Publié le 13.10.2025 13:28. L’attribution du Prix Nobel de la Paix à María Corina Machado, figure de l’opposition vénézuélienne, suscite un débat sur les valeurs récompensées par cette distinction mondiale, soulevant des interrogations sur sa représentativité réelle de la paix au Venezuela.
Le choix du comité Nobel de décerner le Prix de la Paix 2025 à María Corina Machado, chef de file de l’opposition vénézuélienne, a surpris nombre d’observateurs. Si cette distinction est largement interprétée comme une reconnaissance de sa lutte contre un régime autoritaire, elle soulève des questions quant à savoir si elle incarne véritablement la paix pour le peuple vénézuélien et quelles valeurs politiques ce prix de prestige vient récompenser.
Le comité Nobel a justifié son choix en soulignant la participation de Machado à une « transition juste et pacifique de la dictature au gouvernement » et en la décrivant comme un « élément central du rassemblement d’une opposition politique profondément divisée » unie par la demande d’élections libres. Son parcours est salué comme un symbole d’espoir pour ceux qui résistent à l’oppression, particulièrement en tant que femme ayant défié un système autoritaire et patriarcal.
Dans un environnement politique marqué par le militarisme et la domination masculine, María Corina Machado s’est imposée comme une leader sans se plier aux attentes traditionnelles de la féminité, privilégiant la confrontation à la conciliation. Cette posture a toutefois fait d’elle une figure polarisante, créant une distance avec les courants plus modérés de l’opposition et limitant, selon certains, les voies de dialogue et de réconciliation.
Son approche a suscité le scepticisme parmi les factions plus centristes et de gauche, également critiques du président Maduro. De plus, son rapprochement avec la politique étrangère de Donald Trump envers le Venezuela, incluant l’expropriation d’entreprises vénézuéliennes et des manœuvres militaires dans les Caraïbes, interroge sur la portée de son projet politique.
Si le courage et la résilience de Machado face au régime vénézuélien sont indéniables, son programme politique, porté par le parti « Vente Venezuela », semble incompatible avec une large inclusion démocratique, la justice sociale ou la réconciliation institutionnelle. Ce parti rejette l’intervention de l’État dans l’économie et la vie sociale, considérant que des droits fondamentaux comme l’éducation, la santé et le logement ne devraient pas être garantis publiquement. Une orientation idéologique qui, transposée dans le contexte norvégien, irait bien au-delà du libéralisme et s’opposerait tant à la social-démocratie qu’au conservatisme.
Dans cette optique, le Prix Nobel de la Paix décerné à María Corina Machado pourrait être davantage perçu comme une distinction pour la résistance que pour la paix elle-même. Il récompenserait la force des convictions et la lutte acharnée, mais ignorerait la diversité des voix au sein de l’opposition vénézuélienne, notamment celles plaidant pour la réconciliation, la réforme institutionnelle et une approche plus inclusive.
María Corina Machado offre un espoir à ceux qui luttent contre l’oppression. Néanmoins, son parcours rappelle que la quête de la démocratie ne coïncide pas toujours avec la quête de la paix. Il devient alors légitime, particulièrement pour la Norvège en tant qu’administrateur du Prix de la Paix, de s’interroger sur les valeurs que l’on souhaite véritablement promouvoir à travers la plus prestigieuse des distinctions mondiales.
Ronald Mayora Synnes est chercheur spécialisé sur le Venezuela et responsable de l’histoire contemporaine du Venezuela dans le lexique norvégien du Store.