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Penser globalement la guerre des Douze Jours Iran-Israël

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Dans les premières heures du 13 juin 2025, les forces aériennes israéliennes ont frappé des cibles en Iran, semant le chaos et le deuil. Au-delà des destructions matérielles, ce conflit, baptisé la « Guerre des Douze Jours », a révélé les failles des relations internationales contemporaines et appelé à une réévaluation des perspectives traditionnelles. Cet article propose d’analyser cette crise à travers le prisme des approches « Global IR », qui visent à décentrer les études traditionnelles et à intégrer les voix marginalisées.

La guerre a éclaté le 13 juin 2025, lorsque l’aviation israélienne a ciblé des infrastructures critiques iraniennes : défenses aériennes, bases de missiles balistiques et sites liés au programme nucléaire. Les combats, qui ont duré douze jours, ont eu des conséquences dévastatrices sur la population civile. Selon l’Agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), le conflit a fait au moins 5 665 victimes, dont 1 190 morts et 4 475 blessés, militaires comme civils.

Cette offensive israélienne survient dans un contexte international en pleine mutation, tel qu’analysé par des universitaires comme Amitav Acharya dans son ouvrage « Global IR » (2014). Ses travaux plaident pour un dépassement de l’eurocentrisme dans l’étude des relations internationales. Pinar Bilgin et Karen Smith, dans leur publication de 2024, poussent cette réflexion plus loin en appelant à « penser la politique de manière globale ». En s’inspirant de ces perspectives, une analyse de la Guerre des Douze Jours Iran-Israël nécessite une approche en trois volets : replacer les acteurs souvent relégués au statut d' »autres » au centre de l’analyse, adopter une perspective multi-échelle ancrée dans des contextes historiques, et mettre en lumière l’agentivité de ceux qui se trouvent en marge de la politique mondiale.

Des acteurs marginaux au cœur de l’analyse

La première démarche consiste à inverser la perspective habituelle. Dans le cas du conflit Iran-Israël, l’Iran a été largement positionné comme « l’autre », une perception renforcée par le lancement de l’opération « Rising Lion » par le Premier ministre Benjamin Netanyahu. La réaction du G7 a également confirmé cette tendance, avec une déclaration commune affirmant « Nous réitérons notre engagement en faveur de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient. Dans ce contexte, nous réaffirmons qu’Israël a le droit de se défendre. Nous réitérons notre soutien à la sécurité d’Israël » (G7, 2 juillet 2025). Analyser la guerre sous l’angle de l’Iran, plutôt qu’uniquement sous celui d’Israël ou des États-Unis, permettrait de reconstruire cette image de l' »autre » et de mieux comprendre ses motivations et ses actions.

Contextes historiques et interconnexions

La Guerre des Douze Jours s’inscrit dans un réseau complexe de dynamiques historiques. Les relations Iran-Israël, tendues depuis la création de la République islamique, se sont intensifiées bien avant l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, notamment à travers la « guerre de l’ombre » en Syrie, comme l’a souligné Franck Gardner en avril 2021. Parallèlement, la réponse d’Israël à l’attaque du Hamas a été d’une violence sans précédent, accentuant le blocus de Gaza. Cette situation a conduit l’Afrique du Sud à saisir la Cour internationale de Justice en janvier 2024 pour violation de la Convention sur le génocide. Le 16 septembre 2025, une commission de l’ONU a d’ailleurs conclu qu’« Israël a commis un génocide contre les Palestiniens dans la bande de Gaza » (ONU, 16 septembre 2025 ; HCDH, 16 septembre 2025). Ces événements montrent que l’attaque israélienne contre l’Iran n’est pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une longue séquence de tensions et de conflits.

Une analyse multi-échelle doit également considérer les contextes nationaux. En Israël, le débat sur « l’illibéralisme » du pays (Samy Cohen, 4 janvier 2021) et les manifestations contre un possible autoritarisme ont marqué la période précédant le conflit. En Iran, l’escalade avec Israël fait écho au soulèvement « Femme, Vie, Liberté », déclenché par la mort de Jina Mahsa Amini. Ce mouvement populaire, qui réclame une nouvelle révolution et le renversement de la République islamique, témoigne de la capacité des Iraniens à rejeter les violences fondées sur le genre, la religion et la race, et à exiger une politique progressiste (Shabnam Holliday, 10 février 2023).

L’Iranien : un acteur complexe et multidimensionnel

Enfin, penser globalement implique de reconnaître la pluralité des acteurs iraniens et leur capacité d’action. Le mouvement « Femme, Vie, Liberté », malgré la répression subie, a condamné l’attaque israélienne, la qualifiant d’« acte d’agression violant la souveraineté de l’Iran » et de « préjudiciable au développement de la démocratie en Iran » (Shabnam Holliday, 3 septembre 2025). Le discours du président iranien Masoud Pezeshkian, qui dénonce le « régime sioniste » en des termes tels qu’« agression sauvage » et « illégitime », illustre également cette volonté de dénoncer les pratiques israéliennes au regard de normes internationales. Cependant, il est crucial de noter qu’au cours de cette période, la République islamique a également procédé à une répression interne, arrêtant plus de 700 personnes (CHRI, 26 janvier 2025).

En somme, une lecture de la Guerre des Douze Jours Iran-Israël à travers le prisme des « Global IR » révèle la complexité des enjeux mondiaux et les contradictions inhérentes aux relations internationales. L’Iran et ses citoyens ne sauraient être réduits à la seule position de périphérie ; ils sont des acteurs à part entière sur la scène mondiale, dotés d’une capacité d’action et de contestation.

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