Publié le 10 février 2026. L’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans le secteur de la santé suédois, avec près de 200 projets en cours, promettant d’améliorer l’efficacité des soins, notamment pour les personnes âgées, mais soulève également des questions éthiques concernant les biais et la protection des données.
- L’IA permet aux médecins de se familiariser rapidement avec l’historique médical complexe des patients, réduisant ainsi la charge de travail et améliorant la qualité des soins.
- Des applications d’IA sont en développement pour prédire les maladies et faciliter les transitions entre les différents types de soins, mais leur efficacité dépend de la disponibilité des données.
- L’OMS met en garde contre le risque d’âgisme intégré dans les algorithmes d’IA, qui pourraient reproduire et amplifier les inégalités existantes en matière d’accès aux soins.
L’essor de l’intelligence artificielle dans le domaine de la santé en Suède est indéniable. Selon l’organisation AI Suède, plus de 190 projets liés à l’IA étaient en cours de développement à l’automne dernier, auxquels s’ajoutent d’autres initiatives spécifiquement axées sur l’amélioration des soins aux personnes âgées.
Sebastiaan Meijer, professeur d’informatique et de logistique de la santé au KTH (Institut royal de technologie de Stockholm) et chercheur impliqué dans une étude sur l’importance de l’IA dans les soins, met en avant trois domaines d’application particulièrement pertinents pour les seniors. Le premier concerne l’efficacité : l’IA peut aider les médecins à appréhender rapidement l’historique médical souvent long et complexe des patients.
« Nous savons que de nombreuses personnes âgées ont une longue histoire et de nombreux documents médicaux, parfois 30 à 40 pages, ce qui peut être incroyablement difficile à interpréter rapidement pour un médecin. »
Sebastiaan Meijer, professeur d’informatique et de logistique de la santé au KTH
Selon M. Meijer, l’IA peut alléger la charge de travail des soignants et améliorer l’expérience des patients. « Le patient ne devrait pas avoir à raconter ce qu’il a déjà dit 30 fois auparavant. C’est souvent l’expérience que l’on vit dans le domaine de la santé, surtout en tant que patient chronique ou en tant que personne âgée avec de multiples diagnostics. »
Un deuxième domaine prometteur est celui de la « prédiction », c’est-à-dire la capacité de l’IA à anticiper l’apparition de maladies ou l’évolution de l’état de santé des patients. « Ça va très très vite », souligne Sebastiaan Meijer. Cette capacité de prédiction peut également faciliter les transitions entre les différents niveaux de soins, un point souvent problématique, notamment pour les personnes âgées souffrant de pathologies multiples. Cependant, le chercheur tempère : « Pendant un certain temps, nous avons pu prédire les admissions à l’hôpital, mais nous avons réalisé que c’était beaucoup trop difficile, car on manque souvent de données. Cela nécessiterait de suivre les gens dans leur vie quotidienne, ce n’est donc pas une voie viable. »
L’accent est désormais mis sur le renforcement des compétences du personnel soignant grâce à des outils d’IA qui fournissent un retour d’information et favorisent l’apprentissage. Le secteur des soins est marqué par un taux de rotation élevé du personnel et un niveau de formation parfois insuffisant. Une IA capable de soutenir et d’améliorer les compétences des soignants pourrait donc avoir un impact significatif.
Enfin, l’IA peut également contribuer à la prévention et au maintien en bonne santé. De nombreuses applications de santé sont déjà disponibles sur les smartphones, permettant de suivre l’activité physique et de recevoir des recommandations personnalisées. Cependant, ces applications sont généralement conçues pour des personnes en bonne santé et relativement jeunes. Des modèles spécifiques pour les personnes âgées sont en cours de développement, allant au-delà des simples applications pour proposer des outils d’IA plus avancés destinés à soutenir les soins.
« Lorsqu’il s’agit de personnes âgées, il est très important qu’il y ait une validation clinique. Si vous commencez à donner des recommandations un peu plus précises en matière de santé, il est alors important qu’elles soient cliniquement validées et éventuellement liées à un centre de santé ou à un programme de physiothérapeute. »
Sebastiaan Meijer, professeur d’informatique et de logistique de la santé au KTH
Malgré les promesses de l’IA, des préoccupations subsistent. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment mis en garde contre le risque d’âgisme intégré dans les algorithmes d’IA, qui pourraient reproduire et amplifier les inégalités existantes en matière d’accès aux soins. L’âge est encore trop souvent un critère pris en compte dans les décisions concernant les traitements et les médicaments, et cette discrimination pourrait être reproduite par l’IA si elle est formée sur des données biaisées.
Maria Edström, chercheuse en médias spécialisée dans l’âgisme, souligne la difficulté d’évaluer l’impact de ces biais. « Il est difficile d’avoir une idée de l’importance que cela aura. Cela n’en est qu’à ses balbutiements et nous ne savons pas vraiment où cela va », explique-t-elle. Elle a notamment étudié la manière dont l’IA peut renforcer les stéréotypes négatifs sur les personnes âgées, en produisant des images qui ne reflètent pas la diversité et la complexité de la réalité.
Flemming Kristensen, expert en affaires sociales chez PRO, constate une certaine inquiétude parmi les membres de l’organisation concernant l’IA, notamment en ce qui concerne l’intégrité des données personnelles et le maintien du contact humain. « L’IA remplacera-t-elle les humains dans le domaine de la santé ? » ou « Qu’arrive-t-il à mes données personnelles ? » sont des questions fréquemment posées. Néanmoins, il reconnaît également le potentiel de l’IA pour libérer des ressources et améliorer la qualité des soins, à condition que la participation numérique soit accessible à tous et que l’accompagnement humain soit préservé.
« Personne ne devrait être laissé de côté, quels que soient son âge et ses capacités. Et il faut toujours qu’il y ait un accompagnement humain en complément des services numériques », conclut M. Kristensen.