Publié le 27 octobre 2025 14:00:00. Face à l’impact des tarifs douaniers américains et à un paysage industriel en mutation, le secteur des composants automobiles portugais explore de nouvelles pistes de développement, notamment dans l’industrie de la défense, tout en appelant à un soutien gouvernemental accru pour maintenir sa compétitivité.
- L’industrie des composants automobiles, pilier de l’économie portugaise avec 14,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires et près de 63 000 emplois, cherche à se réinventer.
- L’Association des constructeurs de l’industrie automobile (AFIA) mise sur la diversification, y compris vers le secteur stratégique de la défense.
- Un appel est lancé aux entreprises portugaises pour réfléchir à de nouvelles opportunités et au gouvernement pour un soutien fiscal et structurel indispensable.
La 12ème édition de la Semaine de l’industrie automobile, prévue début novembre, aura pour thème « Penser au-delà de la transition ». Au cœur des discussions, l’idée d’une convergence avec l’industrie de la défense, une opportunité particulièrement pertinente pour le secteur des composants. En effet, une pièce automobile peut trouver une seconde vie, par exemple, dans l’équipement d’un char de combat. L’AFIA a placé cette interrogation au centre des débats de cet événement majeur.
Le contexte économique actuel est marqué par les répercussions des tarifs douaniers imposés par l’administration américaine. José Couto, président de l’AFIA, souligne dans une interview l’urgence de trouver des alternatives face à une baisse anticipée des volumes d’affaires et des exportations. Il appelle à des mesures gouvernementales concrètes, telles que des incitations fiscales pour les fusions-acquisitions et le réinvestissement des bénéfices.
La réunion annuelle rassemblera des dirigeants de l’industrie, des acheteurs internationaux, des décideurs politiques et des experts pour disséquer les défis et les perspectives d’un secteur automobile en pleine métamorphose.
Les tarifs douaniers américains imposés depuis plus d’un mois commencent à impacter les entreprises, qui entrevoient une nouvelle ère pour le commerce international.
« Ce que nous tenons pour acquis, c’est que les ventes aux États-Unis ont chuté. La baisse est assez significative, même si nous n’avons pas encore les chiffres définitifs en raison du délai de production des statistiques au Portugal. Mais dans nos échanges avec nos adhérents, une diminution des ventes directes est clairement constatée. De manière indirecte, l’environnement est également négatif : l’Allemagne voit aussi ses exportations vers les États-Unis baisser. Et comme nous exportons vers de nombreux équipementiers et fournisseurs de premier rang qui, eux-mêmes, exportent vers les États-Unis, notre production diminue également par cette voie. Nous pourrions ainsi observer une baisse des exportations comprise entre 11 et 12 %. »
José Couto, président de l’AFIA
Cette tendance à la baisse devrait se confirmer d’ici la fin de l’année, estime le président de l’AFIA.
« Nous ne savons pas exactement ce qui va se passer, car cela dépendra aussi beaucoup de la réaction des marchés, notamment du marché américain. Ce que l’on peut raisonnablement anticiper, c’est que cette baisse se poursuivra jusqu’à la fin de l’année. De manière réaliste, nous pensons que la diminution des exportations pourrait se situer entre 11 % et 15 % à la fin de l’année. »
José Couto, président de l’AFIA
Face à cette situation, l’hypothèse d’investir directement aux États-Unis pour contourner les tarifs douaniers est évoquée, mais elle se heurte au manque de capitaux disponibles pour les entreprises portugaises. José Couto rappelle que l’objectif américain est d’attirer les investissements européens sur son territoire, mais souligne le délai de rentabilité (deux à trois ans) de tels investissements, les rendant peu viables à court terme. Il espère que les clients européens, s’ils investissent aux États-Unis, continueront à faire appel aux fournisseurs portugais. L’accompagnement par des équipementiers majeurs serait un levier essentiel pour les PME portugaises, qui peinent à réaliser de tels investissements seules. Les ventes vers les pays voisins, dans la sphère d’influence américaine, sont également touchées.
La diversification vers d’autres marchés, comme la Chine, est une autre piste envisagée, mais elle présente ses propres défis. Les ventes en Chine ont également connu un repli, et ce marché est loin d’être simple à aborder. Les coûts logistiques sont considérables et la concurrence est rude. L’idée de déporter la production en Chine implique une analyse approfondie des coûts et des délais.
