Un ancien ermite, fondateur du monastère de Beerenberg, dont les restes ont été retrouvés en 2009, va finalement trouver le repos éternel dans l’église Saint-Laurent de Wülflingen, lors d’une cérémonie le 2 novembre.
Le moine franciscain Heinrich von Linz, venu d’Autriche pour fonder le monastère de Beerenberg près de Winterthour vers 1358, s’apprête à être inhumé une seconde fois. Après sa mort, il avait été enterré dans le cloître du monastère, fondation qui connut un essor rapide grâce à sa spiritualité influencée par le mysticisme. Sa dépouille, découverte lors de fouilles archéologiques en 2009-2010, sera désormais transférée dans l’église Saint-Laurent de Wülflingen pour une sépulture digne.
Heinrich von Linz, dont on sait peu de choses, aurait quitté la Haute-Autriche pour s’établir comme ermite à Beerenberg. Les chroniques suisses du début du XVIe siècle, notamment celle d’Heinrich Brennwald, chanoine d’Embrach, témoignent de la haute estime dont jouissait le fondateur. Brennwald rapporte que des miracles et des signes divins s’accomplissaient à travers lui. Plus tard, un journaliste zurichois décrira le prêtre comme quelqu’un ayant séduit le monde par des miracles, des prophéties et des apparitions, une interprétation plus sobre de la vénération dont il faisait l’objet.
Le monastère de Beerenberg, mentionné pour la première fois en 1358, connut un développement structurel et économique notable sous le priorat de Heinrich von Linz, qui semble être décédé peu après 1369. Le monastère fut sécularisé en 1527 et servit ensuite de carrière, ne laissant aujourd’hui que des vestiges.
Bien que les récits anciens puissent sembler légendaires, des réévaluations des fouilles menées en 1970-1972 et des investigations ultérieures en 2009-2010 ont éclairé l’histoire de la fondation. La découverte d’une tombe spacieuse dans le cloître, située sur le trajet du clergé et propice à la prière, pourrait bien correspondre à l’emplacement de la sépulture du prieur Heinrich, tel que décrit par Brennwald.
L’origine de la venue de Heinrich von Linz à Beerenberg pourrait s’expliquer par le contexte politique de l’époque. Dès le début du XIVe siècle, un ermitage existait à Beerenberg, édifié sur des terres appartenant aux Habsbourg avec l’accord des ducs d’Autriche. Heinrich von Linz bénéficia d’ailleurs du soutien des Habsbourg ; en 1364, l’archiduc Rodolphe fit don de terres et de forêts à la communauté naissante. Un proche allié des Habsbourg, Hermann von Landenberg-Greifensee, aurait pu jouer un rôle en orientant les Franciscains de Linz vers l’ermitage de Beerenberg, alors peut-être désaffecté.
Avec la disparition du couvent, la tombe de celui qui était qualifié de « ami de Dieu » dans un manuscrit médiéval fut également oubliée. Ce n’est qu’à travers les investigations archéologiques que ces liens ont pu être redécouverts.
Aujourd’hui, les restes du squelette de l’ermite, conservés au dépôt archéologique cantonal de Dübendorf, vont retrouver un lieu de repos digne. Hans Hollenstein, ancien conseiller d’État et président de la paroisse catholique romaine de Winterthour, a pris l’initiative, en accord avec le département d’archéologie, de proposer une nouvelle sépulture dans l’église inférieure Saint-Laurent à Winterthour-Wülflingen.
La bénédiction de cette nouvelle tombe aura lieu lors de la messe de la Toussaint, le dimanche 2 novembre à 9h30 en l’église Saint-Laurent de Winterthur-Wülflingen. Ce lieu commémoratif, à proximité de l’ancien monastère, invitera à se souvenir d’un homme hors du commun, possiblement miraculeux.