Publié le 2025-10-20 12:43:00. Une étude pilote suggère que le tofacitinib, un inhibiteur de JAK utilisé dans le traitement de la polyarthrite rhumatoïde, pourrait augmenter le volume musculaire des membres inférieurs, sans toutefois améliorer la force ou la fonction. Les chercheurs ont observé une croissance musculaire notable après six mois de traitement.
L’étude prospective RAMUS, menée sur un seul groupe de patients adultes atteints de polyarthrite rhumatoïde présentant un risque de sarcopénie, a utilisé le tofacitinib comme traitement standard. Des IRM quantitatives ont été réalisées au début de l’étude, puis à un et six mois. Parmi les quinze participants, le volume musculaire des membres inférieurs a augmenté de manière significative après six mois, avec un gain moyen de 242 cm³ (intervalle de confiance à 95 % : 44 à 441 cm³). Cette augmentation était particulièrement marquée au niveau des cuisses, en lien avec le protocole qui prévoyait une biopsie du muscle vaste latéral pour examiner les mécanismes moléculaires dans le tissu musculaire squelettique.
Parallèlement à cette évolution musculaire, les marqueurs inflammatoires ont montré une amélioration rapide. Le score d’activité de la maladie (Disease Activity Score 28) utilisant la protéine C-réactive a diminué dès le premier mois de traitement (p = 0,0064), sans changement significatif supplémentaire à six mois. Cependant, malgré l’accroissement du volume musculaire, l’indice de masse maigre appendiculaire, la force musculaire et les performances fonctionnelles n’ont pas révélé de différences notables sur la période de six mois. Ces résultats suggèrent que les changements structurels musculaires pourraient précéder une amélioration fonctionnelle mesurable.
Une augmentation significative de la créatinine sérique a également été observée (p = 0,0011). Les auteurs expliquent ce phénomène soit par une augmentation de la masse musculaire, soit par un effet pharmacologique du tofacitinib sur les muscles squelettiques, et non par une toxicité rénale. Au total, vingt-huit événements indésirables ont été rapportés chez treize participants ; un événement grave, une hospitalisation pour pneumopathie à COVID-19, est survenu avant le début du traitement par tofacitinib.
Ces conclusions issues de cette étude pilote soulignent que l’inhibition des Janus kinases (JAK) par le tofacitinib dans le cadre de la polyarthrite rhumatoïde pourrait favoriser l’augmentation du volume musculaire sur six mois, sans bénéfice immédiat sur la force. L’élévation de la créatinine semble être plus liée à une modification de la masse musculaire ou à une réduction de l’inflammation qu’à une néphrotoxicité, un point qui reste à confirmer.
Les auteurs insistent toutefois sur les limites de cette étude : sa conception monocentrique, l’absence de groupe témoin et son faible échantillon. Des études contrôlées de plus grande envergure sont nécessaires pour valider ces résultats, identifier précisément les mécanismes sous-jacents et déterminer si ces effets sont spécifiques au tofacitinib. En attendant, les cliniciens sont invités à considérer ces observations comme des pistes de réflexion pour leurs hypothèses, tout en continuant à privilégier les critères d’efficacité et de sécurité établis, la surveillance des patients et une évaluation individualisée des bénéfices et des risques.