Montréal innove dans la lutte contre le cancer de la prostate. Grâce à une nouvelle stratégie combinant imagerie de pointe et radiothérapie ciblée, le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) promet une détection plus fine et un traitement plus efficace de cette maladie. Les premiers résultats sont si encourageants que l’établissement adapte déjà ses pratiques cliniques.
Au cœur de cette avancée se trouve la TEP-PSMA (tomographie par émission de positrons ciblant l’antigène membranaire prostatique spécifique). Cette technique d’imagerie sophistiquée permet de repérer des protéines anormales à la surface des cellules cancéreuses, offrant ainsi une vision d’ensemble inédite de la maladie, y compris les micro-métastases les plus discrètes.
« C’est une combinaison de deux choses qui sont arrivées à peu près en même temps, c’est-à-dire la nouvelle imagerie beaucoup plus performante et les techniques de radiothérapie qui sont plus précises, a indiqué la docteure Cynthia Ménard, cheffe du département de radio-oncologie du CHUM. Donc oui, ça vient vraiment changer la donne. »
Cette approche révolutionnaire permet de guider et d’intensifier la radiothérapie avec une précision inégalée. Les données préliminaires, issues d’un essai clinique de phase III en cours, sont particulièrement prometteuses. Après un suivi moyen de 37 mois, les patients traités selon cette nouvelle méthode ont vu leur taux de rechute divisé par deux par rapport au traitement standard. Un élément crucial : cette amélioration de la survie sans échec ne s’accompagne pas d’une augmentation des effets secondaires ni d’une altération de la qualité de vie des patients.
Le docteur Collin Beliveau, médecin résident en radio-oncologie et premier auteur de l’étude, a souligné l’importance de cette technologie pour localiser avec précision le cancer et ses extensions potentielles. « C’est une avancée significative de pouvoir repousser la récidive dans le futur en guidant mieux, en personnalisant les traitements de radiothérapie avec une imagerie nouvelle, plus précise », a-t-il expliqué.
Au-delà de l’amélioration du traitement des cancers connus, la TEP-PSMA révèle des lésions qui auraient pu passer inaperçues avec les méthodes conventionnelles. « Quand on a essayé de trouver quel pourcentage de patients chez qui on trouve des lésions carrément en dehors du champ qu’on aurait traité si on n’avait pas eu l’information, c’est au-delà de 30 % », a précisé la docteure Ménard. Cela signifie qu’un nombre non négligeable de patients auraient pu recevoir un traitement moins adapté, voire insuffisant, sans cette imagerie.
Les conclusions de la phase II de cet essai clinique, récemment publiées dans le journal médical JAMA Oncology, mettent en évidence une différence notable dans les taux de survie sans récidive entre les deux groupes de patients. « C’est clair qu’il y a une grosse différence entre les deux groupes de patients, ceux qui survivent sans récidive et ceux où il y a un échec », a résumé la docteure Ménard.
Le principal défi actuel réside dans l’accès à cette technologie. « Ce ne sont pas tous les centres qui ont accès à l’imagerie », a constaté la docteure Ménard, soulevant la question de la pertinence d’attendre pour un accès, étant donné que « le traitement standard est préférable à aucun traitement ».
En conclusion, le docteur Beliveau se montre confiant quant à l’impact de la TEP-PSMA : « Cette étude nous permet de personnaliser le traitement pour chaque patient. Avant, ou bien on allait tout traiter pour être certain de ne rien manquer, ou bien on ne traitait pas assez et on ratait une lésion, donc on n’offrait pas nécessairement le meilleur traitement. Mais avec le TEP-PSMA, on est pas mal convaincus qu’on vise exactement à la bonne place. »