Publié le 24 octobre 2025 06:00:00. L’Uruguay a franchi une étape historique en votant ce mercredi la légalisation de l’euthanasie, devenant ainsi le premier pays d’Amérique latine à encadrer strictement cette pratique. Une décision saluée par les partisans des droits progressistes, malgré les réserves exprimées par certains secteurs politiques.
Le Sénat uruguayen a définitivement approuvé ce mercredi la loi autorisant l’euthanasie sous des conditions strictes, marquant ainsi une avancée significative pour les droits individuels dans le pays. Avec 20 voix favorables sur 31, le texte, fruit de cinq années de débats législatifs, témoigne d’une société uruguayenne traditionnellement ouverte à l’élargissement des libertés. Un sondage du cabinet Cifra révélait d’ailleurs que 62% des Uruguayens soutenaient cette mesure.
Le projet de loi, baptisé « Mourir dans la dignité », a bénéficié du soutien de la coalition progressiste du Frente Amplio, ainsi que de deux sénateurs du Parti Colorado et d’un du Parti National, partis traditionnellement de centre-droit. Cette adoption parlementaire distingue l’Uruguay de pays comme la Colombie ou l’Équateur, où la dépénalisation s’est faite par décision judiciaire plutôt que par une législation votée par le Congrès.
La nouvelle loi définit les critères d’éligibilité à l’euthanasie. Toute personne majeure et « psychiquement apte », souffrant d’une pathologie incurable et irréversible à un stade terminal, ou connaissant des souffrances insupportables et une dégradation grave de sa qualité de vie due à sa maladie, peut désormais y avoir recours. La demande doit être formulée personnellement et par écrit par le patient, qu’il soit citoyen uruguayen ou résident étranger. L’acte doit être réalisé de manière « indolore, paisible et respectueuse ».
Cette légalisation s’inscrit dans la lignée d’autres avancées sociétales notables en Uruguay, telles que la dépénalisation de l’avortement, l’égalité du mariage ou la régulation du marché du cannabis. Ces réformes, dont certaines ont eu lieu sous la présidence de José Mujica il y a plus de dix ans, ont positionné l’Uruguay comme un pionnier en matière de droits progressistes.

L’impulsion initiale pour cette loi remonte à 2019, avec Fernando Sureda, une figure reconnue du football uruguayen, qui a publiquement plaidé pour la légalisation de l’euthanasie afin de soulager les souffrances liées à sa sclérose latérale amyotrophique (SLA), maladie qui a causé sa mort en 2020. Par la suite, Ope Pasquet, alors député du Parti Colorado, a présenté un projet de dépénalisation, enrichi des contributions du Frente Amplio. Ce texte avait obtenu une première approbation à la Chambre des députés en octobre 2022, mais avait été bloqué au Sénat, alors dominé par des forces conservatrices.
Le projet actuel, inspiré de la proposition précédente, a été voté par les députés en août dernier. Après d’intenses débats et des auditions impliquant plus de 60 organisations, il a finalement reçu l’approbation du parti au pouvoir et de trois membres de l’opposition ce mercredi.
Les promoteurs de la loi ont souligné la précision des définitions et des mécanismes de garantie, s’inspirant de législations établies depuis plus de deux décennies, notamment celle des Pays-Bas. La loi prévoit également la création d’une commission honoraire chargée d’évaluer annuellement les cas d’euthanasie et de soumettre des rapports au ministère de la Santé et au Parlement. Tous les prestataires du système national de santé devront faciliter les démarches nécessaires à l’exercice de ce droit.
Conformément à la loi, le patient souhaitant l’euthanasie devra en faire la demande en personne devant un médecin. Ce dernier aura trois jours pour évaluer si les conditions sont remplies, après avoir informé le patient des soins palliatifs disponibles. L’avis concordant d’un second médecin indépendant sera requis sous cinq jours, ou celui d’une commission médicale en cas de désaccord. Lors d’un second entretien, le patient pourra réitérer sa volonté, toujours révocable, par écrit devant deux témoins. Le médecin procédera alors à l’acte selon les souhaits du demandeur.
« Celui qui veut l’euthanasie doit la demander et celui qui n’en veut pas doit la rejeter », a déclaré Ope Pasquet, qui a joué un rôle clé dans le projet de 2020 et a pris part aux débats ce mercredi en remplacement d’un sénateur. « Aucune autorité ne viendra dicter aux patients s’ils sont ‘euthanasiables’ ou non. C’est un mensonge répété. La décision d’y recourir appartient exclusivement à la personne. »
Parmi les voix opposées, le sénateur Javier García, du Parti National, a remis en question les concepts de « mort dans la dignité » et de « liberté », arguant que le projet manquait de garanties. « L’État ne devrait pas prendre en charge la mort sans prendre en charge la vie. La loi devrait avoir le même pouvoir d’offrir la possibilité de vivre que le projet de loi actuel », a-t-il affirmé.
En réponse, le responsable de gauche Daniel Borbonet a précisé que cette loi « n’oblige personne, mais offre plutôt une alternative qui n’existe pas aujourd’hui ». « C’est un droit de décider, il ne remplace pas ce qui existe déjà et il n’impose pas de comportement », a-t-il souligné. La sénatrice du Frente Amplio, Constanza Moreira, a quant à elle célébré sur son compte X : « Aujourd’hui, l’Uruguay est une fois de plus à l’avant-garde de l’agenda des droits. Nous avons approuvé la loi sur l’euthanasie : une norme qui reconnaît la liberté de décider jusqu’au bout, dans la dignité et la liberté. »
Le pouvoir exécutif dispose désormais de six mois à compter de la promulgation de la loi pour en définir les modalités d’application.