Publié le 31/10/2025 09:49:00. À l’occasion de la Journée mondiale des villes, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) lance un appel aux décideurs pour faire de nos métropoles des pôles de santé, d’équité et de développement durable, face à une urbanisation croissante et à ses défis sanitaires majeurs.
- L’OMS publie un nouveau guide pour aider les gouvernements à intégrer la santé urbaine dans leurs stratégies politiques.
- Plus de la moitié de la population mondiale vit en ville, avec des disparités sanitaires criantes, notamment dans les bidonvilles.
- La pollution de l’air et les conditions de vie insalubres sont des menaces majeures pour la santé des citadins.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) exhorte les dirigeants nationaux et municipaux à repenser la ville pour en faire un véritable levier de santé publique, d’équité sociale et de durabilité. Cet appel intervient alors que la planète poursuit son urbanisation galopante : plus de 4,4 milliards de personnes, soit plus de la moitié de l’humanité, résident désormais dans des zones urbaines. Ce chiffre devrait grimper à près de 70 % d’ici 2050.
Dans ce contexte, l’OMS a dévoilé un nouvel outil stratégique intitulé « Adopter une approche stratégique de la santé urbaine : un guide pour les décideurs ». Ce document, fruit de décennies de travail et enrichi par l’expertise d’une multitude d’acteurs mondiaux, propose un cadre complet pour aider les gouvernements à planifier et à intégrer la santé urbaine de manière systématique dans leurs politiques et pratiques. Il répond à la demande croissante de solutions concrètes pour relever les défis sanitaires complexes propres aux environnements urbains.
« C’est le moment pour les décideurs à tous les niveaux d’agir ensemble », martèle Jeremy Farrar, sous-directeur général chargé de la promotion de la santé, de la prévention et des maladies à l’OMS. « Le guide offre aux dirigeants nationaux et municipaux, aux planificateurs, aux partenaires et aux communautés un cadre pour travailler ensemble, à travers les secteurs et les échelles, pour construire un avenir plus juste, plus sain et plus résilient. »
Les contrastes sont frappants au sein même des villes. Une étude menée dans 363 villes d’Amérique latine a révélé des écarts d’espérance de vie allant jusqu’à 14 ans pour les hommes et 8 ans pour les femmes entre les zones les plus et les moins favorisées. Les citadins sont confrontés à une accumulation de risques : pollution de l’air, transports dangereux, logements insalubres, nuisances sonores et impacts du changement climatique. La pollution atmosphérique, à elle seule, serait responsable du décès de près de 7 millions de personnes chaque année, et la quasi-totalité des habitants des villes respire un air dont la qualité ne répond pas aux recommandations de l’OMS. L’augmentation des densités de population accroît aussi le risque de propagation d’épidémies infectieuses, tandis que le manque d’espaces verts favorise les maladies non transmissibles.
Face à ces constats, l’OMS souligne que les environnements urbains sont devenus le principal déterminant quotidien de la santé humaine, tout en étant à l’origine de défis mondiaux majeurs tels que le changement climatique ou la raréfaction des ressources. Ils représentent donc à la fois la première ligne des problémages sanitaires actuels et le plus grand espoir de transformation.
« Les villes sont essentielles au progrès de la santé publique », affirme le Dr Etienne Krug, directeur des déterminants de la santé, de la prévention et de la promotion à l’OMS. « Ce guide propose aux gouvernements une feuille de route pour agir de manière stratégique, en établissant des liens opérationnels avec d’autres questions politiques mondiales majeures comme le changement climatique, les transports, la transformation numérique et la migration. »
L’OMS rappelle que la santé n’est pas l’apanage d’un seul secteur ni la seule responsabilité des autorités municipales. De la qualité de l’air à la sécurité des logements, en passant par la mobilité et l’accès numérique, les décisions quotidiennes des acteurs urbains, à tous les niveaux, ont un impact direct sur la santé de milliards d’individus. Une action stratégique vise à harmoniser ces choix pour bâtir un avenir plus sain et plus équitable, où les systèmes urbains concourent à la justice sociale, à la durabilité et à la résilience.
Le guide détaille les étapes pratiques pour que les gouvernements puissent :
- Appréhender la complexité des systèmes urbains et leur incidence sur la santé et l’équité.
- Identifier les points d’entrée pour l’action, en saisissant les opportunités d’intégrer la santé urbaine dans les programmes politiques et pratiques d’autres secteurs.
- Renforcer les moyens de mise en œuvre, notamment la gouvernance, le financement, la collecte et l’analyse de données, l’innovation, le renforcement des capacités, les partenariats et la participation citoyenne.
- Élaborer des stratégies globales de santé urbaine aux niveaux national et municipal.
En parallèle du guide, l’OMS lance les trois premiers modules d’un cours d’apprentissage en ligne sur la santé urbaine, accessible via l’Académie de l’OMS, afin de renforcer les compétences en matière de collaboration dans les contextes urbains. L’organisation appelle les dirigeants municipaux et nationaux à adopter cette approche stratégique, reconnaissant le rôle pivot des gouvernements locaux et nationaux dans la promotion d’une action sanitaire cohérente et alignée sur les objectifs sociétaux plus larges, pour des villes non seulement plus vivables, mais aussi plus justes et durables.