Publié le 2025-10-17 21:01:00. L’or a pulvérisé ses records cette semaine, atteignant des sommets historiques, porté par les incertitudes économiques mondiales et les anticipations de baisse des taux d’intérêt américains. Parallèlement, la Colombie navigue entre un essor des exportations et les ravages de l’exploitation minière illégale, qui prive le pays de revenus considérables.
- L’once d’or a franchi le seuil des 4 300 $ US, culminant à 4 378,69 $ US, dans un contexte de forte demande pour ce métal précieux.
- La hausse hebdomadaire de 8,1 % représente la meilleure performance de l’or depuis décembre 2008.
- En Colombie, les exportations d’or ont atteint 2,695 milliards de dollars jusqu’en août 2025, mais l’illégalité dans le secteur minière coûterait près de 5 milliards de dollars annuellement au pays.
La semaine s’est clôturée sur un triomphe pour le métal jaune, dont le prix a atteint de nouveaux records historiques, dépassant les 4 300 dollars américains l’once. Cette ascension spectaculaire est alimentée par un cocktail d’inquiétudes économiques mondiales et de tensions géopolitiques, ainsi que par les paris croissants des investisseurs sur un assouplissement de la politique monétaire américaine. L’or au comptant (XAU=) a ainsi grimpé de 0,2 % pour s’établir à 4 335,87 $ US, après avoir effleuré les 4 378,69 $ US. Les contrats à terme pour livraison en décembre ont également suivi cette tendance haussière, gagnant 1 % pour atteindre 4 348,9 $ US.
Sur la semaine, l’or affiche un gain impressionnant de 8,1 %, sa meilleure performance depuis décembre 2008, une période marquée par les répercussions de la crise financière mondiale. Certains analystes soulignent même que durant la séance, le métal précieux frôlait son plus fort gain depuis septembre 2008, mois de l’effondrement de Lehman Brothers et de la panique qui s’en était suivie sur les marchés internationaux.
Un environnement porteur pour l’or
Selon les experts, la conjonction de facteurs internationaux crée un terreau fertile pour cette flambée de l’or. Alexander Zumpfe, analyste chez Heraeus Metals Germany, interrogé par Reuters, explique :
« Avec les attentes de baisse des taux, les risques géopolitiques et les inquiétudes bancaires persistantes, l’environnement reste très favorable à l’or. »
Alexander Zumpfe, analyste chez Heraeus Metals Germany
Cependant, il tempère ses propos, avertissant qu’une « consolidation à court terme est possible, compte tenu des conditions de surachat » du marché.
D’un point de vue technique, le Relative Strength Index (RSI) de l’or se situe à 88 points, un niveau qui signale un marché suracheté. Cela pourrait laisser présager une pause ou une correction modérée avant que la tendance haussière ne reprenne. Les investisseurs montrent un appétit certain pour le métal, considéré comme une valeur refuge. Cela se reflète dans l’augmentation des actifs sous gestion du Spdr Gold Trust (GLD), le plus grand fonds négocié en bourse adossé à l’or au monde. Ses avoirs ont atteint 1 034,62 tonnes, un plus haut depuis juillet 2022.
Pour approfondir le sujet : Le prix de l’or pourrait franchir la barre des 4 000 $, pourquoi ?
L’or colombien : entre opportunité et illégalité
Alors que l’or brille sur la scène internationale, la Colombie se trouve face à un double visage : d’une part, un boom de ses exportations, et d’autre part, une crise persistante liée à l’exploitation minière illégale. L’Agence Nationale des Mines (ANM) a rapporté que les exportations d’or colombiennes ont généré 2,695 milliards de dollars jusqu’en août 2025, représentant 36,72 tonnes vendues à l’étranger. Cependant, une portion significative de la production nationale reste entachée par l’illégalité.
Selon Juan Camilo Nariño, président de l’Association minière colombienne (ACM), chaque once d’or produite illégalement représente une perte sèche pour la nation.
« Pour chaque once d’or produite illégalement, la Nation cesse de recevoir 5 millions de dollars. »
Juan Camilo Nariño, président de l’Association minière colombienne (ACM)
En considérant la production illicite actuelle, estimée à un million d’onces, le pays se priverait ainsi de près de 5 milliards de dollars en impôts, revenus et redevances. Un rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) pour l’année 2022 met en lumière l’ampleur du problème : 73 % de l’exploitation de l’or alluvionnaire en Colombie s’effectue de manière illicite, soit 69 123 hectares sur les 94 733 dédiés à cette activité.
Chocó et Antioquia, épicentres de l’exploitation minière illégale
L’exploitation minière illégale est particulièrement concentrée dans les départements du Chocó et de l’Antioquia, des régions historiquement marquées par la présence de groupes armés et le poids des économies illicites. Dans le Chocó, 37 841 hectares sont exploités illégalement, représentant 40 % du total national. L’Antioquia suit de près avec 35 332 hectares, soit 37 %.
Le rapport de l’ONUDC précise que sur 101 communes pratiquant l’extraction d’or alluvionnaire, 10 concentrent à elles seules 56 % des détections nationales (52 896 hectares). Parmi celles-ci, quatre se situent dans l’Antioquia, cinq dans le Chocó et une dans le Córdoba. Notablement, 70 % de cette utilisation des sols était illégale, s’élevant à 36 872 hectares.
Ces zones sont également sous l’influence de groupes armés tels que le Clan del Golfo, faisant de l’exploitation minière une source de conflits sociaux, environnementaux et sécuritaires majeurs. Pour une perspective sur les politiques publiques : La proposition de Petro : que la Banque de la République soit l’unique acheteur d’or, est-ce que cela sera viable ?