Publié le 12 février 2026 à 16h36. Le cardinal Víctor Manuel Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi, a mis fin à une escalade de tensions avec la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie (FSSPX) en suspendant les négociations jusqu’à ce que celle-ci renonce à l’ordination de nouveaux évêques, une décision qui risquerait une nouvelle excommunication.
- Le cardinal Fernández a rencontré Don Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX, au Vatican.
- Le Saint-Siège exige la suspension de l’ordination de nouveaux évêques comme condition préalable à tout dialogue.
- La FSSPX rejette certains aspects du Concile Vatican II et privilégie la messe tridentine.
Une rencontre « cordiale et sincère » a permis au cardinal argentin Víctor Manuel « Tucho » Fernández, préfet du Dicastère pour la Doctrine de la Foi (DDF), de freiner une contestation lancée par les lefebvristes. Cette intervention, effectuée avec l’aval du pape Léon XIV, intervient après que la FSSPX a annoncé son intention d’ordonner de nouveaux évêques en juillet, en signe de désaccord avec les réponses reçues du Saint-Siège.
La FSSPX, fondée par Mgr Marcel Lefebvre, s’oppose à plusieurs aspects du Concile Vatican II (1962-1965) et continue de célébrer la messe tridentine, dite préconciliaire, en latin et dos au peuple – une pratique que le pape François a encadrée par des restrictions.
Pour éviter une nouvelle rupture avec ce groupe rebelle et schismatique, le cardinal Fernández a convoqué Don Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX, ce jeudi au siège du DDF au Vatican. À l’issue de cette réunion, un communiqué du dicastère a clairement exposé la position du Saint-Siège.
Signé par Fernández et « avec l’approbation du pape Léon XIV », le communiqué souligne l’importance d’un dialogue approfondi pour résoudre les divergences fondamentales avec les lefebvristes, tout en avertissant que les pourparlers ne pourront reprendre que si la FSSPX renonce à son projet d’ordination épiscopale. Une telle ordination entraînerait, selon le DDF, une nouvelle excommunication et un schisme.
« Il a été réitéré au nom du Saint-Siège que l’ordination des évêques sans mandat du Saint-Père, qui détient le pouvoir suprême, plein, universel, immédiat et direct, impliquerait une rupture décisive dans la communion ecclésiale (schisme) avec de graves conséquences pour la Fraternité dans son ensemble », précise le communiqué.
L’histoire des tensions entre le Saint-Siège et la FSSPX remonte à 1988, lorsque Mgr Marcel Lefebvre, accompagné de l’évêque brésilien Antônio de Castro Mayer, a consacré quatre évêques sans l’approbation papale. Ces évêques ont tous été excommuniés. En 2009, Benoît XVI a levé ces excommunications dans un geste de réconciliation, une décision qui avait suscité une vive controverse en raison des opinions négationnistes de l’Holocauste de l’un d’eux, Richard Williamson.
Le supérieur général actuel de la FSSPX, Davide Pagliarani – le premier Italien à occuper ce poste – a également été recteur du séminaire lefebvriste de La Reja, en Argentine, pendant près de six ans. Il est à noter que lors de sa rencontre avec le cardinal Fernández, les deux hommes ont conversé en espagnol. La tension n’a probablement pas manqué, Pagliarani ayant récemment critiqué le document du DDF sur la Vierge Marie, jugeant « inapproprié » de la qualifier de « co-rédemptrice », un titre cher aux groupes conservateurs.
« Nier le titre de « co-rédemptrice » équivaut à détrôner la Sainte Vierge. Cela blesse l’âme catholique dans ce qu’elle a de plus précieux. »
Don Davide Pagliarani, supérieur de la FSSPX
Le document du DDF souligne également que, au-delà de la question des ordinations épiscopales, de nombreuses divergences persistent entre la FSSPX et le Saint-Siège. Des questions théologiques complexes, notamment concernant la volonté divine à l’égard des autres religions, restent en suspens.
« Après avoir clarifié certains points présentés par la FSSPX dans diverses lettres, envoyées entre 2017 et 2019, la question de la volonté divine à l’égard de la pluralité des religions a été abordée – le Préfet a proposé un chemin de dialogue spécifiquement théologique, avec une méthodologie très précise, sur des sujets qui n’ont pas encore eu suffisamment de précision, tels que : la différence entre un acte de foi et le « don religieux de la volonté », ou encore les différents degrés d’adhésion exigés par les différents textes du Concile œcuménique Vatican II et leur interprétation », indique le communiqué.
Le DDF a également proposé d’examiner une série de questions soulevées par la FSSPX dans une lettre datée du 17 janvier 2019. L’objectif est de définir « les minimums nécessaires à la pleine communion avec l’Église catholique » et d’esquisser un statut canonique pour la Fraternité.
« Par conséquent, la possibilité de développer ce dialogue présuppose que la Fraternité suspend la décision des ordinations épiscopales annoncées », a conclu le DDF, sur un ton à la fois ferme et conciliant.
La décision revient désormais à la FSSPX. Le supérieur général, Don Davide Pagliarani, présentera la proposition à son conseil et communiquera sa réponse au DDF. En cas de réponse positive, les étapes et procédures à suivre seront définies d’un commun accord.
Le dicastère a enfin appelé l’ensemble de l’Église à soutenir cette démarche par la prière, invoquant l’Esprit Saint comme « véritable architecte de la véritable communion ecclésiale voulue par le Christ ».
Selon les données les plus récentes, publiées en novembre, la Fraternité Saint-Pie compte 1 482 membres de cinquante nationalités différentes, avec un âge moyen de 47 ans. Parmi eux, on compte deux évêques, 733 prêtres, 264 séminaristes et plusieurs personnes consacrées : 145 frères religieux, 88 oblats et 250 moniales.