Une nouvelle élue du Congrès, Adelita Grijalva, se retrouve dans une situation inédite : malgré sa victoire à une élection spéciale et son arrivée à Washington, elle ne peut toujours pas prêter serment et débuter officiellement son mandat, un blocage qu’elle attribue à des considérations politiques controversées.
Adelita Grijalva, fraîchement élue démocrate pour représenter le sud de l’Arizona, avait fait le déplacement jusqu’à Washington D.C. en début de semaine avec une attente claire : prêter serment devant le Président de la Chambre des représentants, Mike Johnson. Cependant, deux jours plus tard, elle est repartie vers son district, l’Arizona, le sentiment du devoir inachevé, voire d’une certaine perplexité. Aucune cérémonie officielle n’a été organisée, l’empêchant ainsi d’endosser ses nouvelles fonctions, qu’elle a pourtant remportées haut la main lors d’une élection spéciale succédant au décès de son père, Raúl M. Grijalva.
Placée dans une sorte de purgatoire politique, Adelita Grijalva a dû se contenter d’être guidée à travers le Capitole par ses futurs collègues, une expérience similaire à celle d’un visiteur. Son nom figure sur la porte de son bureau, mais les clés lui font défaut. « Je veux travailler et je ne peux pas », a-t-elle confié, visiblement frustrée.
La nouvelle représentante soupçonne la raison de ce retard inhabituel dans l’administration de son serment. Au-delà de son engagement sur des sujets comme l’environnement et l’éducation publique, Adelita Grijalva compte apposer sa signature sur une pétition visant à obliger un vote sur la publication des documents liés à Jeffrey Epstein. Ce dossier, impliquant un homme accusé de trafic sexuel, est un point de friction majeur pour le Président de la Chambre et Donald Trump, tous deux opposés à cette divulgation. « Je ne vois pas d’autre explication. Ce n’est pas comme si j’étais nécessaire pour former la majorité », a-t-elle précisé.
La question des documents Epstein représente une épine persistante pour le Président et ses soutiens au Congrès. Bien que Trump ait qualifié cette démarche de « canular démocrate », un nombre restreint de Républicains dissidents se sont joints aux Démocrates de la Chambre pour soutenir cette manœuvre législative, connue sous le nom de « discharge petition » (pétition de décharge). Pour réussir, elle nécessite 218 signatures, et Grijalva serait la 218ème. Ce mécanisme est une rare occasion où des membres du Congrès défient la ligne de leur parti, d’autant plus que la plupart des Républicains ont jusqu’ici accordé à Trump ce qu’il souhaitait.
Cependant, même si la pétition obtenait gain de cause à la Chambre, son avenir reste incertain. Les dirigeants Républicains du Sénat ont montré peu d’intérêt, et il est peu probable que Donald Trump approuve une telle loi.
Une autre complication, tant pour la pétition que pour le début de mandat de Grijalva, réside dans le fait que la Chambre a été en congé durant une partie de la semaine. Mike Johnson avait en effet annulé des jours de session prévus le mois précédent, dans le but de faire pression sur les Sénateurs Démocrates pour qu’ils votent une loi de financement du gouvernement. Ironiquement, malgré cette absence, la Chambre a tenu une courte session procédurale de trois minutes et demie mardi. Adelita Grijalva était présente, espérant un geste de Mike Johnson, qui avait pourtant prêté serment à deux autres Républicains élus lors d’élections spéciales plus tôt dans l’année. « Cela n’a aucun sens que je ne prête pas serment au même rythme qu’eux », a-t-elle déclaré. « Ce sont les électeurs qui sont pénalisés, car ils ont besoin d’un Congrès qui travaille pour eux. »
Un porte-parole de Mike Johnson a fait référence à des déclarations antérieures indiquant que Grijalva prêterait serment à la reprise des sessions, mais a conditionné cela à la réouverture du gouvernement. « La Chambre reprendra ses travaux dès que Chuck Schumer nous permettra de rouvrir le gouvernement », a affirmé Johnson, désignant le chef de file des Démocrates au Sénat comme responsable du blocage budgétaire.
Adelita Grijalva et sa famille avaient prévu de revenir à Washington le mardi suivant, dans l’espoir que la Chambre soit de retour au travail. Or, vendredi après-midi, Mike Johnson a annoncé une nouvelle semaine de congé. « Je dois maintenant tout réorganiser, bouleverser tous les plans de voyage que j’avais faits pour tout le monde », a-t-elle regretté. « C’est vraiment frustrant. »