Publié le 12 février 2025. Une bataille pour le contrôle du club de football Colo Colo s’intensifie, avec une offre publique d’achat (OPA) contestée et la découverte d’une réduction significative de la dette fiscale de la société concessionnaire, Blanco y Negro.
La tension est à son comble au sein du conseil d’administration de Blanco y Negro, l’entreprise qui gère le club sportif Colo Colo. L’offre publique d’achat (OPA) lancée par Aníbal Mosa, le président de l’entreprise, pour acquérir jusqu’à 30 % des actions de série B, a exacerbé les divisions entre les différents blocs d’investisseurs.
L’OPA, dévoilée le 20 janvier dernier, porte sur l’acquisition de jusqu’à 30 millions de titres de série B, représentant 30 % du capital de Blanco y Negro. Actuellement, Aníbal Mosa, via son fonds d’investissement Parinacota, détient déjà 36,061 % des actions de série B (36 061 338 actions). Si l’offre est réalisée dans sa totalité, Mosa contrôlerait directement et indirectement 66,01 % de l’entreprise.
L’offre a été formulée au prix de 150 dollars par action, soit une prime substantielle de 61 % par rapport à la valeur de l’action la veille de l’annonce de l’OPA.
Un élément clé remet en question l’évaluation
Cependant, un événement récent pourrait bien bouleverser les cartes. Blanco y Negro a annoncé ce mardi 10 février un changement majeur concernant sa dette fiscale, que le bloc d’investisseurs mené par Leonidas Vial considère comme un facteur déterminant pour revoir l’évaluation de l’entreprise et potentiellement rendre l’offre de Mosa caduque.
Selon un communiqué de Blanco y Negro, une modification de la législation sur les intérêts moratoires, introduite par la loi n° 21.713 et concrétisée par la résolution n° 75 de 2025 du Service d’Impôts Intérieurs (SII), a entraîné une réduction du taux d’intérêt effectif annuel de 19,56 % à 8 %. Cette baisse a un impact direct sur le montant de la dette fiscale contractée par Blanco y Negro dans le cadre de son contrat de concession avec le Club Social et Sportif Colo Colo, ainsi que sur l’accord de paiement conclu avec le Trésor Public.
Concrètement, la dette fiscale a diminué de 8,840 millions de dollars à 5,326 millions de dollars, soit une réduction d’environ 40 %. Cette dette historique est issue des taxes sur les droits à l’image et les prix, reconnues par les clubs de football suite à la loi sur les sociétés anonymes sportives de 2005.
Des sources proches de Blanco y Negro affirment que cette réduction de la dette permet désormais à l’entreprise de la rembourser intégralement avant l’expiration de la période de concession en 2035. Ce remboursement anticipé pourrait même activer une clause du contrat de concession de 2005, permettant un renouvellement automatique de la concession jusqu’en 2065.
Selon ces mêmes sources, ce nouvel élément modifie fondamentalement la situation de l’entreprise et n’était pas pris en compte lors de l’évaluation initiale de l’opportunité pour les actionnaires de céder leurs titres dans le cadre de l’OPA. Des critiques ont également été formulées concernant le calendrier, l’offre publique d’achat expirant le 19 février, soit seulement neuf jours après la divulgation de cette information cruciale.
Il semblerait que la question de la communication de cette résolution du SII ait été soulevée lors d’une réunion du conseil d’administration, où les administrateurs indépendants du bloc Mosa ont demandé un rapport sur l’impact de cette nouvelle donnée. Le cabinet d’avocats Carey a été chargé d’analyser la situation et a conclu à la nécessité de rendre l’information publique.
Les réserves du bloc Vial
Le bloc Vial, composé d’Alfredo Stöhwing, Ángel Maulén, Carlos Cortés et Diego González, s’oppose fermement à l’OPA. Dans leur avis sur l’offre, Stöhwing et González ont déclaré :
« Il n’est pas conseillé d’accepter l’offre »
Alfredo Stöhwing et Diego González, soulignant l’existence d’une incertitude réglementaire liée à une plainte en cours devant la Commission des Marchés Financiers (CMF) concernant DG Médias et la reconnaissance des revenus.
Ils pointent également le fait que les comptes de l’exercice clos le 31 décembre 2024 n’ont pas encore été approuvés par l’assemblée générale.
Ángel Maulen, quant à lui, craint que l’OPA ne conduise à une concentration du pouvoir au sein d’un groupe qui, selon lui, n’a pas toujours obtenu les résultats sportifs souhaités.
« La finalisation de l’OPA conduira à la concentration et au contrôle du pouvoir dans le groupe offrant, un groupe qui, dans le passé, n’a pas obtenu les meilleurs résultats sportifs souhaités. »
Ángel Maulen
Enfin, Carlos Cortés estime que la valeur proposée par Mosa est inférieure à la valeur réelle de l’action de l’entreprise. Il ajoute :
« les conditions minimales ne sont pas remplies pour réaliser l’offre publique susmentionnée, et le CMF doit suspendre l’opération, tant qu’elle n’est pas réalisée avec toutes les informations financières, dans le respect des normes minimales de transparence. »
Carlos Cortés