L’industrie européenne de la défense connaît une transformation profonde, stimulée par une augmentation significative des dépenses et une prise de conscience accrue des vulnérabilités stratégiques. Les États membres de l’Union européenne ont considérablement renforcé leurs budgets militaires ces dernières années, une tendance accentuée par les événements récents en Ukraine.
Les dépenses de défense de l’UE devraient atteindre 381 milliards d’euros en 2025, soit une hausse de 63 % par rapport à la situation il y a cinq ans. Cette augmentation massive des investissements vise à répondre à des besoins précis et à revitaliser la base industrielle européenne, fragilisée par des décennies de sous-investissement.
« L’invasion à grande échelle de l’Ukraine en février 2022 a mis en évidence la nécessité d’accroître les défenses européennes et d’investir dans les capacités terrestres, maritimes, aériennes, la cybersécurité et la résilience », explique Jacob Parakalis, responsable de la recherche sur la stratégie, la politique et les capacités de défense chez RAND Europe. Il souligne que la guerre a révélé la rapidité avec laquelle les stocks d’armes existants peuvent s’épuiser, rendant impératif de relancer la production d’équipements essentiels.
« Il est vraiment essentiel de pouvoir fabriquer un grand nombre d’obus d’artillerie, de réparer les véhicules blindés endommagés, d’entretenir les avions de combat pour les remettre au combat, de former et de soutenir des forces de tous types », précise M. Parakalis. « Le taux de consommation des armes et des munitions dépasse de loin ce que l’Europe a connu au cours des 30 ou 40 dernières années. Ce type d’investissement est donc crucial pour se préparer de manière crédible à une guerre longue et conventionnelle. »
Par ailleurs, les menaces passées de l’ancien président américain Donald Trump concernant le Groenland ont mis en lumière la dépendance de l’Europe à l’égard des technologies de défense américaines. Selon M. Parakalis, il faudra « des années, voire des décennies » pour que l’UE parvienne à réduire cette dépendance.
Les États-Unis dominent actuellement le marché mondial de l’exportation d’armes, en partie grâce à leur capacité à proposer des systèmes d’armes intégrés et cohérents. « Ils vendent un réseau cohérent, un système de systèmes qui permet à ces éléments de fonctionner ensemble », explique M. Parakalis. « Très peu de pays vendent toutes les pièces individuelles d’un système de systèmes. » La Chine et la Russie progressent dans ce domaine, bien que les performances de cette dernière en Ukraine soient sujettes à caution.
L’Europe, collectivement, se rapproche de cette capacité, mais elle est confrontée à des défis structurels. « Le problème est qu’il existe différentes entreprises européennes qui produisent des éléments de ces systèmes différents, parfois compétitives et parfois ne se chevauchant pas totalement », explique M. Parakalis. « Il est donc plus difficile d’avoir une offre européenne unique qui soit compétitive avec l’offre américaine unique. »