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« On ne vous lâchera pas », le cri du coeur aux familles expulsées

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Ce lundi 3 novembre 2025, environ 150 personnes se sont rassemblées devant la Préfecture de l’Hérault pour exprimer leur solidarité avec une trentaine de personnes, dont 15 enfants, expulsées la semaine précédente d’un squat et désormais sans solution d’hébergement. Après avoir passé huit nuits à la rue devant l’Hôtel de Ville, une réunion est prévue ce jour avec la municipalité, alors que la communauté s’organise pour leur venir en aide.

Une situation d’urgence qui révolte

Alors que la rentrée scolaire marquait le retour à la normale pour la plupart des jeunes Montpelliérains après les vacances de la Toussaint, le quotidien de près de 15 enfants a basculé. Le 27 octobre, leurs familles ont été expulsées par décision préfectorale d’un lieu d’accueil d’urgence mis en place par l’association Solidarité Partagée. Depuis, sans solution pérenne, un campement de fortune s’est installé devant l’Hôtel de Ville. Scolarisés dans le nord de la ville, leur trajet quotidien s’est désormais allongé à 50 minutes.

« Si les enfants ont beaucoup le sourire, j’ai peur pour les adolescents. C’est d’une violence incroyable. Tous les matins, on range le campement, tous les soirs on le remet », témoigne Monique Demante, de l’association Une École, Un Avenir. Profondément affectée, elle déplore : « En tant qu’être humaine, j’ai mal. Je ne peux pas comprendre. Je sais que c’est national et il faudrait une solution nationale mais ce que nous répond le préfet, le gouvernement… ce n’est pas normal ».

Depuis une semaine, ces familles dorment donc à la belle étoile, faute de solutions d’hébergement satisfaisantes ou durables. Bien que quelques avancées aient été proposées, elles ne garantissent pas un lendemain certain, une situation jugée inacceptable par les associations. Le groupe comprend, outre les enfants, une dame âgée de plus de 60 ans et des personnes travaillant mais dont les salaires insuffisants ne leur permettent pas d’accéder au logement, victimes d’exploitation par des marchands de sommeil.

Au micro, l’une des personnes expulsées a tenu à faire passer un message clair : « Nous ne sommes pas des délinquants ». À leurs côtés, Samuel Forest, de l’association Solidarité Partagée, est devenu un soutien essentiel. Il préfère parler de « lieu d’accueil organisé » plutôt que de squat, soulignant les efforts déployés pour offrir un minimum de dignité : « Elles se sentaient en sécurité et pouvaient vivre normalement, ce n’est pas ce que les gens pourraient s’imaginer, et elles ont tout perdu ».

Un engagement solidaire face à la précarité

Depuis huit ans, l’association Solidarité Partagée œuvre contre la précarité en ouvrant des lieux d’accueil, parfois en marge de la légalité mais avec des précautions prises. « Ce n’est pas simple de faire tout ça. J’ai mis un an à trouver cet endroit. C’est très compliqué. Il me faut des arguments valables pour ensuite aller devant la justice et obtenir des délais pour des locaux qui sont volontairement abandonnés par un propriétaire », explique Samuel Forest. Il ajoute que son association n’a d’autre choix que cette approche : « Si on avait d’autres solutions nous le ferions. C’est par la force des choses qu’on en vient à aider de cette façon ».

Samuel Forest porte un projet ambitieux : créer un espace d’accueil où les familles et personnes en situation de précarité pourraient s’investir dans des activités bénévoles au service de la communauté montpelliéraine. L’objectif est de promouvoir une forme de « solidarité circulaire », redonner un sentiment d’utilité et changer le regard porté sur les personnes sans abri. « Ce serait vraiment très important qu’un jour ce projet existe et que ces personnes puissent agir d’une façon qui n’existe pas pour les Montpelliérains en espérant qu’il y ait une réaction de leur part », espère-t-il, convaincu que « c’est en aidant les autres que, peut-être parfois, on obtiendra de l’aide et des tas de personnes auront envie de les aider parce que eux-mêmes auront été aidés ».

Cet accompagnement prend également la forme d’un soutien administratif, médical et social, en collaboration avec d’autres structures comme Une École, Un Avenir. Monique Demante insiste sur la qualité du lieu d’où les familles ont été expulsées : « C’était un lieu organisé. Il n’y avait pas tout mais chacun avait sa pièce, il y avait une cuisine collective. Il y avait des règles de vie : personne n’avait le droit de fumer à l’intérieur, les visites étaient interdites parce qu’on ne sait pas qui pouvait venir… Les familles, les femmes, les enfants étaient en sécurité ».

Une mobilisation citoyenne qui réchauffe les cœurs

Si les institutions ont semblé manquer d’empathie, la mobilisation citoyenne a pris le relais sur le parvis de l’Hôtel de Ville, apportant un soutien précieux. « Ils sont en train de comprendre que depuis le début de la semaine ils ne sont pas seuls. Il y a une solidarité incroyable », souligne Monique Demante.

Une cagnotte solidaire a permis l’achat de matelas, des repas sont distribués, des citoyens ont ouvert leurs douches et proposent des mises à l’abri, des lieux associatifs se sont mobilisés, la douche nomade « La bulle » est venue, un forain a offert des tickets de manèges aux enfants, des animateurs et des soignants assurent leur bien-être, un dessin animé a été projeté et une chorale est venue chanter. « Il y a une chaleur humaine incroyable », insiste Monique Demante. Chaque soir à 18h, un rassemblement est organisé en signe de solidarité.

Ce campement est devenu un lieu symbolique pour la suite du combat. « Il ne faut pas perdre cette visibilité sinon on est morts », affirme un participant, tandis qu’une autre voit dans cette présence « une manière de riposter collectivement ». À l’approche de la Journée Internationale des droits de l’enfant, une question poignante est soulevée : « quel degré de déshumanisation pour que la place de l’enfant soit de dormir dehors ? ». Pour certains, cette situation révèle « l’horreur du système ».

Deux adolescentes ont relaté ne pas avoir pu retourner au collège ce lundi, faute d’avoir récupéré leurs affaires la veille et le cœur non disposé à y aller. Deux jeunes garçons ont exprimé leur gratitude avec un sourire candide. L’une des personnes présentes a réaffirmé sa détermination : « On ne vous lâchera pas et on sera là jusqu’au bout. On se battra jusqu’à ce que vous ayez un logement décent ». Un message salué par de chaleureux applaudissements.

L’avenir reste incertain. Une réunion était prévue dans l’après-midi entre la municipalité et la Préfecture pour trouver une issue à cette crise. « Depuis quatre jours, les élus qui viennent à notre rencontre ont annoncé qu’ils allaient mettre en place une solution pérenne pour toutes ces personnes. Si on ne passe pas des paroles aux actes, c’est vraiment immonde. Donc on patiente et on espère. Mais si rien n’est fait, ce serait vraiment catastrophique », confie Samuel Forest, soulignant que la situation est déjà catastrophique en soi.

Pour soutenir les familles, une cagnotte et une pétition ont été mises en ligne. Un fil d’actualité suit également la mobilisation et les besoins.

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