Les marchés financiers affichent une prudence persistante malgré des résultats exceptionnels pour Nvidia, le géant de l’intelligence artificielle, tandis que des interrogations demeurent quant à la pérennité de l’engouement pour ce secteur. Les incertitudes liées à la politique commerciale et à la posture restrictive des banques centrales américaine et japonaise contribuent également à un climat d’attentisme.
Les contrats à terme sur les actions américaines ont terminé la journée de jeudi en territoire négatif, malgré la publication, la veille, de résultats supérieurs aux attentes pour Nvidia (NASDAQ :). Si le rebond observé en début de semaine sur Wall Street n’a pas été durable, cela suggère une certaine méfiance des investisseurs quant aux perspectives de croissance du secteur de l’IA.
Nvidia a non seulement dépassé les prévisions des analystes en termes de bénéfice par action et de chiffre d’affaires, mais a également annoncé des revenus pour le trimestre en cours supérieurs aux estimations initiales. Pourtant, l’action a rapidement abandonné ses gains initiaux, malgré les assurances du PDG Jensen Huang concernant une « croissance exponentielle de la demande informatique » et des ventes de logiciels « contre-intuitives ».
Les investisseurs semblent désormais exiger des preuves tangibles de la rentabilité des investissements massifs réalisés dans les infrastructures d’IA, notamment les centres de données, avant de soutenir une nouvelle hausse des valeurs technologiques. Le marché n’a pas atteint de nouveaux sommets depuis octobre et, bien que l’action Nvidia ait franchi un seuil technique haussier, il est prématuré de parler d’un rallye significatif.
Nouvelles tensions commerciales
Outre les doutes sur l’IA, les incertitudes commerciales pèsent sur la confiance des investisseurs. La décision récente de la Cour suprême américaine concernant les tarifs douaniers réciproques instaurés sous l’administration Trump a ravivé les inquiétudes. Si la Maison Blanche assure que les accords commerciaux existants restent valables, le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, a confirmé hier que le taux forfaitaire de 10 % initialement annoncé par l’ancien président pourrait augmenter à 15 % pour certains pays, voire davantage pour d’autres.
Cependant, Washington et Pékin semblent pour l’instant respecter leurs accords tarifaires en vigueur, en prévision d’une visite de Donald Trump en Chine à la fin mars ou début avril.
Les banques centrales restent fermes
La politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque du Japon (BoJ) contribue également à freiner l’appétit pour le risque. Les récentes déclarations des responsables de la Fed indiquent qu’ils sont disposés à maintenir les taux d’intérêt inchangés lors de la prochaine réunion, compte tenu de la reprise du marché de l’emploi et de la résilience de l’économie américaine.
De même, à la Banque du Japon, les appels à une hausse des taux se multiplient, malgré les réserves exprimées par le Premier ministre Takaichi au gouverneur Ueda concernant un nouveau resserrement de la politique monétaire et la nomination de deux nouveaux membres du conseil d’administration favorables à une politique accommodante. Hajime Takata, un membre influent de la BoJ, a plaidé en faveur d’une nouvelle hausse des taux, invoquant des craintes concernant une inflation persistante. Le gouverneur Ueda a quant à lui laissé la porte ouverte à une possible hausse en mars ou avril, ce qui a permis au yen de se redresser légèrement face au dollar. Le billet vert s’échangeait pour la dernière fois autour de 156 (1,11 $), après avoir atteint un plus haut de deux semaines et demie à 156,82.
Matières premières sous surveillance
Sur les marchés des matières premières, les traders surveillent de près le troisième cycle de négociations entre les États-Unis et l’Iran à Genève. Les efforts de l’administration Trump pour limiter le programme nucléaire iranien semblent progresser sur le plan diplomatique, mais des inquiétudes subsistent quant à d’éventuelles frappes américaines sur des cibles iraniennes en cas d’échec des négociations, dans un contexte de renforcement militaire américain dans la région.
L’or, considéré comme une valeur refuge, a légèrement augmenté, testant le niveau de 5 200 $. Les contrats à terme sur le pétrole, en revanche, sont en légère baisse, en raison des signes d’une réticence de Donald Trump à ordonner de nouvelles frappes militaires contre l’Iran, ainsi que des informations selon lesquelles l’OPEP+ envisage de reprendre ses augmentations de production en avril, potentiellement jusqu’à 137 000 barils par jour (b/j), et de la forte augmentation des stocks hebdomadaires de brut aux États-Unis.
Enfin, le marché des cryptomonnaies affiche également un repli, les principales cryptomonnaies marquant une pause après la hausse observée la veille.