Une nouvelle avancée majeure dans le domaine des prothèses bioniques a eu lieu à Nantes : une quatrième patiente amputée d’un bras a bénéficié d’une intervention chirurgicale innovante fin janvier 2026. Cette opération, pionnière en France, ouvre la voie à l’utilisation de prothèses contrôlées par la pensée.
L’intervention, réalisée par le docteur Edward de Keating Hart à la clinique Jules Verne, consiste en une réinnervation musculaire ciblée (RMT). Cette technique essentielle permet de préparer le patient à l’utilisation d’une prothèse bionique capable de répondre directement aux signaux envoyés par le cerveau.
« La chirurgie RMT consiste à récupérer les nerfs qui contrôlaient autrefois la main et l’avant-bras du patient amputé, puis à les réactiver en les greffant sur des muscles. Ces muscles, stimulés par les signaux cérébraux via une électrode, pourront ensuite actionner la prothèse, permettant par exemple d’ouvrir, de fermer ou de tourner le bras », explique le docteur de Keating Hart.
Le centre nantais se distingue comme un pôle d’excellence unique en France dans ce domaine. Le docteur de Keating Hart a introduit cette technique, développée aux États-Unis, en France en 2018. Depuis, seulement trois opérations de ce type avaient été réalisées jusqu’à présent. L’importance de cette expertise a été soulignée par la présence d’une équipe médicale du CHU de Grenoble, venue se former à la RMT lors de cette quatrième intervention.
« Le centre bionique de Nantes est le centre névralgique en France, car il n’y a pas d’autres endroits. Il restera un centre où on pousse la recherche et les études cliniques », a précisé le chirurgien. « Travailler avec une équipe passionnée par les prothèses bioniques du membre supérieur nous permet de repousser les limites de la recherche. »
Jusqu’à récemment, le coût élevé de ces prothèses – entre 150 000 et 200 000 euros (sans compter l’intervention chirurgicale) – constituait un frein majeur à leur accès. Cependant, une évolution positive est à noter : l’Assurance-maladie prend désormais en charge l’intégralité du coût pour les patientes et patients éligibles. Cette décision devrait permettre d’augmenter le nombre d’interventions, avec une nouvelle patiente déjà programmée dans les six à huit prochains mois.
« On opérait un patient tous les deux ans, et on va commencer à en opérer deux par an. On sent que ce verrou financier, qui a été levé, permet de donner envie à des patients de se lancer dans cette aventure », a déclaré le docteur de Keating Hart.
Au-delà de la restauration de la fonction motrice, cette chirurgie offre également une solution pour soulager les douleurs de membre fantôme, fréquentes chez les personnes amputées. « Il ne s’agit pas seulement de patients qui recherchent une prothèse contrôlée par la pensée. Ce sont aussi des patients qui ont échoué aux traitements médicaux classiques pour ces douleurs », a précisé le docteur de Keating Hart. « Cette chirurgie est un excellent traitement de la douleur neuropathique, qui est extrêmement désagréable et handicapante. »