Pour améliorer la compétitivité des entreprises portugaises, un contexte national plus favorable est jugé nécessaire. Le président de l’AFIA regrette un manque de mécanismes dans le budget de l’État pour 2026 permettant aux entreprises de prospérer plus sereinement. L’Europe fait face à un problème de compétitivité généralisé, lié à une désindustrialisation progressive et à une perte de pertinence par rapport à la situation d’il y a dix ans. La compétitivité européenne est estimée à environ 20 % inférieure à celle des États-Unis. Pour retrouver une place, il est impératif d’investir dans la compétitivité technologique et la productivité, mais ces efforts prendront du temps. Il faut renforcer la capacité à attirer de nouveaux investissements, encourager les entrepreneurs nationaux à accroître leur intensité technologique, leur R&D, leur productivité et la formation de leurs employés. Ces investissements engendrent des coûts importants. Il est donc essentiel de récompenser ceux qui continuent d’investir et de faire en sorte que l’argent reste dans les entreprises. Cela passe par une politique fiscale incitative, notamment sur l’impôt sur les sociétés (IRC). Parallèlement, une répartition équitable des revenus est nécessaire pour que les travailleurs sentent que leurs efforts sont reconnus. La taille des entreprises européennes est également un frein ; des programmes visant à consolider les entreprises et à augmenter leur capacité de production sont souhaitables. Si les intentions budgétaires sont louables, leur mise en œuvre concrète reste à démontrer. La logistique pour atteindre les marchés d’Europe centrale, cœur de la consommation européenne, représente également un défi supplémentaire par rapport aux concurrents. Enfin, la réglementation européenne, jugée trop rigide, constitue une barrière à la concurrence.
Il existe donc un manque d’incitations fiscales pour favoriser la croissance des entreprises et le réinvestissement de leurs bénéfices. La réforme prévue du droit du travail apportera-t-elle la flexibilité nécessaire aux entreprises ?
« Actuellement, le cadre réglementaire du droit du travail entraîne, dans certains cas, une perte de capacité et de flexibilité. Nous pouvons composer avec cela, mais il faut une analyse comparative avec nos pays concurrents. Ceux-ci bénéficient actuellement d’un avantage concurrentiel qui attire les investissements. La flexibilité des horaires, des processus de rémunération, la responsabilité sociale : les entreprises sont aujourd’hui confrontées à des préoccupations en matière de ressources humaines qui dépassent souvent le cadre fixé par le droit du travail. »
José Couto, président de l’AFIA
L’idée que l’Europe, consciente de ses besoins en matière de défense, ouvre une nouvelle niche commerciale pour les entrepreneurs portugais gagne du terrain. Les composants automobiles pourraient trouver des applications dans l’industrie de la défense, qu’il s’agisse de chars ou d’avions de guerre. L’AFIA explore-t-elle cette piste ?
« L’AFIA est membre de la CLEPA, l’Association européenne des fournisseurs de l’industrie automobile, qui regroupe les associations de composants automobiles européennes. Nous avons identifié ce marché comme une opportunité significative pour l’industrie il y a plus d’un an. On anticipe un déclin continu de l’industrie automobile européenne, ce qui entraînera une disponibilité de capacités de production. L’industrie automobile en Europe emploie près de 13 millions de personnes et représente près de 7 % du PIB de l’Union, mobilisant des ressources considérables, notamment en recherche et développement. Il existe donc une disponibilité de ressources, d’infrastructures et de savoir-faire dans l’industrie automobile qui peuvent être redirigés vers d’autres domaines, y compris l’industrie de la défense. Il est cependant nécessaire de comprendre précisément quels investissements sont requis et lesquels sont déjà réalisés pour répondre aux demandes de ce marché. Il s’agit de faire le lien entre les besoins de l’industrie européenne de défense et les compétences de nos entreprises, particulièrement dans le domaine des composants. Nous devons donc acquérir rapidement les connaissances nécessaires, identifier les actions à mener, les investissements à consentir. L’industrie automobile se concentre actuellement sur cette réflexion. D’ailleurs, lors de notre 12ème Semaine de l’industrie au Portugal, un atelier sera spécifiquement dédié à aider les entrepreneurs à réfléchir à ce sujet : que doivent-ils faire, quels efforts doivent-ils déployer ? Nous sommes confrontés à d’autres pays qui investissent massivement dans la production et qui ont une longueur d’avance. La question de l’industrie de défense est donc cruciale, c’est une opportunité commerciale majeure pour l’industrie des composants, et nous souhaitons qu’elle ne soit pas manquée. Il est important que les hommes d’affaires nationaux soient attentifs et fassent les efforts nécessaires pour pénétrer ce segment. »
José Couto, président de l’AFIA