Les marchés des changes affichent une relative stabilité, portés par des signaux encourageants émanant de la Nouvelle-Zélande et du Japon, tandis que les données économiques américaines à venir pourraient renforcer le dollar. L’attention se porte également sur les incertitudes entourant la succession de Christine Lagarde à la tête de la Banque centrale européenne.
Le dollar a connu une légère appréciation cette semaine, s’appuyant sur des indicateurs économiques américains plus favorables. Cette tendance devrait se confirmer avec la publication de nouvelles données positives aujourd’hui. Les investisseurs attendent également la publication des procès-verbaux de la réunion de janvier de la Réserve fédérale américaine, qui devraient confirmer un consensus en faveur d’une pause dans le cycle de hausse des taux. Cela pourrait modérer les anticipations actuelles d’une baisse des taux d’environ 59 points de base cette année, ING prévoyant une réduction de 50 points de base. L’arrivée probable de Kevin Warsh à la tête de la Fed en mai et son orientation potentielle suscitent toutefois des interrogations. Le marché surveillera de près le calendrier de son audition de confirmation, perçue comme un facteur de risque pour le dollar.
Outre les États-Unis, deux événements récents sont considérés comme légèrement positifs pour le dollar. La Banque de réserve de Nouvelle-Zélande a adopté un ton plus conciliant que prévu lors de sa dernière réunion, sa nouvelle gouverneure, Anna Breman, ne semblant pas pressée de relever les taux d’intérêt dans les mois à venir. Ce revirement surprend, alors que les marchés anticipaient une attitude plus ferme, similaire à celle de la Reserve Bank of Australia. Cette évolution remet en question l’idée que l’optimisme économique mondial pourrait entraîner un durcissement généralisé des politiques monétaires dans les pays à économies cycliques. Les investisseurs se concentreront désormais sur le marché immobilier et la consommation néo-zélandais, considérés comme les points faibles de la reprise.
Par ailleurs, les États-Unis et le Japon ont annoncé les premiers détails de l’engagement japonais à investir 550 milliards de dollars aux États-Unis. Le premier projet concerne un investissement de 33 milliards de dollars dans une usine de production de gaz naturel dans l’Ohio, gérée par une filiale de Softbank. Ces investissements directs japonais aux États-Unis seront un élément clé à surveiller cette année, contribuant à une situation économique globalement contrastée. Les données du ministère japonais des Finances indiquent que les nouveaux investissements directs japonais à l’étranger ont atteint l’année dernière un niveau record, soit environ 20 000 milliards de yens (environ 135 milliards d’euros). La question pour les marchés des changes est de savoir si ces investissements généreront un flux favorable de dollars ou si les réserves de change du Japon seront utilisées pour garantir de nouveaux prêts en dollars américains, ce qui pourrait exercer une pression sur le yen. Tokyo semble privilégier cette dernière option.
À ce stade, rien ne semble remettre en question la dynamique positive du dollar. Avant la publication des données américaines du quatrième trimestre 2025, prévue ce vendredi, les analystes s’attendent à ce qu’il maintienne sa position dans une fourchette de 97,50 à 98,00.
Concernant la Banque centrale européenne, le Financial Times a rapporté que Christine Lagarde pourrait quitter son poste avant la fin de son mandat en octobre 2027. Les sources évoquent une volonté de nommer son successeur avant les élections présidentielles françaises d’avril prochain, afin de permettre à Emmanuel Macron d’influencer le choix. L’attention se porte sur deux candidats potentiels : l’Espagnol Pablo Hernandez de Cos et l’Allemand Joachim Nagel, qui a récemment affiché une ouverture à de nouveaux emprunts communs au sein de l’Union européenne. Il est encore trop tôt pour évaluer l’impact de cette information sur l’euro.
En l’absence d’événements majeurs en Asie et avec un calendrier économique relativement léger aujourd’hui, l’euro devrait évoluer dans une fourchette modeste de 1,1800 à 1,1850. Les marchés suivront également de près l’adhésion des banques centrales étrangères au mécanisme EUREP élargi de la BCE, qui devrait se concrétiser dans les trois à quatre prochains mois.
Au Royaume-Uni, les données de janvier sur l’inflation ont apporté un certain répit à la livre sterling, après les chiffres décevants du marché du travail publiés hier. Selon James Smith, économiste britannique chez ING :
« L’inflation au Royaume-Uni est mitigée ce matin. L’inflation alimentaire est en forte baisse (conformément aux prévisions de la Banque d’Angleterre), ce qui est une bonne nouvelle pour les partisans d’une politique monétaire restrictive, qui craignaient que l’inflation alimentaire ne déclenche une poussée inflationniste plus large. Cependant, l’inflation des services reste tenace – et surtout, l’indicateur de base des services de la Banque d’Angleterre (que nous calculons) est en légère hausse. Cela ne change pas fondamentalement les perspectives à court terme de la Banque d’Angleterre, mais à la marge, la balance penche légèrement en faveur d’une politique plus restrictive. La véritable évolution se produira en avril ; si l’inflation globale et des services diminue comme prévu, cela contribuera à rassurer la Banque d’Angleterre. »
La livre sterling est légèrement en retrait suite à ces nouvelles, mais devrait trouver un support dans la zone 0,8710/20. La publication des PMI flash de février dans la zone euro pourrait soutenir l’euro plus tard cette semaine. Enfin, les élections partielles de la semaine prochaine au Royaume-Uni pourraient exercer une pression politique supplémentaire sur l’équipe du Premier ministre Keir Starmer. Les analystes anticipent un taux de change EUR/GBP de 0,88 d’ici fin mars.