L’hôpital San Carlos, confronté à une crise sans précédent en matière de personnel médical, se retrouve au cœur d’une polémique suite à la programmation d’un rendez-vous orthopédique pour une patiente âgée en l’an 2048. Cette situation, jugée inacceptable, a conduit au dépôt d’un recours en protection devant la Cour constitutionnelle.
La plainte, introduite ce 14 octobre, vise directement la direction de l’établissement ainsi que Mónica Taylor, présidente exécutive de la Caisse costaricaine de sécurité sociale (CCSS). L’argument central du recours repose sur l’attente démesurée de plus de 23 ans pour une intervention chirurgicale nécessaire pour un adulte de plus de 69 ans. Le document stipule clairement que cette attente « aggravera sans aucun doute la qualité de vie » de la patiente et qu’il est « inconstitutionnel que l’hôpital San Carlos revendique le pouvoir de faire attendre la dame plus de 23 ans sans tenir compte de la condition personnelle de ladite dame ».
Le recours demande à la Chambre constitutionnelle d’ordonner à la CCSS de prendre en charge la patiente dans un délai « raisonnable » et de programmer son intervention chirurgicale en temps voulu. Il sollicite également la condamnation de la CCSS aux frais, dommages et intérêts.
Une situation orthopédique critique
Le Dr Daniel Abarca, directeur de l’hôpital San Carlos, a justifié cette programmation en évoquant une pénurie sévère de spécialistes. Actuellement, seuls deux orthopédistes sont disponibles pour assurer à la fois les consultations ambulatoires et les interventions chirurgicales. « Malheureusement, pour le moment, nous n’avons pas de place disponible ; le rendez-vous attribué correspond au quart de travail le plus proche qui peut être offert », a-t-il expliqué. Il a néanmoins précisé que les patients peuvent se présenter chaque jour dès 7h00 pour tenter de bénéficier d’une place libérée par une absence imprévue, une mesure visant à réduire le taux d’absentéisme déjà élevé.
En cas de besoin de soins urgents, il est conseillé de se rendre aux urgences, où un médecin généraliste pourra évaluer la nécessité d’une consultation spécialisée en fonction de la gravité du cas.
La situation dans le service d’orthopédie de l’hôpital est alarmante. En janvier 2025, le délai moyen pour une intervention chirurgicale atteignait 434 jours, un chiffre passé à 482 jours en mai. Le nombre de dossiers en attente n’a connu aucune réduction significative, selon un audit interne. La chirurgie générale connaît des difficultés similaires, avec une augmentation des cas en attente de 1 942 à 2 157, et une hausse des délais de 327 à 382 jours.
Un déficit structurel de spécialistes
L’hôpital San Carlos fait face à un manque criant de médecins spécialistes pour servir sa population d’environ 300 000 habitants. L’étude des besoins en ressources humaines pour 2024-2025 fait état d’un besoin de 20 spécialistes supplémentaires, répartis comme suit : 5 en chirurgie générale, 1 en chirurgie pédiatrique, 1 en chirurgie vasculaire périphérique, 2 en urologie, 2 en oto-rhino-laryngologie, 4 en ophtalmologie, 2 en orthopédie, 1 en neurochirurgie et 2 en physiothérapie.
Par ailleurs, malgré la présence de 6 blocs opératoires, l’hôpital ne dispose que de 4 anesthésistes, ce qui entrave l’utilisation optimale des infrastructures, d’après un rapport de l’audit interne. Entre janvier et mai 2025, une majorité des opérations réalisées via les urgences concernaient l’orthopédie et la chirurgie générale. Les interventions orthopédiques, en particulier en avril et mai, ont considérablement ralenti la résorption des listes d’attente. Les suspensions d’opérations étaient dues à diverses raisons : 40% pour des urgences, 17% pour le prolongement d’une intervention précédente, 6% pour un manque de personnel soignant et 5% pour la saturation des blocs opératoires. Les spécialités les plus touchées par ces suspensions restent la chirurgie générale et l’orthopédie.