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Les vidéos IA pourraient détourner les gens des réseaux sociaux

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Publié le 2025-10-15 08:43:00. L’essor fulgurant des contenus générés par intelligence artificielle (IA) pourrait bien pousser les utilisateurs à déserter les plateformes de médias sociaux traditionnelles. C’est la préoccupation soulevée par une experte, qui voit dans ce phénomène une potentielle menace pour la pérennité du modèle économique actuel des réseaux sociaux.

  • L’IA, moteur de revenus publicitaires, risque de diluer l’attrait des plateformes.
  • Le sentiment de malaise post-utilisation des réseaux sociaux pourrait s’accentuer.
  • De nouvelles plateformes sociales basées sur l’IA émergent, modifiant le paysage numérique.

Le Dr Constance de Saint Laurent, professeure adjointe de systèmes sociotechniques à l’Université de Maynooth, met en garde contre les dangers d’une dépendance accrue aux contenus créés par IA pour les plateformes de médias sociaux. Si ces technologies génèrent actuellement des revenus publicitaires substantiels, cette stratégie pourrait se révéler à terme peu durable. « Tant qu’ils regardent, il y aura des publicités et tout ira bien », constate le Dr de Saint Laurent, avant d’ajouter que « le modèle devra à un moment donné devenir de pire en pire ».

Elle observe une tendance générale où ce qui était autrefois novateur et engageant en ligne tend à se dégrader. Cette évolution pourrait amener les utilisateurs à reconsidérer le temps passé sur les réseaux sociaux. Le sentiment de frustration et de regret après une session sur ces plateformes, déjà connu, pourrait s’intensifier face à un contenu majoritairement artificiel. « Si, en plus de cela, ce que vous voyez maintenant est principalement du contenu généré par l’IA ou payant, vous vous sentez encore plus mal et cela vous rend encore plus susceptible de ne pas revenir sur cette plateforme », explique-t-elle.

Face à cette perspective, des géants du numérique comme Meta et OpenAI ont déjà lancé leurs propres plateformes dédiées à la création et au partage de courtes vidéos générées par IA. Meta propose « Vibes », permettant de créer des vidéos à partir d’invites textuelles et de les partager sur Instagram et Facebook. OpenAI, de son côté, développe « Sora », une fonctionnalité offrant une immersion personnalisée grâce à un système de « caméo » intégrant le visage de l’utilisateur dans des vidéos IA. OpenAI assure que des garde-fous seront mis en place pour contrôler le type de contenu proposé et l’utilisation des images, précisant que la plateforme vise la création plutôt que la consommation.

Parallèlement, les statistiques révèlent déjà une légère érosion de l’usage des médias sociaux. Selon le rapport 2025 de DataReportal, l’internaute moyen passerait désormais deux heures et 21 minutes par jour sur les réseaux sociaux, soit dix minutes de moins qu’il y a deux ans. En Irlande, cette durée s’établit à une heure et 52 minutes, en recul de sept minutes. Le Dr de Saint Laurent suggère que l’essor des IA conversationnelles pourrait contribuer à cette désaffection, les utilisateurs se tournant vers ces outils pour des interactions autrefois réservées aux réseaux sociaux ou aux amis. Elle exprime cependant des réserves quant à la pertinence de remplacer des interactions humaines par des conversations avec des intelligences artificielles.

L’experte souligne que même la toxicité ou la négativité croissante sur les plateformes, comme on a pu le voir sur X (anciennement Twitter), n’ont pas suffi à provoquer un exode massif. Elle anticipe qu’un « grand moment », où une plateforme « irait trop loin dans la négativité », serait nécessaire pour un tel déclin. Toutefois, elle estime que l’éclatement potentiel de la « bulle IA » pourrait imposer un changement radical. « De nombreuses sociétés de médias sociaux commencent à parier leur argent sur l’IA, donc quand cela éclatera, elles seront également en grande difficulté financière », avertit-elle, suggérant que ce bouleversement économique pourrait inciter à repenser les modèles actuels.

L’idée d’une « mort des médias sociaux » circule depuis cinq ans sans se concrétiser, mais le Dr de Saint Laurent est convaincue qu’un nouveau paradigme est inévitable. « Il y a un côté très cynique derrière cela : gagner de l’argent, comprendre notre comportement, nous étudier, nous analyser et nous disséquer – du moins psychologiquement », résume-t-elle.

Dans ce contexte, Seán, 32 ans, a fait le choix radical de se retirer des réseaux sociaux il y a environ deux ans. Il a supprimé ses comptes sur Facebook, Twitter, Instagram et LinkedIn. Si la pandémie avait déjà semé le doute chez lui quant à la positivité des réseaux, un événement déclencheur a été le conflit israélo-palestinien. « Voir des gens glorifier le meurtre d’enfants palestiniens et toutes sortes de démonstrations d’inhumanité qui sont fièrement affichées sur tous les réseaux sociaux », a-t-il confié, citant ces images comme une des raisons de son départ, motivé initialement par sa santé mentale.

Seán voit dans son retrait un refus de la manière dont les grandes entreprises technologiques « veulent reformater le fait d’être humain, de communiquer avec les gens et de vivre la vie ». Il affirme ne plus ressentir le besoin de connexion, ou du moins, que ce sentiment ne justifie pas sa présence sur ces plateformes. Il a trouvé de nouvelles occupations, notamment la lecture et la musique, qui « nourrissent la condition humaine ». Il constate également que de plus en plus de ses amis prennent des décisions similaires, appelant à peser soigneusement l’utilité de rester connecté.

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