Publié le 17 février 2024 à 14h41. L’Union européenne pourrait interdire totalement les services maritimes aux pétroliers russes si les pays du G7 ne parviennent pas à un accord sur de nouvelles sanctions, une escalade qui marquerait un tournant dans la stratégie de pression économique sur Moscou.
- L’UE est prête à agir seule si un consensus au sein du G7 s’avère impossible.
- Un nouvel outil anti-contournement pourrait être activé, visant notamment le Kirghizistan, accusé de servir de voie de réexportation vers la Russie.
- L’interdiction des services maritimes entraînerait la fin du plafonnement des prix du pétrole russe instauré par le G7.
Bruxelles accélère les préparatifs pour l’adoption d’un 20e paquet de sanctions contre la Russie, espérant qu’il sera approuvé avant le 24 février, date anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine. Valdis Dombrovskis, commissaire européen à l’économie, a affirmé que l’UE n’hésitera pas à prendre des mesures unilatérales si les discussions avec les partenaires du G7 ne débouchent pas sur un accord.
L’objectif principal est de renforcer la pression sur les revenus pétroliers de la Russie. Si l’interdiction des services maritimes est adoptée, le mécanisme de plafonnement des prix du pétrole russe, mis en place par le G7 en décembre 2022, deviendrait caduc. Il deviendrait illégal pour toute entreprise européenne d’assurer les services nécessaires aux pétroliers transportant du pétrole russe, quel que soit le prix auquel ce pétrole est vendu. Le plafond actuel est fixé à 44,10 dollars le baril (environ 40 euros).
« Nous avons présenté à nos partenaires du G7 les contours de ces mesures, car il est évidemment préférable d’agir de manière coordonnée », a déclaré M. Dombrovskis après une réunion des ministres des Finances à Bruxelles. « Ce n’est pas une condition préalable absolue, mais plus nous parviendrons à un alignement, y compris au niveau du G7, mieux ce sera. Nous n’hésiterons pas non plus à prendre des mesures au niveau européen si un accord plus large n’est pas conclu. »
Cette position marque un changement de ton par rapport à la Commission européenne, qui avait initialement indiqué qu’une interdiction complète ne serait envisagée qu’après une décision prise collectivement au sein du G7. La situation est toutefois incertaine, et le niveau de soutien au sein du G7 reste flou.
Contactés par Euronews, les gouvernements du Royaume-Uni, du Canada et de l’Australie, membres de la coalition sur le plafonnement des prix, ont confirmé avoir pris connaissance de la proposition de la Commission. Un porte-parole du ministère britannique des Affaires étrangères a déclaré : « Nous travaillons en étroite collaboration avec nos partenaires du G7 pour accroître la pression économique sur la Russie, en ciblant notamment les revenus énergétiques russes. Nous continuons à discuter de ce sujet avec nos partenaires de l’UE et du G7. » Les États-Unis et le Japon n’ont pas répondu aux sollicitations.
Les négociations entre les ambassadeurs des États membres de l’UE se poursuivent afin de garantir l’approbation du paquet de sanctions avant le 24 février, bien que ce délai puisse être dépassé si un accord ambitieux nécessite plus de temps. La Grèce, dont l’industrie maritime est importante, a exprimé des inquiétudes quant à l’impact d’une interdiction totale. Athènes craint que cela ne favorise la concurrence de l’Inde et de la Chine, renforce la « flotte fantôme » russe et encourage le dépavillonage des navires.
Parallèlement, l’UE envisage d’activer pour la première fois son outil anti-contournement, visant à limiter les exportations de machines numériques et de radios vers des pays susceptibles de les réexporter vers la Russie. Le Kirghizistan est particulièrement visé, soupçonné de servir de voie de transit pour contourner les sanctions. Les échanges commerciaux entre l’UE et le Kirghizistan ont connu une augmentation spectaculaire depuis le début de l’invasion de l’Ukraine, passant de 263 millions d’euros en 2021 à 2,5 milliards d’euros en 2024, dont plus de la moitié concerne des machines et du matériel de transport potentiellement destinés à la Russie.
L’activation de cet outil nécessitera l’unanimité des 27 États membres, une condition qui avait déjà fait échouer une tentative similaire l’été dernier. David O’Sullivan, l’envoyé spécial de l’UE pour les sanctions, doit se rendre au Kirghizistan dans les prochains jours pour tenter de sensibiliser les autorités locales.
Ces efforts s’inscrivent dans un contexte de négociations trilatérales entre l’Ukraine, la Russie et les États-Unis. La plupart des dirigeants européens estiment que le Kremlin ne cherche pas réellement à faire des concessions et qu’il est donc nécessaire d’intensifier la pression économique. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, et António Costa, président du Conseil européen, prévoient de se rendre en Ukraine le 24 février.
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a une fois de plus appelé les pays européens à cibler le secteur nucléaire russe, jusqu’à présent épargné par les sanctions. Il a également tenu des propos virulents à l’égard des Russes :
« Allez vous faire foutre en Russie. Rentrez chez vous. »
Volodymyr Zelensky, président ukrainien