Publié le 26 février 2024 à 14h35. Une entreprise immobilière poursuit l’État irlandais pour plus de 12 millions d’euros, après l’abandon d’un projet d’hébergement pour demandeurs de protection internationale à Dublin, suite à des troubles violents sur le site.
- Sorega LP réclame des dommages et intérêts pour fausse déclaration et rupture de contrat.
- Le projet, initialement prévu pour accueillir 775 personnes, a été annulé en mai 2025.
- L’État s’oppose à l’inscription de l’affaire sur la liste commerciale du tribunal, une première dans ce type de litige.
L’entreprise Sorega LP a engagé une action en justice contre le ministre de l’Enfance, du Handicap et de l’Égalité, ainsi que le ministre de la Justice, de l’Intérieur et de la Migration. Elle estime avoir subi des pertes considérables suite à l’annulation d’un projet d’aménagement d’un centre d’accueil pour demandeurs de protection internationale (PI) sur l’ancien site de l’usine Crown Paints à Coolock, en périphérie de Dublin.
Selon Sorega, l’État avait initialement demandé à Townbe Unlimited Company, son partenaire, de trouver un site approprié près de l’aéroport de Dublin, capable d’accueillir un grand nombre de demandeurs de protection internationale. L’usine Crown Paints avait été identifiée et un bail d’un montant de 1,25 million d’euros avait été signé en mai 2024. Le plan prévoyait la construction d’un complexe de style appartement avec des équipements de loisirs, offrant 775 places d’hébergement.
Pour financer ce projet d’envergure, Sorega a recherché des investissements externes. Amberbreak Unlimited Company a ainsi apporté 4 millions d’euros en capital et un prêt de près de 274 000 euros. Cependant, en juillet 2024, des troubles violents ont éclaté sur le site, après une réunion d’information avec des représentants du public, dans un contexte de tensions croissantes concernant l’accueil des demandeurs d’asile. Malgré les injonctions de la Haute Cour visant à calmer les manifestants, la situation est restée incontrôlable, et les forces de l’ordre ont conseillé à Sorega de ne pas tenter d’appliquer unilatéralement les ordonnances par crainte d’aggraver les tensions.
En mai 2025, le ministère de la Justice a finalement pris en charge la gestion de l’hébergement des demandeurs de protection internationale et a annoncé que le site de Crown Paints ne serait pas utilisé à cette fin. Sorega chiffre ses pertes à environ 4,2 millions d’euros, incluant des frais juridiques (652 000 euros), des assurances (192 000 euros) et le loyer du site. L’entreprise a également dû acquérir la totalité du capital d’une société spécialisée dans les unités modulaires pour 7 millions d’euros afin d’atténuer ses pertes, dans l’espoir de pouvoir réutiliser ces unités sur d’autres sites ou de les revendre. Au total, Sorega estime que cette affaire a engendré une dette de 12 millions d’euros.
Lors de l’audience devant le tribunal de commerce, Bernard Dunleavy, l’avocat de Sorega, a plaidé pour l’inscription de l’affaire sur la liste commerciale. Cependant, Ailbhe O’Neill, l’avocate représentant les ministres, a demandé un court ajournement pour permettre à ses clients de déposer une déclaration sous serment contestant cette inscription. Le juge Mark Sanfey a accordé cet ajournement, tout en soulignant qu’il s’agissait du premier cas de ce type où l’État s’opposait à l’inscription sur la liste commerciale, et qu’il regrettait la tardivité de cette opposition.
Dans sa déclaration sous serment, Paul Collins, directeur de Townbe Unlimited Company, a affirmé que l’entreprise n’aurait pas engagé de telles dépenses sans les assurances répétées de l’État concernant le développement du site.
« Nous n’aurions pas dépensé de telles sommes sans l’uniformité des représentations de l’État sur le développement du site. »
Paul Collins, directeur de Townbe Unlimited Company
Sorega réclame des dommages et intérêts pour fausse déclaration, inexactitude et/ou violation de la garantie/du devoir, ainsi qu’une indemnisation complète pour ses frais.