Home Accueil Ma fascination pour Dick Cheney

Ma fascination pour Dick Cheney

0 comments 63 views

La rencontre avec Dick Cheney, figure politique américaine au parcours marqué par des décisions controversées, a constitué pour notre auteur, petite-fille de Nikita Khrouchtchev, un moment aussi fascinant qu’inquiétant, rappelant les travers des régimes autoritaires de son enfance.

En 2010, l’opportunité de rencontrer Dick Cheney dans sa résidence de week-end à St. Michael’s, dans le Maryland, s’est présentée comme l’aboutissement d’une longue fascination. La demeure, d’un blanc cassé immaculé, évoquait un décor figé, dénué de toute empreinte personnelle de ses occupants, Dick et Lynne Cheney. L’intérieur, sobre, presque aseptisé, présentait une table ronde ornée de livres de décoration intérieure tels que « À la maison avec des livres » ou « À la maison avec des arts », disposés avec une précision qui dénotait un certain manque de vie.

Malgré cette froideur ambiante, la conversation avec l’ancien vice-président s’est avérée captivante. Interrogé sur la guerre en Irak, Cheney a défendu avec fermeté ses choix, affirmant que les Irakiens auraient mieux fait d’être bombardés par les « armes d’amour de masse » américaines plutôt que par les « armes de destruction massive de tous les autres ».

Cette rencontre a exacerbé le scepticisme de l’auteur à l’égard de la politique de Cheney, qu’elle a perçu comme une figure autoritaire. Son passé lié à l’Union soviétique des années 1970, où les dictateurs se succédaient au sommet du mausolée de Lénine, lui a permis de reconnaître chez Cheney des traits familiers de manipulation et de contrôle de la dissidence. Elle rappelle ainsi une conférence de presse de 2000, où Cheney, fraîchement nommé vice-président, avait balayé toute question concernant les conflits d’intérêts potentiels avec son ancienne fonction de PDG d’Halliburton, société énergétique. La presse, fascinée par son assurance, n’avait pas osé aborder la persistance de ses liens avec l’entreprise ni les paiements futurs qu’il allait en recevoir.

Pour notre auteur, descendante des dirigeants soviétiques, Cheney incarnait ces « hommes forts » qui terrorisaient les citoyens de l’Union soviétique. Les événements tragiques du 11 septembre 2001 ont vu l’administration Bush-Cheney mettre en place des politiques constitutionnellement douteuses, telles que le Patriot Act, la loi sur les commissions militaires et la loi sur l’autorisation de la défense nationale. La peur engendrée par ces attaques a également permis l’approbation de la torture dans des sites secrets à l’étranger et une surveillance sans mandat des communications privées de millions d’Américains.

Mikhail Gorbatchev lui-même avait qualifié Cheney d’« homme dangereux, ce qui n’était pas ce à quoi on s’attendrait dans la démocratie américaine ». La fascination de l’auteur pour Cheney résidait précisément dans cette capacité à adopter des comportements rappelant ceux des gouvernements autoritaires, suscitant ainsi des critiques parmi ceux qui, comme elle, s’opposaient à cette administration.

À la différence de l’attente d’un Cheney bourru et puissant, l’auteur a été surprise par une comparaison qu’il a faite avec Donald Rumsfeld, alors Secrétaire à la Défense sous Bush. Une visite dans la demeure des Rumsfeld a contrasté vivement avec celle des Cheney. Tandis que la maison de Cheney manquait de personnalité, celle des Rumsfeld débordait de vie, de couleurs et de meubles usés, signe selon l’auteur d’une richesse authentique, contrairement au gravier gris de la driveway de Cheney, symbole selon elle de nouveaux riches.

La carrière de Cheney est intrinsèquement liée à celle de Rumsfeld. C’est ce dernier qui, dans les années 1960, a attiré le jeune Cheney à Washington, d’abord comme assistant, puis comme adjoint lorsque Rumsfeld est devenu chef de cabinet du président Gerald Ford. Diplômé de Princeton et habitué de Washington, Rumsfeld fut un modèle pour le jeune Cheney, étudiant provincial de l’Université du Wyoming. Par la suite, Cheney a repris les postes laissés vacants par Rumsfeld. Il devint chef d’état-major de Ford lorsque Rumsfeld fut nommé Secrétaire à la Défense en 1975. Suivant ses traces, Cheney fut élu membre du Congrès en 1978, puis devint Secrétaire à la Défense en 1989. En 2000, il dépassa Rumsfeld en accédant à la vice-présidence. Ensemble, ils ont envisagé les guerres en Afghanistan et en Irak. Malgré le coût humain et financier de ces conflits, le vice-président n’a jamais reconsidéré ses positions. L’un de ses collaborateurs a d’ailleurs confié que « [ils] avaient plutôt le sentiment qu’ils n’étaient pas allés assez loin. »

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.