Le colonel Michaël Randrianirina, au pouvoir à Madagascar depuis octobre 2025, marque son orientation diplomatique en privilégiant Moscou pour sa première visite officielle, un choix qui témoigne d’un rapprochement croissant entre Antananarivo et la Russie, au détriment de l’influence traditionnelle de la France.
Cette semaine, le chef de la junte malgache doit rencontrer Vladimir Poutine, après avoir accepté l’invitation du Kremlin. Arrivé à Moscou à bord d’un avion affrété par la Russie, le colonel Randrianirina affiche une volonté de « multilatéralisme » et de coopération avec tous les États susceptibles de bénéficier au peuple malgache.
La visite intervient dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues, où Madagascar est perçu comme un territoire stratégique riche en ressources, mais fragilisé par la pauvreté. Si la Chine est déjà bien implantée dans les secteurs des infrastructures, des mines et de l’énergie, l’Inde suit également de près l’évolution de la situation dans l’océan Indien, considérant Madagascar comme un point d’ancrage stratégique.
Le rapprochement russo-malgache s’est concrétisé le 9 janvier dernier avec la décoration de l’ambassadeur de la Fédération de Russie, Andrey Andreev Vladimirovich, par l’Ordre national malgache. En poste à Antananarivo depuis fin 2020, le diplomate russe a été l’un des premiers à être reçu par le colonel Randrianirina après sa prise de fonction, le 21 octobre.
Ce recentrage diplomatique s’accompagne d’une coopération militaire renforcée. Une dizaine de jours avant la fin de l’année 2025, un avion russe a atterri à l’aéroport international d’Ivato, transportant une quarantaine de ressortissants russes et du matériel militaire, notamment des drones, des armes d’assaut et des kalachnikovs de dernière génération.
L’annonce de cette livraison d’armement a été faite par le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasolonaiko, un fervent partisan de la Russie. Il s’est rendu à Moscou en novembre 2025, où il a plaidé pour un soutien concret à Madagascar dans des secteurs clés tels que l’eau, l’électricité et la gouvernance.
La Russie a également renforcé sa présence dans le domaine de l’information, avec la première interview du colonel Randrianirina à un média étranger accordée à la chaîne RT (Russia Today), au lieu de médias occidentaux comme RFI ou France 24. De plus, les autorités malgaches participent activement aux événements organisés par Moscou, comme la conférence ministérielle du Forum Russie-Afrique au Caire en décembre.
Certains analystes voient dans cette politique étrangère une volonté de renouer avec la diplomatie tous azimuts de l’amiral Didier Ratsiraka, qui avait tissé des liens étroits avec l’URSS dans les années 1970 et 1980. Bien que l’influence française soit en déclin, le chef de l’État malgache a nuancé cette observation sur RT Suisse :
« La France n’a pas droit de se soucier. (…) Dès que le partenariat est gagnant-gagnant et profite au peuple malgache, nous sommes toujours prêts. »
Colonel Michaël Randrianirina
Par ailleurs, la Russie soutient ouvertement les revendications de Madagascar sur les îles Éparses et celles des Comores sur Mayotte, et a annoncé l’ouverture prochaine d’une ambassade à Moroni. Enfin, la « Maison de Russie » à Antananarivo, un centre culturel et éducatif, renforce le soft power russe et vise à former les élites malgaches. L’avenir pourrait voir Madagascar devenir un partenaire des BRICS.