Publié le 2025-10-12 10:54:00. Une nouvelle étude suggère que le COVID-19 pourrait avoir des répercussions sur la santé mentale des générations futures, en altérant la qualité du sperme masculin. Ces modifications pourraient se traduire par une anxiété accrue chez la progéniture.
Des chercheurs de l’Institut Florey des neurosciences et de la santé mentale ont mis en lumière un lien potentiel entre l’infection au COVID-19 et des changements dans les spermatozoïdes qui influenceraient le comportement de la descendance. Les observations, réalisées sur un modèle murin, indiquent que les souris mâles infectées par le SRAS-CoV-2 avant l’accouplement ont engendré des petits présentant des niveaux d’anxiété plus élevés. Ces altérations comportementales seraient liées à des modifications de l’ARN non codant dans le sperme, des éléments essentiels à la régulation de l’expression des gènes. Des changements notables dans l’activité génétique ont également été observés dans l’hippocampe des femelles, une zone cérébrale clé pour la gestion de l’humeur et de l’anxiété. Ces découvertes, publiées dans Nature Communications, bien que préliminaires pour l’homme, ouvrent la voie à une compréhension plus profonde des effets à long terme de la pandémie.
L’étude précise que l’infection par le COVID-19 peut modifier diverses molécules d’ARN présentes dans le sperme, notamment les ARN non codants. Ces derniers agissent comme des « instructions moléculaires », guidant le développement et le fonctionnement cérébral de la progéniture. Les altérations induites par une infection virale pourraient donc avoir un impact direct sur le développement neurologique et les comportements des enfants à naître.
« C’est la première étude à démontrer que l’infection par le SRAS-CoV-2 avant la conception peut affecter directement le sperme d’une manière qui aura des conséquences sur la génération suivante », a souligné le Professeur Anthony Hannan, mettant en exergue l’originalité de ces travaux.
Au cours d’expériences menées en laboratoire, des souris mâles ont été infectées par le COVID-19, puis ont récupéré pendant plusieurs semaines avant de s’accoupler avec des femelles saines. La progéniture issue de ces unions a manifesté une tendance accrue à l’anxiété comparativement aux descendants de pères non infectés. Une analyse approfondie a révélé des altérations significatives dans les gènes liés à la régulation des émotions et à la réponse au stress, particulièrement prononcées chez la progéniture féminine.
« Ces résultats démontrent comment les infections virales chez les hommes peuvent indirectement façonner le développement cérébral de leurs enfants », a expliqué la Dr Elizabeth Kleeman, auteure principale de l’étude, soulignant la contribution de ces recherches à la science de l’épigénétique.
Ces conclusions soulèvent des questions importantes quant aux conséquences sanitaires durables de la pandémie, au-delà des individus directement touchés. Le Professeur Hannan a émis la crainte que si des effets similaires se vérifiaient chez l’homme, des millions d’enfants pourraient être affectés à l’échelle mondiale, avec des implications potentielles sur leur santé mentale et leur développement.
L’étude met en lumière le concept d’héritage épigénétique, où des facteurs environnementaux, comme les infections virales, peuvent modifier l’information moléculaire transmise par les spermatozoïdes sans altérer la séquence d’ADN elle-même. « Les modifications de l’ARN des spermatozoïdes peuvent transmettre des instructions qui façonnent le développement du cerveau, la réponse au stress et les traits comportementaux de la progéniture », a précisé le Dr Carolina Gubert, co-auteure principale. Ces travaux confirment et élargissent les connaissances antérieures suggérant que des facteurs tels que l’alimentation ou le stress peuvent également avoir des effets transgénérationnels.
Bien que les preuves recueillies chez la souris soient convaincantes, des recherches supplémentaires sont nécessaires pour confirmer si ces mécanismes s’appliquent également à l’homme. Les scientifiques ambitionnent d’étudier le sperme d’hommes rétablis du COVID-19 et d’évaluer les impacts comportementaux ou neurologiques potentiels sur leurs enfants. Une meilleure compréhension de ces effets pourrait orienter les futures politiques de santé publique, les conseils reproductifs et les interventions précoces visant à atténuer les conséquences à long terme de la pandémie.