Publié le 12 février 2024 23:21:00. Elon Musk ambitionne de bâtir une ville sur la Lune, non pas pour y établir une colonie humaine, mais pour y installer des centres de données massifs dédiés à l’intelligence artificielle, une stratégie audacieuse qui marque un tournant dans ses projets spatiaux.
- Elon Musk propose la construction d’une base lunaire équipée de « conducteurs de masse » pour le lancement de satellites d’IA.
- Cette initiative fait suite à une fusion entre xAI et SpaceX, valorisée à environ 180 milliards de dollars (132 milliards d’euros).
- Ce changement de cap intervient après un recentrage stratégique, l’objectif initial de colonisation de Mars étant désormais relégué au second plan.
Elon Musk, à la tête de xAI, a dévoilé un projet futuriste visant à exploiter l’énergie solaire lunaire pour alimenter des modèles d’intelligence artificielle d’une ampleur inédite. Cette vision s’inscrit dans le cadre d’une réorganisation majeure de ses activités liées à l’IA, consolidées par la récente fusion de xAI avec SpaceX. L’opération, estimée à 180 milliards de dollars (132 milliards d’euros), témoigne d’une nouvelle orientation stratégique pour l’entrepreneur.
Selon une analyse publiée par TechCrunch, ce virage représente un changement de paradigme pour Musk, qui semble rechercher une nouvelle ambition de grande envergure après avoir discrètement abandonné son projet de colonisation martienne. L’objectif serait de capter « peut-être même un petit pourcentage de l’énergie du Soleil » pour entraîner et faire fonctionner des modèles d’IA à une échelle sans précédent. Un concept difficilement imaginable pour les habitants de Huánuco, au Pérou, en ce milieu d’année 2024.
« Rejoignez xAI si l’idée de conducteurs de masse sur la Lune vous séduit », a déclaré Elon Musk, adoptant une approche de recrutement pour le moins originale. Cette annonce intervient après le départ de plusieurs cadres supérieurs de xAI, alors que l’entreprise s’efforce de développer l’Intelligence Générale Artificielle (IGA). La construction de centres de données d’IA en orbite terrestre, puis sur la Lune, apparaît comme la principale synergie découlant de la fusion avec SpaceX. Musk ne se contente pas de térawatts d’énergie par an ; il vise une consommation massive. Les « conducteurs de masse », des trains lunaires à sustentation magnétique, seraient essentiels pour lancer ces satellites d’IA dans l’espace lointain, un projet nécessitant un investissement initial de plusieurs milliards de dollars (plusieurs milliards d’euros) pour les seules infrastructures de base.
Ce recentrage sur la Lune, au détriment de Mars, ne passe pas inaperçu. La diapositive présentant la base lunaire est apparue en fin de présentation xAI, un emplacement traditionnellement réservé lors des événements SpaceX aux visions de fusées atterrissant sur Mars et à l’humanité multiplanétaire. Il est frappant de constater que cette nouvelle ambition lunaire émerge peu après que SpaceX ait publiquement pris ses distances avec son objectif à long terme de coloniser Mars, un projet qu’elle poursuivait depuis 2015.
Musk semble désormais s’inspirer de l’échelle de Kardashev, une mesure théorique des civilisations galactiques proposée dans les années 1960 par l’astronome soviétique Nikolaï Kardachev. Cette échelle classe les civilisations en fonction de leur capacité à exploiter l’énergie : de l’utilisation de toutes les ressources de leur planète (Type I) à la capture de l’énergie de leur étoile (Type II). Avec une base lunaire, Musk estime que son entreprise pourrait « exploiter peut-être même un petit pourcentage de l’énergie du Soleil », une quantité colossale, de l’ordre de 1016 watts, pour alimenter ses modèles d’IA. « Il est difficile d’imaginer ce que penserait une intelligence de cette envergure », a-t-il confié à son équipe, « mais ce sera incroyablement excitant de voir cela se produire. »
Pendant neuf ans, la vision de Mars a servi d’outil de recrutement efficace pour SpaceX. Des T-shirts arborant le slogan « Occupy Mars » se sont vendus par millions, symbolisant les aspirations de l’entreprise. Cependant, la réalité de la mission martienne s’est avérée plus complexe. Les projets lancés en 2016 pour adapter le vaisseau spatial Dragon en tant qu’atterrisseur sur Mars ont été abandonnés en 2017 en raison de coûts techniques prohibitifs. Le véhicule Starship, initialement conçu en 2016 pour la colonisation martienne, a vu ses capacités réorientées vers des tâches plus rentables, telles que le lancement de satellites pour le réseau Starlink, qui compte déjà plus de 6 000 unités en orbite, et l’exécution de contrats avec la NASA d’une valeur de 4 milliards de dollars (3,7 milliards d’euros) pour ramener des astronautes sur la Lune.
La construction de centres de données d’IA en orbite terrestre pourrait s’avérer financièrement viable dès les années 2030, à condition que les prévisions d’une demande croissante et des coûts élevés du traitement des données au sol se confirment, avec un investissement initial estimé à plusieurs dizaines de milliards de dollars (plusieurs dizaines de milliards d’euros). Cependant, l’idée de construire des satellites et des ordinateurs massifs sur la Lune dépend de la concrétisation de nombreux autres projets ambitieux de Musk. Créer une ville lunaire autosuffisante pour fabriquer des tonnes d’ordinateurs avancés implique un univers où l’accès à l’espace serait considérablement moins cher (peut-être 100 fois moins qu’aujourd’hui, soit environ 1 000 dollars par kilogramme en orbite basse), où il serait possible d’obtenir des matières premières et de résoudre des défis tels que les radiations extrêmes et la poussière lunaire, des conditions caractérisées par une différence de température de plus de 100 degrés Celsius entre le jour et la nuit.
Le « fléchissement » de la mission martienne est devenu évident lors de la mise à jour de Starship en mai 2023, où la présentation s’est conclue par la vision (maintenant abandonnée) de robots Tesla Optimus, pesant environ 60 kilogrammes chacun, se déplaçant sur la planète rouge. La base lunaire, dans un certain sens, est le nouveau « objectif à long terme ». Si les investisseurs particuliers, attirés par les mèmes, adhèrent à cet argument, les actions de SpaceX pourraient connaître le même succès que celles de Tesla. Bien que ce changement puisse surprendre les ingénieurs en IA et en aérospatiale, cette vision offre un récit puissant pour xAI, au-delà d’un simple modèle de langage controversé. Comme l’a souligné l’un des dirigeants ayant quitté l’entreprise, « tous les laboratoires d’IA construisent exactement la même chose, et c’est ennuyeux ».
Ce projet lunaire ambitieux permettra-t-il à Musk de rester à l’avant-garde de l’innovation et d’attirer les talents au cours de la prochaine décennie ? Produire à grande échelle un supercalculateur à l’échelle du système solaire sur la Lune est un défi colossal, voire « fou », selon certains, mais il est certain que ce n’est pas « le même vieux » ni « ennuyeux ». Ce plan, qui pourrait prendre 15 à 20 ans pour se concrétiser, vise non seulement à résoudre la pénurie d’énergie pour l’IA, mais aussi à redéfinir l’objectif de l’exploration et de la colonisation spatiales. La question cruciale est de savoir si la communauté scientifique, les investisseurs et le grand public, y compris dans des endroits comme Huánuco, suivront le rythme de cette vision audacieuse, et si Musk parviendra à réunir les 50 milliards de dollars supplémentaires (46 milliards d’euros) estimés nécessaires pour faire des premiers pas de cette utopie lunaire une réalité.
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