Publié le 2024-12-07 00:00:00. Alors que le retrait des Casques bleus irlandais du sud du Liban est prévu pour 2025, une vive inquiétude monte parmi les populations locales, qui craignent une recrudescence des agressions israéliennes et une aggravation de l’instabilité régionale.
- Les maires des villages de la zone d’opération irlandaise expriment une peur généralisée d’une intensification des actions militaires israéliennes après le départ de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).
- La population locale voit les soldats irlandais, présents depuis 1978, comme faisant partie intégrante de leur communauté et redoute l’absence de « témoins » en cas de nouvelles violences.
- Le retrait de la FINUL, soutenu par le Conseil de sécurité de l’ONU sous pression américaine et israélienne, est perçu par certains comme le prélude à une nouvelle guerre.
Le lieutenant-colonel Edward McDonagh, à la tête du bataillon irlandais de la FINUL, a rapporté que les élus locaux lui ont fait part d’une préoccupation unanime : le départ des forces de maintien de la paix pourrait enhardir le mouvement des Forces de défense israéliennes. Ces craintes s’appuient sur des violations quotidiennes du cessez-le-feu déjà observées, ainsi que sur la dévastation constatée dans la bande de Gaza, qui nourrit la peur d’opérations israéliennes similaires au Liban.
Khalil El Debek, maire de Kounine, une localité située dans le secteur sous responsabilité irlandaise, ne mâche pas ses mots : « Il n’y aura pas de paix » après le départ des troupes irlandaises. Il souligne le lien fort tissé entre sa population et les soldats irlandais, présents au Liban depuis 1978. « Les gens sont tristes et n’accepteront pas le retrait », a-t-il insisté, ajoutant que cette inquiétude concernait l’ensemble de la FINUL.
Des drapeaux du Hezbollah et des affiches de combattants tombés ornent désormais les rues de Kounine, témoignant de la situation tendue. La ville, qui a subi des attaques aériennes israéliennes, notamment contre une mosquée et des habitations familiales, attend encore le retour d’environ 150 familles déplacées. Le retrait, approuvé en novembre par le Conseil de sécurité de l’ONU, met fin à une mission qui impliquait jusqu’à récemment 10 000 soldats, dont 333 Irlandais, contribuant ainsi à la présence militaire la plus importante de l’Irlande à l’étranger.
La perspective de ce retrait suscite également de vives appréhensions sur le plan économique. De nombreuses entreprises et commerces locaux dépendent de la présence de la FINUL, notamment une série de boutiques tenues par des commerçants informels surnommés « mingy men » par les soldats irlandais. Ali Mohammad Dikik, propriétaire d’une de ces échoppes, exprime sa déception : « Nous avons grandi avec les Irlandais depuis 1978 et soudain, ils se retirent. » Il se souvient de gestes de solidarité, comme des dons de sang, et redoute l’absence de témoins : « Il n’y aura pas de témoins et nos voisins pourront faire ce qu’ils veulent sans témoins. » M. Dikik, qui vend divers articles aux soldats depuis les années 1980, a même suivi une partie des troupes lors de leur redéploiement temporaire en Afrique de l’Ouest en 2008. Il envisage avec une pointe d’incertitude un possible déménagement de son activité en Irlande, tout en considérant cela comme un honneur.
Les tensions restent palpables. Récemment, des frappes de drones israéliens ont visé des engins de chantier dans la zone irlandaise, une manœuvre interprétée comme une tentative d’empêcher la reconstruction et de créer une zone tampon à la frontière nord d’Israël. Même la présence de Casques bleus protégeant les ouvriers n’a pas suffi à dissuader ces attaques, comme en témoigne un incident où des grenades assourdissantes ont été larguées à proximité de troupes irlandaises. La visite récente du chef d’état-major des forces de défense irlandaises, le lieutenant-général Rossa Mulcahy, sur la base irlandaise a également été marquée par le survol d’un drone de surveillance israélien.