Publié le 14 février 2026 à 18h38. L’intelligence artificielle s’invite de plus en plus dans le domaine de la santé, suscitant à la fois espoirs et inquiétudes. Si elle peut apporter un soutien précieux, notamment pour décrypter des informations médicales complexes, elle ne doit en aucun cas se substituer à l’expertise d’un professionnel de santé.
- De plus en plus de personnes recourent à l’IA, comme ChatGPT ou Gemini, pour obtenir des conseils médicaux ou interpréter des résultats d’examens.
- Cette tendance soulève des questions sur la fiabilité des informations fournies par l’IA et le risque d’une « cybercondrie 2.0 », exacerbée par la nature empathique et personnalisée de ces outils.
- Des études récentes mettent en évidence la nécessité de développer des interfaces d’IA plus adaptées, capables de garantir une expérience utilisateur plus sûre et d’éviter de renforcer les angoisses des patients.
« Pourquoi ne demandez-vous pas à ChatGPT ? » Cette question, de plus en plus fréquente lors de discussions sur des symptômes ou des résultats d’examens, témoigne d’une nouvelle façon de chercher à apaiser ses inquiétudes. Nombreux sont ceux qui se tournent vers l’IA pour obtenir un avis rapide et accessible, parfois avant même de consulter un médecin. Pourtant, cette facilité d’accès à l’information comporte des risques.
Giulia C., 42 ans, témoigne : « Je fais lire les rapports à l’IA et c’est plus précis et plus rassurant qu’un médecin ». Benedetta Bizantini, rédactrice dans une grande agence de publicité, va même plus loin : « ChatGPT a diagnostiqué une maladie infectieuse chez un de mes ex et c’était effectivement vrai ». Ces exemples illustrent la confiance croissante que certains accordent à l’IA en matière de santé.
Antonio C., journaliste, explique avoir utilisé l’IA pour obtenir des hypothèses sur ses symptômes : « L’IA a été très compréhensive, elle m’a fait quelques suggestions, mais elle a toujours conclu chaque réponse par une invitation à consulter un médecin ». Cette prudence est essentielle, car l’IA ne peut en aucun cas remplacer l’expertise d’un professionnel de santé.
Fabjola, une jeune femme de 30 ans, a quant à elle utilisé l’IA pour décrypter un rapport médical incompréhensible : « Mon père a un certain âge et ne voit plus de près. Je lui ai conseillé de consulter un ophtalmologiste. Le compte rendu de cette visite faisait état d’une maladie génétique dont souffre une partie de ma famille, mais je n’ai pas pu bien la comprendre. C’était samedi et cette chose m’avait tellement angoissée que je ne pouvais pas attendre lundi pour consulter mon médecin. J’avais besoin de quelqu’un pour traduire le rapport, alors j’ai pris la photo et j’ai demandé à ChatGPT. Et l’IA a fait exactement ce que j’attendais : elle m’a rassurée, avec des mots plus accessibles ».
LR, mère d’un enfant de presque quatre ans, raconte même avoir vu Gemini corriger un diagnostic erroné posé par un pédiatre, puis confirmé par un second médecin. « Est-ce que je l’utiliserais à nouveau ? Si j’avais un doute sur un diagnostic déjà posé, probablement oui. Là, j’ai réalisé que c’était mon anxiété de mère qui m’animait, mais j’avais raison de ne pas faire confiance. Je l’utilise avec un sens critique, c’est comme un assistant qui m’aide à croiser des données et des informations fiables ».
L’arrivée de ChatGPT Health, une section du chatbot dédiée aux questions médicales et caractérisée par une plus grande sécurité des données, confirme cette tendance. Selon OpenAI, plus de 230 millions de personnes dans le monde posent chaque semaine des questions à ChatGPT sur la santé et le bien-être. Google, sans communiquer de chiffres précis, estime que des dizaines de millions de requêtes similaires sont effectuées chaque mois sur son moteur de recherche. Gemini, quant à lui, comptait plus de 650 millions d’utilisateurs mensuels début 2026, et ses aperçus IA atteignent plus de 2 milliards de personnes chaque mois. Environ 40 % des utilisateurs de Gemini recourent à l’IA pour des recherches personnelles.
Cependant, cette popularité croissante soulève des inquiétudes. La communauté scientifique étudie un phénomène appelé « Cyberchondrie 2.0 » ou « Cybercondrie induite par l’IA ». Alors que la « cybercondrie classique » consistait à rechercher compulsivement des symptômes sur Google, l’hypocondrie induite par l’IA présente des caractéristiques psychologiques différentes, liées à la nature même de l’outil. Une étude de l’Université Polytechnique de Milan a montré que l’IA, contrairement aux moteurs de recherche traditionnels, présente un récit cohérent et que son style empathique peut valider par inadvertance les craintes de l’utilisateur, surtout si celui-ci fournit des détails spécifiques.
Des études récentes ont également quantifié l’impact psychologique de la consultation médicale en ligne utilisant les nouvelles technologies. L’analyse publiée dans The European Journal of Public Health souligne qu’une « culture numérique » élevée ne protège pas toujours contre l’anxiété, mais peut au contraire pousser les utilisateurs plus experts à effectuer des recherches ultra-approfondies, entrant ainsi dans des boucles compulsives. De même, une étude du Journal of Medical Internet Research révèle qu’une cybercondrie sévère, alimentée par les réponses de l’IA, peut conduire à des niveaux de stress émotionnel plus élevés qu’auparavant.
« Il n’y a pas de retour en arrière », déclare Sofia Corbetta, conceptrice d’expérience utilisateur et auteur de l’étude. « Les gens utiliseront de plus en plus l’IA pour poser des questions liées à la santé avant de s’adresser à un professionnel ». Il est donc essentiel de développer des interfaces d’IA plus adaptées, capables de garantir une expérience utilisateur plus sûre et d’éviter de renforcer les angoisses des patients. L’IA doit être considérée comme un outil d’aide à la décision, et non comme un substitut à l’expertise médicale.
En fin de compte, après avoir consulté Gemini et ChatGPT, il est apparu évident que l’IA avait surtout servi à apaiser une anxiété générale. Il n’y avait pas de tests à traduire ni de symptômes spécifiques, juste un besoin urgent d’être rassuré. L’IA peut apporter une aide concrète dans de nombreux cas, mais elle ne peut en aucun cas remplacer la valeur – et la responsabilité – d’un médecin.