Publié le 2025-11-07 23:30:00. Les travailleurs de l’Université centrale du Venezuela (UCV) tirent la sonnette d’alarme sur leur précarité économique. Réunis en Conseil universitaire, recteurs et syndicats dénoncent l’effondrement du pouvoir d’achat et exigent des conditions de travail décentes.
- Des salaires figés, ne couvrant plus les besoins fondamentaux.
- Des primes de Noël dérisoires, qualifiées d' »injustice intolérable ».
- Une ingérence étatique inquiétante dans l’enceinte universitaire.
C’est dans un climat de profonde préoccupation que s’est tenue une assemblée extraordinaire du Conseil universitaire de l’Université centrale du Venezuela (UCV). L’heure était à la dénonciation des conditions de vie et de travail des employés universitaires, dont le pouvoir d’achat s’est érodé de manière alarmante. Le recteur Víctor Rago a ouvert la séance en soulignant la nécessité de cette rencontre, orchestrée conjointement avec les représentants syndicaux, face à une situation de « salaire précaire dans le secteur universitaire » qui perdure depuis des années.
Cette crise n’est pas une nouveauté, a-t-il précisé, mais le résultat de politiques publiques ayant systématiquement négligé le financement de l’enseignement supérieur. Un communiqué du Conseil universitaire, lu lors de l’événement, a qualifié la distribution de la prime de Noël d' »injustice intolérable ». Il met en lumière une contradiction criante : former l’élite de demain tout en vivant dans la précarité la plus totale. Les salaires actuels, insiste le texte, « empêchent de couvrir les besoins fondamentaux ».
Les syndicats présents ont abondé dans le sens du communiqué, apportant des chiffres et des témoignages pour étayer leurs revendications. Argelia Castillo, secrétaire générale du Syndicat national des professionnels universitaires des fonctions administratives et techniques (Apufat), a déploré que le salaire minimum, actuellement équivalent à 0,58 dollar, soit gelé depuis mars 2022. Elle a exigé que les « obligations soient ajustées » et intégrées au salaire de base, dénonçant le non-respect des clauses contractuelles et des avantages sociaux.
Yanira Romero, secrétaire générale de Sinatra, a qualifié la prime de Noël de « grossière » et de « manque de respect », soulignant que les montants reçus oscillent entre 4 et 40 dollars, somme insuffisante pour un « Noël décent ». Elle a également critiqué la prétendue « composante des travailleurs », une structure bureaucratique imposée par le pouvoir et éloignée des réalités du terrain.
Carlos Suárez, secrétaire général de Sutra, a pointé du doigt « l’abandon institutionnel » de la part du ministère de l’Enseignement universitaire. Malgré de multiples réunions, le ministère reste sans réponse concrète. Il a ironisé sur le récit officiel d’un « joyeux Noël » lorsque les primes ne suffisent même pas à acheter une miche de pain.
La crise migratoire et l’ombre de la répression pèsent sur l’autonomie universitaire
Au-delà des chiffres, la réunion a mis en exergue le coût humain de cette crise. Des familles sont séparées par la migration, des professionnels quittent le pays avant même d’avoir obtenu leur diplôme, et les travailleurs peinent à subvenir à leurs besoins les plus élémentaires. La situation s’est encore aggravée avec une récente incursion des forces répressives de l’État dans les installations de l’UCV, portant une atteinte directe à l’autonomie universitaire.
« Hier, nous avons eu une incursion des forces répressives de l’État dans cette université, où ils ont emmené deux collègues détenus. Ils sont simplement venus les prendre et les ont détenus pendant plus de six heures. »
Carlos Suárez, secrétaire général de Sutra
Le syndicaliste a qualifié cette intervention d' »arbitraire et humiliante », regrettant l’absence d’explication fournie aux personnes concernées. Il a mis en garde contre le risque de voir des procédures similaires s’appliquer à des étudiants ou des enseignants, craignant une escalade de la répression.
« Nous ne pouvons pas attendre qu’ils arrivent à tout moment dans une salle de classe et emmènent l’un des élèves emprisonnés ou un enseignant. »
Carlos Suárez, secrétaire général de Sutra
Ces plaintes s’ajoutent à une série de déclarations récentes des autorités rectorales et syndicales, qui ont alerté sur la dégradation des conditions de travail, la chute du pouvoir d’achat et, désormais, la menace directe sur l’intégrité physique et juridique des travailleurs universitaires. L’UCV, en tant qu’institution historique et symbole de la liberté de pensée, a réclamé le respect de ses espaces, de ses travailleurs et de son autonomie. Les représentants de l’université ont réaffirmé leur volonté d’engager un dialogue avec les autorités gouvernementales pour tenter de rétablir un salaire digne. Le message est clair : sans conditions de travail décentes pour ses employés, aucune université n’est viable.