Publié le 2025-10-28 12:00:00. Une analyse approfondie de l’espérance de vie dans les pays industrialisés révèle un ralentissement notable de sa croissance. Les générations nées après 1939 devraient connaître un gain d’années de vie significativement moins important que leurs aînés.
- L’augmentation de l’espérance de vie, autrefois régulière, connaît un net déclin.
- La baisse est particulièrement marquée chez les jeunes générations, expliquant une grande partie du ralentissement.
- Même dans des scénarios optimistes, le rythme de progression ne devrait pas retrouver ses niveaux passés.
Une étude menée par des chercheurs de l’Institut Max Planck de recherche démographique et de l’Université du Wisconsin-Madison, portant sur 23 pays riches, révèle une tendance préoccupante. Plutôt que de s’appuyer sur les statistiques annuelles, souvent sujettes aux fluctuations conjoncturelles (comme les épidémies ou les conflits), l’équipe scientifique a adopté une approche par cohortes. Cette méthode, qui suit des groupes de personnes nées la même année tout au long de leur existence, offre une vision plus fidèle de la longévité réelle.
Pour mener à bien leurs travaux, les chercheurs ont dû recourir à six méthodes de prévision distinctes afin d’estimer l’évolution future de la mortalité. Leurs conclusions convergent : l’allongement de la durée de vie ralentit. Si les générations nées entre 1900 et 1938 ont vu leur espérance de vie augmenter d’environ 0,46 an par cohorte dans les pays les plus performants, un gain d’à peine 0,22 à 0,29 an est désormais anticipé pour celles nées à partir de 1939. Ce décalage explique pourquoi aucune génération née entre 1939 et 2000 n’atteindra, en moyenne, le cap des 100 ans – objectif qui aurait été franchi dès 1980 si le rythme d’antan s’était maintenu.
La principale explication de ce ralentissement réside dans la progression limitée de la réduction de la mortalité chez les très jeunes. La diminution des décès chez les enfants de moins de vingt ans représente plus des deux tiers de la décélération globale. Or, dans les pays développés, la mortalité infantile est déjà si faible qu’il devient ardu d’obtenir des gains significatifs. Au siècle dernier, en revanche, les avancées dans ce domaine avaient eu un impact considérable sur l’espérance de vie globale.
Afin de valider leurs projections, les scientifiques ont appliqué leurs méthodes à des cohortes plus anciennes dont le parcours de vie est déjà connu. Bien que certaines estimations se soient révélées légèrement sous-évaluées, la tendance générale au ralentissement s’est confirmée. Même en adoptant un scénario deux fois plus pessimiste, la baisse restait significative. Un scénario ultra-optimiste, prévoyant des améliorations futures deux fois plus importantes qu’anticipé, ne permettrait d’atteindre qu’un gain de 0,32 an par génération, bien en deçà du niveau historique. Ce progrès supplémentaire proviendrait essentiellement des personnes âgées, les jeunes étant moins concernés par ces gains marginaux.
Ces constats s’avèrent cohérents, indépendamment des méthodes employées ou des pays étudiés. Les nations les plus performantes comme la moyenne générale affichent la même tendance à la baisse, qui s’accentue même en moyenne.
Il est important de noter que ces prévisions ne sont pas infaillibles. Des découvertes médicales majeures ou des crises sanitaires imprévues pourraient modifier la donne. De plus, l’étude se concentre sur les personnes nées avant l’an 2000, et ne préjuge donc pas des générations futures. Si des avancées significatives dans la lutte contre le vieillissement venaient à se concrétiser, elles pourraient potentiellement inverser cette tendance. Cependant, pour les populations actuelles, un retour au rythme de croissance d’antan semble peu probable, même face à des progrès notables.