Munich, Allemagne – Le chancelier allemand Friedrich Merz a révélé l’ouverture de discussions secrètes avec la France concernant une dissuasion nucléaire européenne, un signal fort de la volonté accrue des nations européennes d’affirmer leur autonomie stratégique face à un contexte international incertain et à des doutes sur l’engagement américain.
- L’Allemagne et la France explorent une coopération renforcée en matière de dissuasion nucléaire.
- Les dirigeants européens appellent à un renforcement de la confiance transatlantique et critiquent les politiques isolationnistes.
- Les tensions autour du Groenland et les divergences sur les questions de défense et de commerce fragilisent les liens entre l’Europe et les États-Unis.
Dans un discours prononcé lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, Friedrich Merz a insisté sur la nécessité pour l’Europe de renforcer ses propres capacités de défense et de rééquilibrer ses relations avec les États-Unis. Il a souligné que l’Europe ne pouvait plus se reposer uniquement sur la protection américaine, en particulier dans un contexte où l’ordre mondial établi semble s’effondrer.
« J’ai entamé des discussions confidentielles avec le président français sur la dissuasion nucléaire européenne. Nous, Allemands, respectons nos obligations légales. Nous considérons que cela est strictement intégré à notre partage nucléaire au sein de l’OTAN. Et nous ne permettrons pas l’émergence de zones de sécurité différentes en Europe. »
Friedrich Merz, chancelier allemand
Cette initiative intervient alors qu’Emmanuel Macron doit s’exprimer prochainement sur la dissuasion nucléaire. Les détails de ces discussions restent confidentiels, compte tenu de la sensibilité de la question et de la prérogative présidentielle en matière de politique nucléaire. L’Allemagne, bien qu’empêchée par les accords internationaux de développer ses propres armes nucléaires, pourrait chercher à renforcer sa participation au dispositif de dissuasion nucléaire de l’OTAN, tandis que la France, seule puissance nucléaire de l’Union européenne depuis le Brexit, dispose du quatrième plus grand arsenal nucléaire au monde.
Le discours de M. Merz a fait écho aux préoccupations croissantes exprimées par les dirigeants européens quant à la fiabilité de l’engagement américain, notamment après les critiques formulées par l’administration Trump et les récentes déclarations de certains responsables américains. Il a appelé Washington à « réparer et raviver la confiance » dans une nouvelle ère de rivalité entre grandes puissances.
« À l’ère de la rivalité des grandes puissances, même les États-Unis ne seront pas assez puissants pour faire cavalier seul. Chers amis, faire partie de l’OTAN n’est pas seulement « l’avantage compétitif de l’Europe. C’est aussi l’avantage compétitif des États-Unis ».
Friedrich Merz, chancelier allemand
Le secrétaire d’État américain Marco Rubio a également reconnu que les relations transatlantiques traversaient une période critique, tout en adoptant un ton plus conciliant que celui de son homologue JD Vance l’année précédente, qui avait ouvertement critiqué les alliés européens. Selon RTE, Rubio a souligné l’importance de maintenir des liens étroits entre les États-Unis et l’Europe, reconnaissant que leurs destins sont inextricablement liés.
Les tensions se sont également manifestées autour de la question du Groenland. Les tentatives de l’administration Trump d’acquérir ce territoire danois semi-autonome ont provoqué une crise diplomatique au sein de l’OTAN. Des pourparlers ont été lancés fin janvier pour tenter de résoudre ce différend. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a déclaré avoir eu une réunion « constructive » avec son homologue groenlandais et Marco Rubio lors de la conférence de Munich, soulignant que les négociations se poursuivraient dans le cadre d’un groupe de travail de haut niveau.
Les sondages d’opinion révèlent une baisse de la confiance des Européens envers les États-Unis, avec une préférence pour Washington qui a atteint son plus bas niveau depuis 2016. Cette évolution reflète les inquiétudes croissantes concernant la politique étrangère américaine et son impact sur la sécurité européenne.


