Home Santé L’étude relie la neuroinflammation élevée chez les jeunes atteints du syndrome de Down au risque d’Alzheimer

L’étude relie la neuroinflammation élevée chez les jeunes atteints du syndrome de Down au risque d’Alzheimer

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Publié le 2025-10-03 10:43:00. Des chercheurs brésiliens ont mis en évidence une neuroinflammation précoce et accrue chez les jeunes adultes atteints du syndrome de Down, un facteur potentiellement clé dans la forte prévalence de la maladie d’Alzheimer au sein de cette population. Cette découverte ouvre de nouvelles perspectives pour le diagnostic et le traitement.

  • Une étude pionnière révèle une neuroinflammation significative dès 20 ans chez les personnes atteintes du syndrome de Down.
  • Ce phénomène inflammatoire cérébral est étroitement lié à l’accumulation de plaques bêta-amyloïdes, marqueur de la maladie d’Alzheimer.
  • Les avancées permettent d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques et de suivi personnalisées.

Le syndrome de Down est systématiquement associé à un vieillissement accéléré, avec un risque accru de développer la maladie d’Alzheimer, jusqu’à 90% des personnes concernées avant 70 ans. Une équipe de l’Université de São Paulo (USP) au Brésil a identifié, grâce à des techniques de médecine nucléaire, des niveaux élevés de neuroinflammation chez de jeunes individus porteurs du syndrome. Ces travaux, publiés dans la revue *Alzheimer et Démence* et soutenus par la FAPESP, constituent la première cartographie détaillée de ces processus inflammatoires cérébraux chez cette population.

Les chercheurs ont également confirmé la présence de plaques bêta-amyloïdes, composées de fragments de peptide amyloïde qui s’accumulent entre les neurones, provoquant une inflammation et perturbant la communication neuronale. Il était déjà établi que le vieillissement chez les personnes atteintes du syndrome de Down est plus rapide, avec une apparition parfois dès la quarantaine pour la maladie d’Alzheimer. Ce risque était également attribué à un facteur génétique : le gène de la protéine précurseur amyloïde (APP), situé sur le chromosome 21, est triplé dans le syndrome de Down, entraînant une production accrue de bêta-amyloïde.

« Il était déjà connu que le processus de vieillissement dans cette population se produit plus rapidement par rapport aux personnes sans syndrome, la maladie d’Alzheimer se manifestant déjà chez les personnes dans la quarantaine, par exemple. Il était également connu que le risque de maladie d’Alzheimer est augmenté chez les personnes atteintes du syndrome de Down en raison d’un problème génétique : le gène de la protéine précurseur amyloïde [APP] est situé sur le chromosome 21, qui est triplé dans le syndrome de Down, ce qui fait que ces individus produisent plus de bêta-amyloïde – une caractéristique de la maladie d’Alzheimer. »

Daniele de Paula Faria, chercheuse, Laboratoire de médecine nucléaire, Hôpital Das Clínicas (HC)

La nouveauté de cette étude réside dans la démonstration que la neuroinflammation apparaît précocement, dès l’âge de 20 ans, et peut contribuer directement au développement de la maladie d’Alzheimer. « Dans l’étude, nous avons identifié une relation très claire : plus la neuroinflammation est importante, plus le dépôt de plaque bêta-amyloïde est marqué. Cela nous permet de considérer ce processus comme une cible thérapeutique possible », ajoute Daniele de Paula Faria.

Une méthodologie innovante

L’étude a comparé les schémas de neuroinflammation chez 29 individus atteints du syndrome de Down et 35 personnes sans cette condition, âgés de 20 à 50 ans. La tomographie par émission de positrons (TEP) avec des radiopharmaceutiques spécifiques a permis de visualiser en temps réel la formation des plaques bêta-amyloïdes et les processus inflammatoires dans le cerveau vivant.

Les résultats ont montré une neuroinflammation accrue dans les régions frontale, temporale, occipitale et limbique du cerveau des participants atteints du syndrome de Down, même dans le groupe des 20-34 ans. Ces observations suggèrent que la neuroinflammation pourrait débuter avant même la formation significative des plaques bêta-amyloïdes. La corrélation entre l’inflammation et l’accumulation de bêta-amyloïde était particulièrement marquée chez les adultes de plus de 50 ans.

En complément des analyses humaines, des souris génétiquement modifiées pour présenter une condition similaire au syndrome de Down ont été suivies sur deux ans. « Avec un équipement spécifique pour les petits animaux, nous avons pu suivre toute l’évolution de la maladie. Les données issues des souris, combinées à celles des humains, offrent des informations précieuses sur le vieillissement des personnes atteintes du syndrome de Down », précise Daniele de Paula Faria.

Un processus inflammatoire complexe

Le processus de neuroinflammation observé semble suivre un schéma biphasique. Initialement, la microglie, les cellules immunitaires du cerveau, agirait de manière protectrice pour contrer les changements liés au syndrome. Cependant, avec le temps, cette réponse deviendrait pro-inflammatoire, potentiellement en aggravant les dommages neuronaux. « C’est comme si le cerveau essayait de se protéger, mais finissait par contribuer au problème », explique la chercheuse.

Bien qu’il n’existe pas encore de remède définitif pour la maladie d’Alzheimer, cette étude met en lumière le lien étroit entre la neuroinflammation et le dépôt de plaques chez les personnes atteintes du syndrome de Down.

« Notre étude renforce l’hypothèse selon laquelle la neuroinflammation précède les plaques bêta-amyloïdes dans la population du syndrome de Down. Cela ouvre la voie au développement de thérapies visant à ralentir ou bloquer ce processus inflammatoire, et ainsi retarder l’apparition de la maladie d’Alzheimer », affirme la scientifique.

Outre la mise en évidence d’un nouveau marqueur précoce de la maladie, l’étude propose un outil d’imagerie performant pour le suivi en temps réel de la neuroinflammation. « Nous avons démontré qu’il est possible de détecter l’inflammation chez les patients vivants, ce qui nous permet de suivre l’efficacité des traitements. Cette technologie ouvre également la porte à l’inclusion des personnes atteintes du syndrome de Down dans les études cliniques sur la maladie d’Alzheimer. Il s’agit d’une population très importante, car elle présente des schémas de développement de la maladie différents de la population générale. C’est ainsi que nous pourrons proposer des traitements efficaces et personnalisés », conclut la chercheuse.

Source :

Référence du journal :

Mantovani, DBA, et al. (2025) A chemical epigenetic tool to probe site-specific DNA-binding protein complexes. Alzheimer & Dementia. doi.org/10.1002/ALZ.70449

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