négociations. Eduardo Bolsonaro, l’un des fils de l’ancien président, réside à Washington D.C. depuis plusieurs mois et multiplie les rencontres avec des responsables de la Maison Blanche. L’ambassade américaine au Brésil n’hésite pas à publier des menaces sur les réseaux sociaux chaque fois que la justice brésilienne progresse dans ses enquêtes contre les putschistes présumés. Des juges de la Cour suprême brésilienne ont vu leur visa américain révoqué, et le président de la Cour, Alexandre de Moraes, a été visé par la loi Magnitski.
Récemment, suite à la condamnation officielle de Bolsonaro et de son « organisation criminelle », la Maison Blanche a averti que le Brésil pourrait faire face à de nouvelles sanctions, tant économiques que militaires. Cette situation représente, selon certains analystes, la menace la plus grave pour la souveraineté brésilienne depuis des décennies et la plus forte incitation à des coups d’État depuis celui de 1964, soutenu par les États-Unis, qui avait instauré une dictature jusqu’en 1985.
Cependant, le contexte politique actuel est plus complexe. Face à la gravité de la situation, une conscience anti-impérialiste renouvelée semble émerger dans le pays. Cela s’est traduit par des mobilisations de rue, portées par des slogans tels que « Trump hors du Brésil » et « Brésil souverain ». Ces mouvements ont également contribué à une légère amélioration de la popularité du gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva, dont l’administration fait face à des taux d’approbation historiquement bas.
Le rôle de Lula suscite un intérêt particulier. Loin d’une stratégie socialiste ou clairement de gauche, son administration actuelle adhère aux principes de l’économie néolibérale, privilégie la négociation avec l’establishment politique et n’offre que des avancées partielles à la classe ouvrière, sans réellement modifier les profondes inégalités sociales du Brésil. Durant ses deux premiers mandats (2003-2010), Lula avait maintenu de bonnes relations avec les administrations Bush et Obama.
S’il est important de ne pas se faire d’illusions sur les orientations de Lula, les mesures fondamentales adoptées par son gouvernement face à l’agression impérialiste confèrent à sa position actuelle un caractère progressiste dans cette confrontation. Néanmoins, Lula n’a pas encore manifesté la volonté de prendre les mesures nécessaires pour garantir la pleine souveraineté du Brésil. Cela impliquerait une rupture avec toutes les formes d’impérialisme, qu’elles soient américaines ou chinoises. Il est également à noter que le gouvernement brésilien n’a, à ce jour, pas rompu ses liens commerciaux ou diplomatiques avec Israël.
Dans ce contexte, une politique révolutionnaire au Brésil devrait prioriser une large unité d’action, y compris une coordination avec le gouvernement, afin de lutter contre l’impérialisme, les menaces d’agression et les potentiels coups d’État. Il est crucial de rappeler que, comme dans de nombreuses régions du monde, les secteurs néofascistes au Brésil restent mobilisés, tant dans la rue qu’au sein du parlement et des institutions, malgré les enquêtes et sanctions visant certains de leurs leaders comme Bolsonaro.
Une politique socialiste
À un second niveau, la gauche socialiste doit préserver son indépendance politique et organisationnelle pour promouvoir un programme de transformation radicale. L’extrême droite gagne du terrain lorsque les masses sont déçues par le régime politique en place. Cependant, vaincre ce régime ne peut se faire qu’en répondant aux aspirations populaires par une politique socialiste radicale. L’alternative d’extrême droite ne mène qu’à la barbarie, le démantèlement des droits des travailleurs et la destruction de l’environnement.
Le Parti Socialisme et Liberté (PSOL), fort de sa pertinence nationale, est un pôle essentiel de cette gauche. Les efforts visent à renforcer sa position. Une attention particulière est également portée à l’organisation de la 1ère Conférence internationale antifasciste, prévue pour mars 2026 à Porto Alegre, au Brésil. Les mois à venir exigeront une vigilance accrue face au paysage politique brésilien, ainsi qu’une solidarité internationale de la part des travailleurs du monde entier envers le peuple brésilien, engagé dans la défense de sa souveraineté et de son droit à un avenir plus égalitaire et porteur d’espoir.