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Nouvel Âge | La surabondance de diplômés révèle les failles des politiques d’éducation et de compétences

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Publié le 2025-11-08 14:54:00. Au Bangladesh, la multiplication des universités et des programmes de formation, censée stimuler l’emploi des jeunes, se révèle contre-productive. Une politique axée sur la quantité a négligé la qualité, entraînant un chômage croissant des diplômés et un échec des programmes de développement des compétences.

Alors que le gouvernement bangladais a massivement investi dans l’enseignement supérieur et la formation professionnelle ces dix dernières années, les résultats sont décevants. L’objectif de former un grand nombre de diplômés et de jeunes qualifiés pour le marché du travail semble loin d’être atteint. Au contraire, le pays est confronté à une augmentation alarmante du chômage chez les diplômés, qui atteint désormais 13,5 %, un niveau historiquement élevé et plus que doublé en huit ans selon l’Enquête sur la population active de 2024. La priorité donnée à l’augmentation des effectifs d’étudiants a relégué la qualité de l’enseignement et de la formation au second plan, voire à une absence totale de prise en compte.

Les universités, publiques comme privées, peinent à fournir les compétences recherchées par les employeurs. La plupart des diplômés échouent aux examens de recrutement, faute de qualifications adéquates. Parallèlement, les programmes de formation professionnelle, souvent d’une durée inférieure à trois mois, se sont avérés insuffisants pour développer les compétences nécessaires. De nombreuses inscriptions à ces programmes, notamment ceux subventionnés par l’État, s’expliquent davantage par les allocations perçues que par une réelle volonté de se former. La multiplication des établissements universitaires est frappante : leur nombre est passé de 82 à 172 en quinze ans, avec une forte augmentation des universités privées (de 56 en 2010 à 116 en 2025) contre une hausse plus modérée des universités publiques (de 36 en 2010 à 56 en 2025). Chaque année, l’ensemble de ces institutions forme environ 750 000 diplômés, dont une grande partie peine à trouver un emploi.

Les experts pointent du doigt la gestion des universités privées, souvent perçues comme des entreprises visant à délivrer des diplômes plutôt qu’à dispenser un enseignement de qualité. Les autorités de régulation sont jugées laxistes face à ces pratiques qui exploitent la jeunesse. Les programmes de développement des compétences, financés par des prêts étrangers (environ 1 milliard de dollars entre 2010 et 2021), font également l’objet de doutes quant à leur efficacité. Un programme récent, le « Programme pour la compétitivité et l’innovation industrielles », lancé en 2023, bénéficie de prêts de la Banque asiatique de développement (300 millions de dollars) et de l’État bangladais (75 millions de dollars), avec une échéance prévue pour juin 2029.

Face à cette situation, il est impératif que le gouvernement revoie sa politique en matière d’enseignement supérieur. Privilégier un nombre limité de diplômés, mais mieux formés et donc plus employables, pourrait s’avérer plus judicieux qu’une production de masse de diplômés peu qualifiés. Pour l’heure, l’urgence est à l’amélioration qualitative de l’enseignement supérieur et à la réévaluation des programmes de formation professionnelle, en assurant une gestion rigoureuse des établissements.

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