Publié le 2024-02-29 14:35:00. L’Europe ne doit pas se contenter de contempler son passé, mais saisir les opportunités de l’avenir, selon l’expert en entrepreneuriat John Mullins. Face aux inquiétudes géopolitiques et économiques, il plaide pour un changement de mentalité afin de libérer le potentiel d’innovation du continent.
- L’Europe possède des atouts considérables, notamment un réseau universitaire dense, une recherche de pointe et des infrastructures solides, qui peuvent servir de tremplin pour les nouvelles entreprises.
- Les contraintes européennes, telles que la fragmentation des marchés et la réglementation, ne sont pas des obstacles insurmontables, mais des défis à relever pour créer des entreprises plus résilientes.
- Un changement culturel est essentiel pour surmonter la résignation et l’idée que l’Europe se limite à un rôle de régulateur, plutôt que de moteur de l’innovation.
Alors qu’Emmanuel Macron alerte sur une urgence géopolitique et géoéconomique, le docteur John Mullins, spécialiste de l’étude des entreprises à la London Business School, propose une perspective rafraîchissante. Il estime que le plus grand danger pour l’Europe n’est pas la concurrence américaine ou chinoise, mais une tendance à la fatalité et à la conviction que le déclin est inévitable.
S’appuyant sur des années d’observation du développement des entreprises, Mullins affirme que l’Europe est loin d’être un simple vestige du passé. Son écosystème, riche en universités prestigieuses, en recherche scientifique de haut niveau, en clients exigeants et en infrastructures séculaires, constitue un véritable catalyseur pour l’innovation. Il compare cette situation à celle qui a permis l’essor de la révolution industrielle, où des institutions et des capitaux préexistants ont joué un rôle crucial.
Certes, des obstacles persistent : marchés fragmentés, réglementation complexe et accès plus limité au capital-risque. Mais ces difficultés ne sont pas des excuses au pessimisme, mais des défis à résoudre. Mullins souligne même que l’environnement opérationnel plus ardu de l’Europe peut favoriser l’émergence d’entreprises plus robustes et mieux préparées à affronter les aléas du marché.
Pour illustrer son propos, il cite l’exemple de scale-ups européennes comme Spotify et Adyen, qui ont privilégié une croissance maîtrisée et une rentabilité solide, contrairement à l’engouement spéculatif qui a conduit à l’effondrement de la valorisation de WeWork. Il suggère que les prochaines innovations pourraient se concentrer sur les technologies de défense et les technologies à double usage, dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes. Cependant, l’Europe dispose également d’atouts comparatifs dans des secteurs tels que l’aérospatiale, la pharmacie, la robotique, les technologies climatiques et les sciences de la vie, des domaines qui nécessitent une recherche approfondie et une vision à long terme.
La réforme des marchés de capitaux et le renforcement des liens entre les universités et le monde économique sont indispensables. Mais la menace la plus insidieuse est culturelle : une résignation généralisée à l’idée que le rôle de l’Europe se limite à réglementer, tandis que d’autres innovent et construisent. Selon Mullins, c’est cette mentalité qui constitue la véritable urgence à combattre.
Pour en savoir plus : Article original sur Sifted.