La nouvelle production de Luisa Miller à l’Opéra national de Vienne, attendue le 7 février 2026, a suscité une vive controverse, marquée par une mise en scène jugée déconcertante et un contraste saisissant avec la qualité musicale de l’interprétation.
Le metteur en scène russe Philippe Grigoriev, connu pour ses productions provocatrices, a livré une interprétation de l’opéra de Verdi qui semble davantage une parodie qu’une réinterprétation. L’œuvre, créée en 1849, est ici présentée avec une accumulation de clichés et d’éléments disparates, créant un spectacle visuellement chaotique. Sur scène, des guerriers en armure côtoient une troupe de danseurs dont les mouvements illustrent, de manière aléatoire, les états d’âme de Luisa. Le ténor, dans le rôle de Rodolfo, apparaît d’abord déguisé en livreur, puis revêt une armure de chevalier avant de se retirer, humilié, dans un lit d’hôpital en chemise de nuit.
La mise en scène accentue les différences de statut social entre les personnages. Luisa est dépeinte comme une ouvrière d’usine, tandis que le comte von Walter est un industriel fortuné, recevant ses invités dans un sauna transformé en centre de pouvoir, entouré de femmes en tenues légères participant à des rituels. Wurm, le méchant, est vêtu d’un costume bleu criard, tandis que Miller attend, immobile, sur un banc d’arrêt de bus. Federica se présente comme une Valkyrie rose en plastique, munie d’une trousse de médecin, et Luisa évolue sur un chantier de construction imaginaire.
La scène finale, un double mariage, se transforme en une orgie kitsch rose, où Rodolfo jette son épée à la poubelle. Un petit ours en peluche, omniprésent, semble apporter un réconfort illusoire à Luisa et Rodolfo. L’ensemble constitue une satire acerbe, suggérant une critique implicite de la pertinence de l’opéra dans le monde contemporain.
Malgré ces choix scéniques discutables, la performance musicale a été saluée. Michele Mariotti, récemment reconduit en tant que directeur musical de l’Opéra romain, a su tirer le meilleur parti de l’orchestre et des chanteurs. L’œuvre, préfigurant la « trilogie populaire » de Verdi, est ici interprétée avec une sensibilité particulière, notamment dans le duo poignant du troisième acte explorant la relation père-fille.
Nadine Sierra, dans le rôle de Luisa, a impressionné par la beauté et l’expressivité de sa voix de soprano lyrique. Elle a su naviguer avec aisance entre les passages de colorature et les moments dramatiques, apportant une sincérité touchante à ses interprétations. Freddie de Tommaso, en Rodolfo, a également captivé le public, malgré une mise en scène qui ne lui permettait pas de pleinement exprimer la complexité de son personnage. Sa voix puissante a brillé dans l’air «Quand les soirées sont paisibles».
Roberto Tagliavini, dans le rôle de Walter, a offert une interprétation nuancée, tandis que Marko Mimica a incarné Wurm avec une présence menaçante. Georges Pétéan, en Miller, a surmonté des difficultés initiales pour retrouver sa forme habituelle. Daria Součková, en Federica, et Teresa Sales R.ebordão, en Laura, ont également contribué à la qualité globale de la représentation.
En conclusion, cette production de Luisa Miller, bien que musicalement réussie, laisse un sentiment d’incohérence et de provocation gratuite. Une mise en scène qui, selon certains, témoigne d’un manque de respect envers l’œuvre originale.