Kabul, Afghanistan – Le film « No Good Men » de Shahrbanoo Sadat, à la fois réalisatrice, scénariste et actrice principale, offre un portrait poignant des femmes afghanes en 2021, au moment où le retrait des troupes américaines les expose à la menace grandissante des talibans. Une œuvre urgente qui dépeint la précarité des droits des femmes dans un contexte politique en pleine mutation.
Shahrbanoo Sadat incarne Naru, une femme séparée de son mari violent et seule responsable de leur fils, tout en étant la principale source de revenus du foyer. Caméraman à une chaîne de télévision de Kaboul, elle évolue dans un cercle d’amies aux idées progressistes – l’une d’entre elles lui offre même un vibromasseur. Naru est affectée à des émissions légères et mièvres, des programmes de type « courriers des lecteurs » où les femmes sont condescendantement conseillées par des hommes sexistes.
Elle aspire à couvrir de véritables sujets d’actualité et voit une opportunité se présenter lorsqu’un caméraman est indisponible pour un entretien important avec un chef taliban. Quodrat (Anwar Hashimi), l’interviewer, se montre initialement froid et misogyne envers cette nouvelle collaboratrice. L’inévitable se produit : le chef taliban interrompt l’entretien, estimant que Naru ne se couvre pas suffisamment, et ordonne à Quodrat de la laisser sur le bord de la route, la chargeant de réaliser des interviews banales sur la Saint-Valentin.
Cette humiliation apparente se révèle être un tournant. Naru réussit à créer un climat de confiance avec les femmes qu’elle interroge, qui se confient sur les violences conjugales d’une manière qu’elles n’auraient jamais osée avec un homme. Impressionnés par ses résultats, ses supérieurs lui confient un rôle clé dans l’enquête sur un viol. Quodrat, quant à lui, semble opérer une transformation radicale, passant d’une attitude méprisante à une admiration sincère pour les compétences professionnelles de Naru, une admiration qui dépasse le cadre professionnel.
Cette romance naissante est mise à l’épreuve alors que les droits de Naru sont menacés par les talibans et par la vengeance de son mari, alors que Kaboul tombe aux mains des fondamentalistes. Cette catastrophe politique affecte les femmes bien plus que les hommes. Le film aborde avec finesse et pertinence des thèmes complexes, faisant écho à « À cinq heures de l’après-midi » (2003) de Samira Makhmalbaf, qui dépeignait la situation des femmes sous le régime taliban avant l’intervention des troupes américaines lors de la « guerre contre le terrorisme » lancée par les administrations Bush et Cheney.
« No Good Men » se distingue par son approche contemporaine et offre un éclairage sur l’Afghanistan qui va au-delà des reportages habituels. Le film se conclut d’ailleurs sur une scène finale évoquant le célèbre film « Casablanca », bien que la volte-face du personnage de Quodrat puisse paraître un peu abrupte.