Publié le 2025-10-23 12:50:00. Une étude révèle la prévalence de la thyroïdite auto-immune (AITD) chez les patients adultes souffrant de déficits immunitaires primitifs (IEI), soulignant l’importance d’une surveillance thyroïdienne approfondie et personnalisée dans cette population à risque.
- L’AITD a été détectée chez 15,5 % des patients adultes atteints de déficits immunitaires primitifs (IEI) étudiés, un taux significativement plus élevé que dans la population générale.
- Les femmes représentent la majorité des cas d’AITD (71,4 %) dans la cohorte étudiée, confirmant une tendance générale observée dans la population.
- Des défis diagnostiques existent, notamment la variabilité des résultats des auto-anticorps thyroïdiens et l’apport crucial de l’échographie thyroïdienne.
La recherche menée a identifié la thyroïdite auto-immune (AITD) chez 15,5 % des patients adultes atteints de déficits immunitaires primitifs (IEI). Sur les cas diagnostiqués, six présentaient une hyperthyroïdie (HT) et un un syndrome de Carsinome thyroïdien non catégorisé (SN-CAT). Les femmes constituaient la majorité de ces patients (71,4 %). Des maladies auto-immunes extra-thyroïdiennes étaient présentes chez 42,8 % des cas. Tous les patients présentant une AITD étaient euthyroïdiens au moment de l’évaluation, et quatre recevaient un traitement à base de L-thyroxine.
L’analyse immunologique a mis en évidence des taux notablement plus élevés de cellules NK CD16⁺56⁺ chez les patients atteints d’AITD. Cette découverte pourrait éclairer les mécanismes pathogènes de l’auto-immunité thyroïdienne dans le contexte des IEI. Ces troubles auto-immuns de la thyroïde, particulièrement l’hyperthyroïdie, touchent généralement 2 à 5 % de la population générale des pays occidentaux, avec une prévalence variant selon des facteurs tels que la géographie, le statut socio-économique, l’âge et le sexe, affectant plus fréquemment les femmes.
Les maladies auto-immunes thyroïdiennes figurent parmi les manifestations auto-immunes les plus fréquemment rapportées dans les cohortes de patients atteints de déficits immunitaires primitifs, notamment dans des sous-types tels que le déficit immunitaire commun variable (DICV), le syndrome IPEX (immunodysrégulation, polyendocrinopathie, entéropathie, syndrome lié à l’X) et le syndrome hyper-IgM (HIGM). Par exemple, une étude sur 92 adultes atteints de divers sous-types d’IEI a révélé une prévalence de l’AITD de 14 %. Une autre enquête sur des patients atteints de CVID a montré que 29 % d’entre eux souffraient d’auto-immunité, l’AITD étant l’une des affections les plus courantes. De même, une vaste cohorte pédiatrique de 1 036 patients IEI a révélé des caractéristiques auto-immunes ou inflammatoires chez 10 % des individus, l’AITD étant la manifestation la plus souvent signalée (25,3 %).
Dans la cohorte étudiée, composée majoritairement de patients atteints de CVID (90 %), le taux de prévalence de l’AITD s’élevait à 15,5 %. Ce chiffre est nettement supérieur à celui observé dans la population générale et est cohérent avec les données d’études antérieures sur les IEI. Les chercheurs attribuent les variations de prévalence entre les études aux différences dans la répartition par âge des populations étudiées, à la diversité des sous-types d’IEI inclus et aux variations des critères diagnostiques. Cette hétérogénéité souligne l’importance du contexte lors de l’interprétation des résultats et renforce la pertinence de l’AITD en tant que complication non infectieuse fréquente des IEI, particulièrement chez les patients majoritairement atteints de CVID.
La prédominance féminine dans les cas d’AITD observée (71,4 %) concorde avec les données épidémiologiques générales. Cependant, elle contraste avec deux études antérieures menées en Turquie auprès de patients IEI, qui n’avaient pas identifié de disparités significatives liées au sexe. L’une de ces études suggérait que la prédominance masculine au sein de leur cohorte avait pu influencer les résultats. Ces divergences pourraient être dues à des différences méthodologiques ou à la nature hétérogène des IEI, modifiant potentiellement les schémas de susceptibilité sexuelle typiques associés à l’AITD.
Le diagnostic de l’AITD repose généralement sur une combinaison de symptômes cliniques, de marqueurs sérologiques (notamment les anticorps anti-TPO et anti-Tg) et, si disponible, de données histopathologiques. Cependant, dans le contexte des IEI, la fiabilité des tests d’auto-anticorps est limitée. D’une part, des altérations des réponses immunitaires humorales peuvent entraîner des résultats faussement négatifs. D’autre part, chez les patients recevant une immunoglobuline intraveineuse (IVIg), des résultats faussement positifs peuvent survenir par transfert passif d’auto-anticorps thyroïdiens. Dans la cohorte étudiée, bien que tous les patients aient reçu une IVIg, seule une minorité (24,4 %) a montré une séropositivité isolée, suggérant que la séropositivité ne peut être systématiquement attribuée au transfert passif.
