OpenAI, la société à l’origine de ChatGPT, expérimente une nouvelle approche de la publicité en ligne : des tarifs élevés, comparables à ceux de la télévision, pour une visibilité limitée et un suivi minimal des données utilisateurs. Cette stratégie audacieuse, lancée aux États-Unis, interroge les pratiques publicitaires numériques habituelles et la valeur de la confidentialité.
Pour l’instant, les publicités sont diffusées aux utilisateurs adultes de la version gratuite de ChatGPT et du nouveau plan ChatGPT Go (8 $ par mois). Les abonnés aux plans Plus, Pro, Business ou Enterprise continuent de bénéficier d’une expérience sans publicité. Ces premières publicités apparaissent à la fin des réponses générées par l’IA, clairement identifiées comme « sponsorisées » et distinctes du contenu principal.
Le coût de cette publicité est particulièrement élevé. OpenAI affiche un CPM (coût pour mille impressions) d’environ 60 $, soit jusqu’à trois fois plus que les campagnes typiques sur Facebook ou Instagram, qui se situent généralement en dessous de 20 $. Ce tarif se rapproche de celui des inventaires publicitaires premium en vidéo à la demande ou lors de retransmissions sportives majeures. Un investissement minimum de 1 million de dollars américains est requis pour participer à ce programme pilote, limitant l’accès aux grandes marques.
Un aspect notable de cette approche est la rareté des données fournies aux annonceurs. OpenAI se contente de communiquer le nombre total d’impressions et de clics, sans informations sur les conversions, le reciblage ou le suivi comportemental. La société justifie cette décision par un engagement fort en faveur de la confidentialité des utilisateurs et refuse de vendre leurs données ou de permettre des analyses approfondies de leurs conversations.
Lors du Forum économique mondial à Davos, Sarah Friar, directrice financière d’OpenAI, a souligné l’importance de la publicité comme source de revenus viable, à condition d’atteindre une échelle suffisante. Selon elle, ChatGPT compte désormais des centaines de millions d’utilisateurs hebdomadaires, ce qui justifie cette stratégie.
À l’inverse, Google DeepMind a annoncé qu’elle n’avait pas l’intention d’intégrer de publicités dans son assistant d’IA, Gemini, soulevant la question de l’équilibre entre monétisation et fiabilité des assistants personnels.
Cette initiative représente bien plus qu’un simple ajout de canal publicitaire. Il s’agit d’une expérimentation sur le comportement des consommateurs dans un contexte conversationnel. Les premiers annonceurs ne se contentent pas d’acheter de l’espace publicitaire, ils testent les implications d’une interaction publicitaire au sein d’un dialogue avec une intelligence artificielle. C’est un pari à long terme, axé sur la notoriété de la marque et la captation d’une attention qualifiée, même avec des indicateurs de performance encore limités. Pour les professionnels du marketing, des médias et de la croissance, cette évolution mérite une attention particulière. Les tarifs et les indicateurs de performance évolueront, mais comprendre le rôle de l’IA dans le paysage médiatique pourrait s’avérer plus précieux que n’importe quel CPM.