Home Santé L’immunité préexistante contre la grippe peut offrir une protection de base contre la grippe aviaire

L’immunité préexistante contre la grippe peut offrir une protection de base contre la grippe aviaire

0 comments 37 views

Publié le 10 février 2026 13:26:00. Des anticorps développés contre la grippe saisonnière pourraient offrir une première ligne de défense contre une éventuelle pandémie de grippe aviaire, selon une étude de l’Université de Genève. L’efficacité de cette protection varie toutefois en fonction de l’âge et des antécédents de vaccination.

  • Une équipe de l’Université de Genève a identifié des anticorps à réaction croisée capables de freiner la propagation du virus H5N1.
  • Les personnes vaccinées en 2009 contre la grippe H1N1 présentent des niveaux d’anticorps plus élevés contre le H5N1.
  • L’exposition précoce à certains sous-types de grippe saisonnière (H1 ou H2) est également associée à une meilleure protection.

L’inquiétude grandit face à la propagation du virus de la grippe aviaire A(H5N1), qui circule dans de nombreuses régions du monde, dont la Suisse. Si le virus affecte principalement les oiseaux, des cas de transmission au bétail, puis à l’homme, ont été recensés récemment en Amérique du Nord (71 cas aux États-Unis). Un variant spécifique, appartenant au clade 2.3.4.4b, suscite une attention particulière en raison de sa forte virulence.

Plusieurs études suggèrent que l’immunité acquise contre les virus de la grippe humaine saisonnière peut influencer la gravité des infections par le H5N1. Les chercheurs de l’UNIGE ont cherché à comprendre les mécanismes à l’œuvre et à identifier les facteurs qui déterminent l’efficacité de cette protection préexistante.

« Nous avons tous été exposés aux virus de la grippe humaine et possédons donc des anticorps contre eux, dont beaucoup partagent une base génétique commune avec le H5N1. Certains de ces anticorps – connus sous le nom d’anticorps à réaction croisée – sont capables de reconnaître le virus H5N1 et, dans une certaine mesure, d’aider à le combattre. »

Benjamin Meyer, chercheur associé, Centre de vaccinologie, Département de pathologie et immunologie, Faculté de médecine de l’UNIGE

L’équipe de Benjamin Meyer a découvert que ces anticorps à réaction croisée ciblent principalement la « tige » du virus, une partie qui reste relativement stable malgré les mutations fréquentes de la « tête ». Contrairement à d’autres anticorps, ils n’empêchent pas le virus de pénétrer dans les cellules, mais bloquent sa capacité à se propager d’une cellule à l’autre. Après s’être répliqué, le virus a besoin d’une protéine agissant comme des « ciseaux moléculaires » pour se libérer et infecter d’autres cellules. Les anticorps à réaction croisée inhibent ce mécanisme, avec une efficacité variable selon les individus.

L’étude révèle que les personnes vaccinées en 2009 contre la pandémie de grippe H1N1, grâce à un vaccin contenant un adjuvant stimulant la réponse immunitaire, présentent des niveaux plus élevés d’anticorps à réaction croisée capables de neutraliser efficacement le virus H5N1. En revanche, les vaccins standards contre la grippe saisonnière n’ont pas induit une augmentation similaire de ces anticorps. Cette réponse immunitaire renforcée pourrait se traduire par des symptômes moins sévères en cas d’infection par la grippe aviaire.

L’âge au moment de la première exposition à la grippe joue également un rôle. « Notre étude montre également que l’exposition précoce est importante : les personnes nées avant 1965 – qui ont été exposées dans leur enfance à des virus de la grippe saisonnière des sous-types H1 ou H2 – ont naturellement des taux d’anticorps contre le H5N1 plus élevés. En revanche, celles nées plus tard ont été exposées à différents sous-types de grippe saisonnière et ont une protection de base plus faible », explique Mariana Alcocer Bonifaz, doctorante au Centre de vaccinologie de l’UNIGE et première auteure de la publication.

Ces résultats soulignent l’intérêt de la vaccination antigrippale avec adjuvant pour renforcer les réponses immunitaires face à la menace d’une pandémie de grippe aviaire. Une telle stratégie pourrait également permettre de réduire la quantité de vaccin H5N1 nécessaire par personne, augmentant ainsi la capacité globale de vaccination en cas de crise sanitaire.

Ces travaux ont été réalisés grâce à un subside Ambizione du Fonds national suisse (FNS).

Source:

Référence du journal :

Alcocer Bonifaz, M., et coll. (2026). La vaccination antigrippale avec adjuvant augmente les anticorps préexistants à réaction croisée contre le H5N1. Communications naturelles. https://www.nature.com/articles/s41467-025-68137-x

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.