Pour pallier ces difficultés, les chercheurs ont appliqué une définition échelonnée de l’AITD, ne considérant pas la séropositivité isolée chez les receveurs d’IVIg comme suffisante pour un diagnostic. Les patients présentant une positivité isolée des anticorps mais des résultats d’échographie et de fonction thyroïdienne normaux ont été classés comme non-AITD. Il est noté que la probabilité d’une AITD cliniquement significative est faible lorsque les résultats de l’échographie thyroïdienne restent normaux. Néanmoins, la positivité isolée des anticorps pourrait représenter un stade précoce de l’auto-immunité, justifiant une surveillance attentive. L’échographie thyroïdienne s’avère ainsi précieuse, capable de détecter des anomalies parenchymateuses caractéristiques, même chez les individus séronégatifs.
Compte tenu des limites des marqueurs sérologiques dans les IEI, l’intégration de modalités d’imagerie et de surveillance de la fonction thyroïdienne offre un cadre de diagnostic plus fiable pour cette population. Les résultats suggèrent que les patients atteints d’IEI nécessitent une évaluation minutieuse et individualisée de l’AITD. L’interprétation prudente des résultats des tests est essentielle, d’autant plus que certains patients ont été diagnostiqués sur la base d’anomalies échographiques malgré des auto-anticorps négatifs, tandis que d’autres ont présenté une séropositivité sans preuve clinique ou échographique. La surveillance longitudinale de la fonction et de la structure thyroïdienne est donc particulièrement pertinente, y compris avant l’apparition de symptômes manifestes.
Les patients atteints d’AITD dans cette cohorte ont montré une fréquence accrue de cellules NK CD16⁺56⁺, cellules impliquées dans la cytotoxicité cellulaire et la production de cytokines pro-inflammatoires. D’autres altérations immunologiques rapportées dans la littérature, telles que l’expansion des cellules T CD8⁺CD45RA⁺ ou des taux élevés d’IgG2, n’ont pas été observées, possiblement en raison de la taille limitée de l’échantillon. Ces observations, particulièrement l’expansion des cellules NK, soutiennent l’idée d’un environnement immunitaire activé et dérégulé, contribuant potentiellement à l’auto-immunité thyroïdienne dans les IEI. Des recherches futures avec des cohortes plus larges et un suivi immunophénotypique longitudinal seront nécessaires pour confirmer ces résultats et élucider les mécanismes sous-jacents.
Cette étude présente plusieurs limites, notamment sa conception rétrospective et monocentrique, qui peuvent restreindre la généralisabilité des résultats. La taille relativement petite de l’échantillon, en particulier pour certains sous-groupes d’IEI, limite la puissance statistique. L’absence de suivi longitudinal a empêché l’évaluation des changements temporels dans la fonction thyroïdienne et les profils d’anticorps. De plus, les analyses génétiques étaient limitées, restreignant la compréhension des corrélations génotype-phénotype.
En termes d’évaluation diagnostique, l’échographie thyroïdienne n’était pas systématiquement disponible pour tous les patients, ce qui a pu affecter la sensibilité de détection. Les réponses humorales altérées dans les IEI et le transfert passif d’anticorps via l’IVIg compliquent également l’interprétation des tests sérologiques. La stratégie de définition de l’AITD appliquée visait à minimiser les erreurs de classification et à améliorer la spécificité diagnostique.
Enfin, le déficit sélectif en IgA a été exclu de l’étude, car il représente un sous-type d’IEI avec des caractéristiques cliniques et une prévalence d’auto-immunité, notamment thyroïdienne, distinctes. Cette exclusion, ainsi que la prise en compte des différences entre les patients recevant et ne recevant pas d’IVIg, visait à réduire la confusion et à assurer une cohérence interne de la population étudiée.
Ces limites contextualiisent l’interprétation des résultats et soulignent l’importance d’une approche clinique rigoureuse : tests systématiques de la fonction thyroïdienne, échographies et interprétation méticuleuse de la sérologie chez les patients IEI, même en l’absence de symptômes évidents. L’évolution souvent subclinique de l’AITD et ses effets systémiques potentiels sur le métabolisme, ainsi que des impacts cognitifs et comportementaux, justifient cette vigilance accrue dans la prise en charge à long terme de ces patients.