Publié le 2025-10-28 18:00:00. L’Union européenne et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme ont exprimé leur vive inquiétude face à l’intensification des violences à El-Fasher, au Soudan, suite à sa prise par les Forces de soutien rapide (FSR). Des rapports font état d’atrocités à motivation ethnique et de craintes de crimes de guerre.
- L’UE appelle à la désescalade et à la documentation de toutes les violations du droit international.
- Des rapports crédibles suggèrent un nettoyage ethnique systématique à El-Fasher par les FSR.
- Le Haut-Commissariat de l’ONU évoque des exécutions sommaires et des atrocités ethniques.
La ville d’El-Fasher, stratégiquement située dans la région du Darfour, est tombée aux mains des Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire allié de l’armée soudanaise, après plus de 18 mois d’un conflit dévastateur. Cette prise de contrôle marque une étape importante, les FSR contrôlant désormais toutes les capitales d’État de cette vaste région.
Selon les Forces conjointes, alliées de l’armée, les FSR auraient commis des « crimes odieux » les 26 et 27 octobre, entraînant l’exécution de « plus de 2 000 » civils non armés, parmi lesquels de nombreuses femmes, enfants et personnes âgées. Des militants pro-démocratie ont également diffusé des vidéos, authentifiées par l’AFP, montrant des combattants présumés perpétrer des exécutions de civils.
Des organisations locales et internationales avaient déjà alerté sur le risque d’atrocités massives en cas de chute d’El-Fasher. Le laboratoire de recherche humanitaire de l’université de Yale, s’appuyant sur des renseignements de sources ouvertes et des images satellites, a indiqué que la ville semblait être le théâtre d’un « processus systématique et intentionnel de nettoyage ethnique des communautés indigènes non arabes Four, Zaghawa et Berti ». Ce processus inclurait des « opérations de dédouanement porte-à-porte » et des « exécutions sommaires ». Le rapport de Yale conclut que ces actions pourraient constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire un génocide.
Face à cette situation alarmante, le vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, Simon Harris, a appelé à un cessez-le-feu immédiat au Soudan. Il a souligné la nécessité de garantir la sécurité des civils et des travailleurs humanitaires, ainsi qu’un passage sûr pour ceux qui tentent de fuir El-Fasher. « Les auteurs de ces actes doivent être tenus responsables », a-t-il insisté.
Le chef des droits de l’ONU, Volker Türk, a lui aussi fait part de son « risque croissant de violations et d’atrocités à motivation ethnique » à El-Fasher, son bureau recevant « de multiples informations alarmantes selon lesquelles les Forces de soutien rapide commettent des atrocités, y compris des exécutions sommaires ».
Les paramilitaires ont un lourd passé en matière d’atrocités. Ils sont accusés d’avoir causé la mort de quelque 15 000 civils issus de groupes non arabes à El-Geneina, capitale du Darfour occidental. L’armée soudanaise, qui combat les FSR depuis avril 2023, n’est pas épargnée par les accusations de crimes de guerre.
La situation humanitaire à El-Fasher et dans ses environs est dramatique. Les camps de déplacés ont été déclarés en état de famine, et les habitants de la ville sont contraints de chercher leur nourriture dans des conditions extrêmes. L’ONU avait d’ailleurs prévenu que 260 000 personnes, dont la moitié d’enfants, restaient bloquées sans aide avant la chute de la ville.
Dans ce contexte, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (FICR) a rapporté la mort de cinq volontaires du Croissant-Rouge soudanais en service à Bara, dans l’État du Kordofan, une région également touchée par les combats. Trois autres volontaires sont portés disparus. La FICR a condamné ces attaques, rappelant que les volontaires étaient clairement identifiés et censés bénéficier d’une protection.
Le président de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a également exprimé sa « profonde inquiétude face à l’escalade de la violence et aux atrocités signalées », condamnant fermement les « crimes de guerre présumés et les meurtres de civils à caractère ethnique ».
Le chef de l’armée soudanaise, le général Abdel Fattah al-Burhan, a confirmé le retrait de ses forces d’El-Fasher, évoquant un déplacement « vers un endroit plus sûr ». Il a réaffirmé son engagement à combattre « jusqu’à ce que cette terre soit purifiée ». Cependant, des analystes estiment que le Soudan est désormais divisé de facto selon un axe est-ouest, les FSR ayant mis en place un gouvernement parallèle. « Plus cette guerre se prolonge, cette division ne fera probablement que devenir plus concrète et plus difficile à résoudre », a commenté Alan Boswell, directeur de projet pour la Corne de l’Afrique à l’International Crisis Group.
Sur le plan diplomatique, Anwar Gargash, conseiller du président des Émirats arabes unis, a qualifié la prise d’El-Fasher de « tournant », soulignant que « la voie politique est la seule option pour mettre fin à la guerre civile ». Les Émirats arabes unis, accusés par l’ONU de fournir des armes aux FSR, ce qu’ils démentent, participent aux efforts du Quad (composé également des États-Unis, de l’Arabie saoudite et de l’Égypte) pour une paix négociée. Ce groupe a proposé un cessez-le-feu et un gouvernement de transition excluant l’armée et les FSR du pouvoir. Des pourparlers récents à Washington n’ont cependant pas abouti à des progrès significatifs.
L’armée soudanaise bénéficie également de soutiens étrangers, notamment de l’Égypte, de l’Arabie saoudite, de l’Iran et de la Turquie, bien que ces pays aient nié toute implication. Malgré la reprise du contrôle total de Khartoum par l’armée en mars, aucun des deux camps ne semble prêt à faire des compromis dans les négociations, les deux ayant réalisé des avancées significatives sur le terrain.