Publié le 16 février 2026 à 11h39. Une étude inédite révèle que les pigments des tatouages ne restent pas confinés dans la peau, mais migrent dans l’organisme, perturbant potentiellement le système immunitaire et pouvant affecter l’efficacité des vaccins.
- Les pigments de tatouage se déplacent dans le corps via le système lymphatique, s’accumulant dans les ganglions lymphatiques.
- Les macrophages, cellules immunitaires chargées de nettoyer l’organisme, sont incapables de décomposer ces pigments et finissent par mourir, déclenchant une inflammation chronique.
- Cette inflammation peut affaiblir le système immunitaire et potentiellement interférer avec la réponse aux vaccins, notamment ceux à ARNm contre le SARS-CoV-2.
Des chercheurs de l’Institut de Recherche en biomédecine (IRB) de Bellinzone ont mené une étude approfondie, publiée dans la prestigieuse revue PNAS, qui remet en question notre compréhension des effets à long terme des tatouages. Pendant sept ans, l’équipe dirigée par le professeur Santiago F. González a suivi le parcours des pigments de tatouage dans l’organisme.
Leur découverte principale est que l’encre ne se limite pas à l’endroit où elle est injectée par l’aiguille. Elle entreprend un voyage à travers le corps, atteignant rapidement le système lymphatique. Quelques heures seulement après l’application du tatouage, les pigments s’accumulent en grande quantité dans les ganglions lymphatiques, véritables centres de contrôle de nos défenses immunitaires.
C’est à ce niveau que le processus devient problématique. Les macrophages, ces cellules immunitaires dont la mission est de « nettoyer » l’organisme en engloutissant les corps étrangers, captent les pigments. Cependant, ils sont incapables de les décomposer. Au lieu de cela, ils finissent par mourir, libérant à nouveau l’encre et déclenchant un cycle infini et potentiellement dangereux. Chaque nouvelle cellule immunitaire qui tente de capturer le pigment subit le même sort.
Ce cycle incessant de capture et de mort cellulaire génère une inflammation chronique qui peut persister pendant des années, maintenant le système immunitaire dans un état de stress constant. Cette inflammation prolongée peut affaiblir les défenses naturelles de l’organisme, le rendant plus vulnérable aux infections et, dans des cas plus rares encore, potentiellement augmenter le risque de pathologies plus graves.
L’étude distingue deux phases de cette réponse inflammatoire : une « phase aiguë », qui dure environ deux jours après la réalisation du tatouage, et une « phase chronique », qui peut persister pendant des années. Les chercheurs ont également constaté que certaines couleurs sont plus problématiques que d’autres. Le noir et le rouge se sont avérés nettement plus toxiques que le vert, déclenchant des réponses inflammatoires plus agressives et une plus grande mortalité cellulaire.
Un aspect particulièrement préoccupant soulevé par la recherche concerne l’interaction entre les tatouages et les vaccinations. L’accumulation d’encre dans les ganglions lymphatiques pourrait interférer avec la production d’anticorps, réduisant ainsi l’efficacité des vaccins. Des modèles expérimentaux ont notamment montré une réponse réduite aux vaccins à ARNm, comme celui contre le SARS-CoV-2.
Le spécialiste des maladies infectieuses Matteo Bassetti a commenté ces résultats dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, soulignant qu’il ne s’agit pas de simples spéculations, mais de preuves scientifiques solides : « L’accumulation de pigment peut altérer la réponse immunitaire, voire l’affaiblir. Ce sont les résultats d’une étude sérieuse et de longue durée. » Il précise qu’il ne s’agit pas de diaboliser le tatouage, qui touche aujourd’hui environ 20 % de la population européenne, mais de sensibiliser davantage aux matériaux utilisés et à leurs effets biologiques à long terme.
- Un état de stress constant signifie que le système immunitaire est continuellement activé, ce qui peut entraîner une fatigue immunitaire et une diminution de son efficacité.
- La phase aiguë est une réponse inflammatoire immédiate à la blessure causée par le tatouage.
- La phase chronique est une inflammation de bas grade qui persiste sur une longue période.
- La production d’anticorps est essentielle pour développer une immunité contre les agents pathogènes.
- La vidéo de Matteo Bassetti est disponible sur ses réseaux sociaux.