Home Santé Maladie rénale chronique en Roumanie : prévalence nationale ajustée, facteurs de risque et tendances temporelles dans les groupes à haut risque | Néphrologie BMC

Maladie rénale chronique en Roumanie : prévalence nationale ajustée, facteurs de risque et tendances temporelles dans les groupes à haut risque | Néphrologie BMC

0 comments 43 views

Publié le 2025-11-06 12:55:00. Une étude menée en Roumanie révèle une prévalence significative et croissante de l’insuffisance rénale chronique, particulièrement chez les populations vulnérables. Les résultats, issus d’une combinaison de données générales et de dépistages ciblés, soulignent la nécessité d’une détection précoce et de stratégies de prévention adaptées.

  • 8,97 % des Roumains, soit environ 1,5 million de personnes, souffrent d’insuffisance rénale chronique (IRC).
  • Les personnes âgées, ainsi que celles atteintes de diabète, d’hypertension artérielle ou de maladies cardiovasculaires, constituent les populations les plus touchées.
  • Le dépistage ciblé des populations à risque s’avère plus efficace que les approches généralistes.

Les conclusions de cette recherche, la plus complète à ce jour sur l’épidémiologie de l’IRC en Roumanie, mettent en lumière une charge de morbidité élevée. La prévalence nationale ajustée, estimée à 8,97 %, s’aligne sur les estimations mondiales, où près de 10 % de la population planétaire est concernée par cette affection.

Comparativement aux moyennes européennes (9 à 12 %), la Roumanie se situe dans la fourchette haute, bien que légèrement en deçà des estimations récentes aux États-Unis (13,9 % selon le CDC/NHANES entre 2017 et 2020). Les différences méthodologiques, notamment concernant la confirmation des diagnostics et les taux d’obésité et de diabète, pourraient expliquer ces écarts.

Une étude antérieure menée en Roumanie (PREDATORR, 2012-2014) avait déjà signalé une prévalence de 6,74 %. L’écart observé avec la nouvelle étude pourrait s’expliquer par des variations dans la conception des études et les définitions utilisées, plutôt que par une évolution réelle de la maladie au fil du temps. L’interprétation des résultats de PREDATORR avait été complexifiée par une stratification du risque qui ne correspondait pas toujours aux critères stricts de l’IRC.

Les facteurs de risque indépendants les plus marquants pour l’IRC en Roumanie incluent l’âge avancé, le sexe, le diabète et les maladies cardiovasculaires. L’âge est un déterminant majeur, avec une prévalence qui augmente fortement après 65 ans, touchant plus d’un tiers des patients roumains atteints d’IRC dans cette tranche d’âge. Ces tendances sont similaires aux observations faites en Europe.

Le sexe féminin et la résidence en milieu rural étaient également associés à un risque accru d’IRC dans une analyse univariée, bien que l’impact géographique ait diminué après ajustement. Cela suggère que les déterminants sociaux, tels que l’accès aux soins et la connaissance des enjeux sanitaires, jouent un rôle prépondérant. La prévalence plus élevée chez les femmes pourrait être contrebalancée par une progression plus rapide de la maladie chez les hommes, potentiellement sous-diagnostiquée chez les femmes.

Bien que l’obésité soit plus fréquente chez les patients atteints d’IRC, son impact semble principalement médiatisé par le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’hypertension. Ces résultats corroborent l’idée que l’obésité exacerbe le risque d’IRC, surtout en présence de comorbidités métaboliques.

Sur une décennie, la prévalence de l’IRC chez les populations à risque a connu une augmentation notable, passant de 18 % à 27 %. Ce phénomène s’explique par le vieillissement de la population, une exposition prolongée aux comorbidités et une charge accrue de maladies chroniques. Si la majorité des patients présentent un risque modéré, la proportion de ceux considérés à très haut risque a augmenté, signalant un diagnostic tardif et renforçant la nécessité d’une détection plus précoce.

Le diabète sucré demeure la cause principale de l’IRC et de l’insuffisance rénale terminale à l’échelle mondiale, affectant jusqu’à 40 % des patients. Malgré les bénéfices avérés d’un dépistage annuel, moins de 40 % des patients diabétiques bénéficient de tests appropriés. De même, l’hypertension artérielle est une comorbidité fréquente de l’IRC, et un dépistage annuel dans cette population s’avère économiquement intéressant. L’inclusion des patients souffrant de maladies cardiovasculaires dans les programmes de dépistage est également justifiée par le lien bidirectionnel fort entre ces affections.

L’étude PREDATORR, menée en Roumanie entre 2012 et 2014, avait rapporté une prévalence de la maladie rénale chronique (MRC) ajustée selon l’âge et le sexe de 6,74 %, légèrement inférieure aux 8,97 % estimés dans la cohorte 2007-2008. Cet écart reflète probablement des différences dans la conception des études, la structure de la population ou les définitions de l’IRC, plutôt qu’un véritable changement dans la charge de morbidité au fil du temps. Par exemple, bien que l’IRC ait été définie comme un débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) inférieur à 60 mL/min/1,73 m² et/ou une albuminurie ≥ 30 mg/g, la plupart des participants ont été inclus dans les catégories de risque KDIGO faible ou modéré (G1-G2/A1), c’est-à-dire qu’ils avaient un DFGe normal ou légèrement diminué sans albuminurie. Cela semble incompatible avec la définition de l’IRC utilisée et suggère que la stratification du risque peut refléter l’ensemble de la population étudiée, et pas seulement celles répondant aux critères de l’IRC, ce qui pourrait prêter à confusion dans l’interprétation de la prévalence rapportée.

Le dépistage ciblé mis en place en 2023 a permis de doubler l’efficacité de la détection de l’IRC, avec un ratio de 4 individus dépistés pour chaque cas identifié, contre 7 dans la population générale. Des stratégies de dépistage basées sur le risque, notamment chez les diabétiques, les personnes atteintes de maladies cardiovasculaires ou les groupes ethniques à haut risque, se sont avérées rentables dans d’autres contextes. L’approche roumaine est conforme aux recommandations actuelles et pourrait s’avérer économiquement avantageuse, compte tenu de la prévalence élevée et du potentiel d’intervention précoce. Cette démarche contraste avec la recommandation du consensus KDIGO de 2024, qui suggère que le dépistage universel pourrait ne pas être rentable dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Les auteurs soulignent plusieurs limites à leur étude. Sa conception transversale empêche d’établir des liens de causalité ou d’évaluer la progression de la maladie. La cohorte de population générale de 2007-2008, issue de la région de Iași, pourrait ne pas être entièrement représentative de l’ensemble de la population roumaine. De plus, le diagnostic d’IRC dans cette cohorte reposait sur des mesures uniques de créatinine et de protéinurie, pouvant surestimer la prévalence, tandis que la cohorte ciblée de 2023 a utilisé des tests répétés pour confirmation, offrant des estimations plus fiables. Par conséquent, l’augmentation apparente de la prévalence de l’IRC doit être interprétée avec prudence. Enfin, les variations dans les méthodes de laboratoire, la sensibilisation des médecins généralistes, les critères diagnostiques et la structure de la population compliquent les comparaisons directes entre les études.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.