Les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), telles que la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique, posent des défis de santé majeurs. Au-delà du diagnostic, le stress et l’alimentation jouent un rôle crucial dans leur gestion, comme en témoignent les recherches actuelles.
Face aux MICI, la science pointe de plus en plus vers le régime alimentaire comme levier d’action majeur. Si les conseils nutritionnels peuvent parfois sembler contradictoires, une approche basée sur les aliments complets et d’origine végétale semble particulièrement prometteuse, tant pour la gestion des symptômes que pour la prévention.
L’impact de l’alimentation sur les MICI
La lutte contre les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin (MICI), qui englobent la maladie de Crohn et la rectocolite hémorragique (UC), est un enjeu de santé publique. L’origine de ces affections est complexe, mais les recherches convergent aujourd’hui vers deux facteurs déterminants : le stress et, surtout, l’alimentation.
L’expérience personnelle de l’auteur, qui a vu sa grand-mère souffrir d’une forme sévère de rectocolite hémorragique à Trinidad, met en lumière l’impact dévastateur de ces maladies. Les poussées aiguës, souvent déclenchées par le stress, provoquaient des douleurs abdominales intenses, des diarrhées sanglantes et une perte de sang conséquente, nécessitant des transfusions sanguines fréquentes. Dans ce contexte de ressources limitées, le système de don de sang local impliquait une mobilisation familiale et sociale intense pour trouver des donneurs compatibles, ajoutant une couche de stress supplémentaire à une situation déjà critique.
« Ma grand-mère a dû avoir plusieurs transfusions sanguines tout au long de sa vie et je me souviens très bien de marcher avec ma grande tante Joyce au milieu de la nuit pour essayer de trouver un taxi qui nous emmènerait à l’hôpital pour visiter grand-mère et discuter de qui nous pourrions demander de donner du sang pour grand-mère cette fois-ci. C’était assez stressant, comme vous pouvez l’imaginer. »
Au fil du temps, un changement d’alimentation a eu un effet bénéfique notable sur l’état de sa grand-mère. La cuisine trinidadienne traditionnelle, riche en riz blanc, farine blanche, fritures, sucres et pauvre en fibres, a laissé place à un régime plus adapté lors des poussées (soupes et bouillons) et privilégiant les aliments complets et végétaux en période de rémission. Cette transition alimentaire, moins comprise à l’époque, s’avère aujourd’hui en phase avec les découvertes scientifiques.
Aliments complets et végétaux : une piste sérieuse
Si des régimes pauvres en glucides et riches en protéines et graisses sont parfois préconisés, la science suggère une tout autre approche. Des études récentes indiquent que ces régimes pourraient, au contraire, favoriser l’apparition ou l’aggravation des MICI.
Un cas d’étude rapporté montre qu’un homme sans antécédents de MICI a développé une rectocolite hémorragique après avoir adopté un régime hyperprotéiné et riche en glucides pour perdre du poids. À l’inverse, une transition vers un régime à base d’aliments complets et végétaux (Whole Food Plant-Based – WFPB), comprenant des yaourts pour leurs probiotiques, a permis une rémission de sa maladie pendant plus d’un an. La réapparition des symptômes a coïncidé avec une moindre adhésion à ce régime, soulignant son importance capitale. Son médecin, constatant ces progrès, n’a pas jugé nécessaire de prescrire de médicaments.
Les résultats sont également probants pour la maladie de Crohn. Une étude comparative a révélé qu’un régime « semi-végétarien » entraînait une rémission à 100 % la première année et 92 % la seconde année, surpassant ainsi les résultats obtenus avec des régimes omnivores (type paléo ou cétogène) et même certains traitements médicamenteux comme les agents biologiques.
La prévention par l’assiette
L’impact positif d’un régime WFPB ne se limite pas à la gestion des MICI déclarées. Il semble jouer un rôle protecteur significatif contre leur apparition, principalement grâce à sa richesse en fibres.
Les fibres alimentaires sont essentielles au bon fonctionnement du microbiote intestinal. Elles sont transformées par les bonnes bactéries intestinales en butyrate, un acide gras à chaîne courte connu pour ses propriétés anti-inflammatoires et sa capacité à restaurer la fonction normale du côlon. Le butyrate est d’ailleurs utilisé dans le traitement de la rectocolite hémorragique.
Inversement, les régimes riches en graisses animales et en protéines animales tendent à diminuer la quantité de bonnes bactéries dans l’intestin, perturbant ainsi la production de butyrate.
Une analyse regroupant 19 études sur plus de 6 000 personnes a révélé une corrélation entre la consommation élevée de graisses saturées, d’acides gras mono- et polyinsaturés (y compris oméga-3 et oméga-6), de mono- et disaccharides, et de viande, et un risque accru de diagnostic de maladie de Crohn. À l’inverse, une consommation plus élevée de fibres alimentaires, et notamment de fruits, est associée à une diminution de ce risque.
Pour la rectocolite ulcéreuse, les mêmes études ont montré que des apports élevés en graisses totales, en acides gras polyinsaturés (principalement issus de poissons, huiles végétales, noix et graines), en acides gras oméga-6 et en viande augmentaient le risque. Une consommation élevée de légumes, en revanche, réduisait ce risque.
Conseils pour une transition alimentaire
Pour ceux qui envisagent de passer à un régime WFPB, voici quelques recommandations :
- Éviter les glucides simples et transformés : Remplacer la viande par des glucides simples ou des aliments ultra-transformés ne garantit pas un régime sain. Il est crucial d’éviter ces pièges lors de la transition.
- Varier les plaisirs : Intégrer une large gamme de fruits et légumes frais, en privilégiant les aliments complets. Veiller à un apport suffisant en protéines et inclure des graisses saines et non raffinées.
- Le WFPB comme fondation : Pour les personnes atteintes de MICI, un régime WFPB est fortement recommandé, étant associé aux « meilleurs résultats dans la prévention des rechutes » selon les recherches actuelles. Si une transition complète représente un défi, il est possible d’intégrer progressivement davantage d’aliments complets et végétaux dans son alimentation et de réduire la consommation des groupes alimentaires potentiellement problématiques. Chaque pas dans la bonne direction compte.